Ce 9 juillet 1980, le Tour de France effectue une étape reine pour le journal Sud-Ouest puisque elle conduit le peloton d’Agen à Pau. Les ventes doivent normalement tirer un grand profit de cette traversée de 3 départements où les éditions concurrentielles ont besoin d’événements de ce type. La veille Bernard Hinault a remporté un contre la montre entre Laplume, chef-lieu de canton Lot-et Garonne cher au Président du Conseil général François Poncet et Damazan. Il a peiné dans l’étape mais se dirige vers une troisième victoire consécutive avant même d’aborder les Pyrénées. Encore une fois le Néerlandais Jopp Zoetmelk se prépare à monter sur la seconde marche du podium qu’il occupe déjà depuis deux éditions.

Robert Dutein envoyé spécial du Journal Sud-Ouest n’a pas eu grand chose à se mettre sous la plume. Certes Gilbert Duclos-Lassalle, le régional de l’étape, s’est montré dès le matin, aux avant-postes sur ses terres mais il a raté le coche de la bonne échappée. Gerrie Knetemann (Ti-Raleigh) et Ludo Peeters (Ijsboerke) s’enfuient et se relaient parfaitement. Le natif de Lembye qui réalise l’une de ses meilleurs saisons a tout tenté pour se joindre à eux avant de finir par renoncer à quelques dizaines de secondes du duo. « Monsieur robert » comptera par le menu la malchance de celui qui voulait l’emporter sur le boulevard des Pyrénées devant sa famille et son fan club. Peu lui importe que le Hollandais, Knetemann n’ai laissé aucune chance au belge .La formation Raleigh s’offre, soit dit en passant, sa 10ème victoire d’étape sur ce Tour, la 7ème consécutivement. Elle n’a pas le maillot jaune mais Raas possède le maillot vert !

Avec son expérience l’envoyé spécial a vite dicté son papier aux sténos de presse. Il s’apprête à passer une soirée paisible. Il y a bien une rumeur qui court dans la caravane : si Achille avait une faiblesse cachée sur son tendon, ceux du genou de Hinault le font terriblement souffrir. Inhabituel pour le Blaireau : il n’a pas réalisé une grande performance lors de ce contre-le-montre en Lot-et-Garonne. Il n’a terminé que cinquième à 1’39’’ de son principal adversaire, Joop Zoetemelk ! La douleur l’a contraint tout au long du parcours à de furtifs déhanchements ainsi qu’à une fâcheuse propension à jeter son genou droit vers l’extérieur. A l’arrivée, le Breton donne le change et il a beau affirmer qu’il n’y a pas eu d’aggravation, que sa douleur était sporadique, l’optimisme n’est plus vraiment de mise. Robert Dutein affirme à la rédaction qu’il appelle avant de partir à l’hôtel que le Blaireau tiendra le coup ! Il le connaît et surtout il a totalement confiance en Cyrille Guimard qu’il connaît depuis belle lurette. On boucle donc la page dans les délais ce qui arrange bien tout le monde. Il est indispensable pour les première éditions que la limite horaire de 22 h 30 soit respectée. Le Tour c’est facile car il ne produit jamais rien en soirée. « Monsieur Robert » soupe en bonne compagnie et va se coucher de bonne heure avec le sentiment précieux du devoir professionnel accompli.

Ailleurs dans l’hôtel de l’équipe Renault prend son repas dans un climat beaucoup moins lénifiant. Hinault vient de leur annoncer qu’il se retirait du Tour car il ne supporte plus une tendinite qui le handicape terriblement. Il a trop forcé la veille tout en perdant… Malgré le maillot jaune sur les épaules il va s’éclipser. Afin de ne pas avoir les journalistes sur le dos, il a échafaudé un stratagème avec son Cyrille Guimard pour quitter la course. Hubert Arbes équipier de Bernard Hinault et qui a du abandonner sur chute plusieurs jours auparavant aui habite Lourdes a été appelé en renfort pour organsier l’évasion. Il a pris sa voiture personnelle, a stationné devant la porte des cuisines et Hinault est monté et le duo est parti : ni vu ni connu. Il ira dormi chez son coéquipier.

Alors que la page de Sud-Ouest est en voie d’être bouclée, une dépêche tombe : Hinault a abandonné ! Un événement rare puisque seulement 15 porteurs du maillot jaune ont dû renoncer dans l’histoire du Tour ! Tous les journalistes le cherchent… il est introuvable. Seul Jacques Godet et Félix Lévitan ont été prévenus après son départ ! François Trasbot journaliste de nuit avec moi comme statgiaire au service des sports se permet d’appeler l’hôtel où se trouve Robert Dutein (le mobile n’existe pas). Il doit insister pour que le standard accepte de sonner dans la chambre où son collègue est au minimum dans les bras de Morphée. Le dormeur est de fort méchante humeur car souvent nous avions l’habitude de le sortir de son sommeil uniquement pour blaguer !

 » Robert… Hinault vient d’abandonner ! Il faut refaire tous les papiers ! Robert je te promets ça vient de tomber. Il nous faut quelque chose ! As-tu des infos !

– Tu te fous de ma gueule. Tu me fous la paix ! Tu ne m’auras pas ! Hinault n’abandonnera pas ! Il m’a dit : « Mon genou va mieux. J’ai vécu une journée confortable. Demain, faites-moi confiance pour être exact au rendez-vous. »

– Non Robert c’est vrai… Je t’assure !

– Tu arrêtes… Tu te débrouilles. Je dors ! »  Monsieur Robert raccroche et ne décrochera plus malgré plusieurs tentatives ! La catastrophe ! Il ne veut pas nous croire ! Rien n’y fait. François Trasbot contacte le second journaliste présent sur le Tour. Il l’envoie à l’aéroport car il a peut-être un avion qui vient le récupérer. Rien . A l’hôtel : rien ! Ailleurs : rien ! Il faut pendant ce temps se mettre à gratter un article « de chic » sur ce qui est l’événement du jour. Demain matin la une de l’Equipe titrera sur ce départ historique : « « Pau, 22h30 : Hinault renonce ». Robert Dutein le découvrira au petit-déjeuner après une nuit de rêve !

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