Dès qu’ils abordent le thème de la contribution légitime des citoyen(ne)s aux divers services de leur vie quotidienne les élus provoquent un tollé leur coûtant souvent le poste que leur a confié le suffrage universel. Il y a un contribuable déconnecté de la réalité sociale qui sommeille dans l’enveloppe que glisse dans l’urne tout électeur. Si l’on doit critiquer et donc pouvoir éliminer celles et ceux qui emploient mal les fonds publics qui leurs ont confiés, il est indispensable de comparer sa contribution avec les avantages que l’on en retire. A force de taper aveuglément sur l’impôt on en arrive à dramatiquement affaiblir les fondements solidaires de la République par pure démagogie. Tout doit être disponible mais… gratuit et surtout correspondre à ses besoins personnels. Or ce n’est jamais possible puisque la société repose sur toujours plus de dépenses et moins en moins de recettes. Il faudrait tout offrir et promettre que demain « on rasera gratis » pour devenir populaire et estimé.

La juste répartition des efforts n’a plus aucun intérêt pour les générations actuelles. Prompt à exiger, le contribuable opte toujours pour le moindre effort financier en pleine contradiction avec les nécessités du présent. Alors souvent on biaise dans la gouvernance en utilisant le subterfuge de la taxe beaucoup moins voyante que celle de l’imposition directe. En fait depuis des décennies Bercy a l’art de vendre du vent des remises fiscales puisque le Ministère reprend souvent beaucoup plus qu’il n’exonère. L’astuce suprême c’est de clamer sa volonté de supprimer les impôts en créant des palliatifs comme le stationnement payant, le renforcement des amendes automatisées, les redevances en tous genres… Mais ce ne sont pas des « impôts ». Il arrive que son automobile coûte au contribuable trois ou quatre fois plus que sa maison mais personne ne fait le calcul (taxes sur le carburant, taxe sur l’assurance, stationnement, infractions…) réel de cette ponction ne provoquant aucune révolte.

Le choix de supprimer la taxe d’habitation pour la remplacer par une augmentation du prélèvement sur la CSG constitue l’illustration parfaite de cette déliquescence du système républicain. En effet on en arrive à déconnecter dans une ville ou un village l’appropriation des services municipaux ou intercommunaux et la participation directe à leur mise en œuvre. Ce sera la première fois que des habitants utiliseront gratuitement, s’ils ne sont pas propriétaires, les écoles, les routes, les installations sportives, les services au troisième âge, la sécurité, la culture… Une décision qui va totalement rompre la prise de conscience déjà fragile de la valeur des aménagements ou des usages indispensables au bien-vivre.

Il y aura dans la même rue des citoyens à deux vitesses : le locataire qui ne paire aucun impôt local et le propriétaire avec exactement les mêmes revenus qui devra s’acquitter lui de sa participation calculée sur la valeur… de son bien. Leurs enfants iront à la même école, joueront dans la même équipe, iront au même skate-parc, rouleront sur la même piste cyclable payés par la famille de l’un et totalement gratuits pour l’autre puisque réglé par une dotation nationale à laquelle d’ailleurs ils auront certainement contribué inégalement. C’est à terme accentuer la fracture entre des gens de la même strate sociale de manière irresponsable car irréversible !

Le pire c’est qu’il y aura toujours dans la même rue ou le même village des contribuables ayant la triple peine : taxe d’habitation en raison de leur revenus, taxe sur le foncier bâti, CSG avec un effet de seuil parfois très faible mais très pénalisant pour leurs finances personnelles. Comme dans le même temps l’impôt sur la fortune ne prendra en compte que le patrimoine foncier, on écrasera une strate sociale, celle de la classe moyenne dite B+ ayant voté très majoritairement pour les auteurs de cette supercherie. Les accédants à la propriété vont réfléchir à deux fois : ils s’endettent pour de longues années avant de payer pour celles et ceux qui acquittent simplement un loyer.

Encore une fois on a traité l’écume de l’inégalité fiscale. Il fallait poursuivre une réforme juste, durable, équitable des bases et décrété d’un imposition « communale » unique calquée sur les revenus dans leur totalité. Il serait utile de distinguer par une tarification différenciée l’habitation indispensable à la vie de celle qui rapporte car louée sous diverses formes. Une participation socle me paraît même indispensable. Pas très populaire… mais surtout absolument pas populiste. La modernité contraint à suivre les joueurs de pipeau qui prétendent réduire toutes leurs recettes sans pour autant diminuer l’indispensable qualité des services proposés gratuitement ou parfois dosés selon les ressources au plus grand nombre. on va droit vers la privatisation outrancière des services sociaux de base. Il faut revendiquer la justice fiscale mais surtout pas l’esquive fiscale déresponsabilisante.