Des millions de visiteurs se pressent durant quasiment toute l’année sur les 70 hectares du site du Puy du Fou. Une réelle réussite économique quand on pense que le premier spectacle avait réunion à peine 600 spectateurs dans les ruines d’un ancien château féodal oublié au cœur de la nature vendéenne. Incontestablement la réussite sur la forme est au rendez-vous grâce à la conjonction d’une vraie mobilisation bénévole, un professionnalisme exigeant et un soutien des pouvoirs publics conséquent durant des décennies. Au bout de 40 ans de croissance ce parc d’attraction à caractère historique atteint les sommets de la célébrité et on y vient majoritairement de toutes les régions de France pour vivre des émotions sorties des souvenirs d’école pour les anciennes générations et nées de la découvertes de mise en images de récits épiques pour les plus jeunes.
Ce savant mélange de technologies dignes des meilleurs réalisations hollywoodiennes et d’interventions humaines réalistes fournit une vingtaine d’opportunités d’admirer la légende française des siècles. En fait il faut y aller avec une bonne dose de culture critique pour ne pas se laisser happer par imprégnation idéologique omniprésente dans absolument tous les spectacles proposés. Et c’est là que se situe la vraie problématique du Puy du Fou : en se laissant subjuguer par la forme on finit par oublier le fond ! L’habileté consiste à dissimuler des messages clairs sur une certaine identité française : religion, nation, tradition. Derrière chaque thème les auteurs instillent une vision très politique méritant une indispensable lucidité pour en décoder les messages. Ce qui se permet de se divertir pleinement sans avaler l’hostie vendéenne. De Villiers ne s’en est jamais caché : il vend depuis quatre décennies « son idée de la France » au grand public ! Il faut avouer que son objectif est atteint et que la méthode est efficace.
Pas un seul lieu, pas un seul scénario, pas une seule reconstitution ne contient pas une référence explicite ou implicite au catholicisme. Inutile d’espérer échapper au miracle de la « lance » de Jeanne d’Arc protectrice divine contre les envahisseurs bourguignons de rouge vêtus, utilisateurs de tous les subterfuges pour s’accaparer le royaume de France. Ne vous étonnez pas qu’Aliénor s’élève vers le ciel parée d’une robe immaculée ! Ne cherchez pas : les Vikings s’en prennent au Monastère.Si l’on va découvrir le superbe spectacle sur les mousquetaires, la référence n’est pas celle de d’Artagnan mais celle du cardinal de Richelieu magnifié en protecteur du pays. Le Dernier Panache tout à la gloire du général de l’Armée catholique et royale de Vendée, François Athanase Charette de La Contrie, ayant combattu lors de la Guerre de Vendée contre les républicains de la Première République française.  Aucun risque de se tromper puisque dans le village 1900, il n’y a pas d’école communale quand celui du moyen-Age est construit autour d’une chapelle. Hasard de la reconstitution : la tranchée de la Grande guerre reconstituée avec un saisissant réalisme, vit sa nuit de Noël avec, en dernière scène, une vision subliminale d’une crèche naturelle lumineuse. Impossible d’ignorer que la France est la fille aînée de l’église. C’est assumé et nul ne peut songer à en faire le reproche aux concepteurs de ce parc parfaitement maîtrisé et régulé.
Une scénographie parfaite, des effets spéciaux toujours réussis, une dynamique constante, un texte ciselé, une pyrotechnie tonitruante confortent la prise en compte de cette transmission subtile d’une culture réputée ancrée dans notre civilisation. Le parc des fables de La Fontaine, les automates musicaux du début du siècle dernier ou le festival des eaux servent de traits d’union à cette réécriture d’un grand livre d’histoire illustrée qui autrefois figurait dans le cartable des écoliers français. Souvenez vous : le martyr de Blandine livrée aux lions ; Charlemagne visitant une école ; Clovis expiant le bris du vase de Soissons ; Charles Martel arrêtant les arabes à Poitiers ; Bayard sur le pont de Marignan ; Jeanne d’Arc brûlée vive à Rouen ; Ravaillac poignard en main assassinant Henri IV ; Richelieu de pourpre nimbé sur la digue de La Rochelle ; Louis XIV se comparant au soleil dans les jardins de Versailles ; la prise de la Bastille par le peuple ; Napoléon à Austerlitz… et tant d’autres gravures ayant la même vocation mais qui actuellement passionneraient moins les enfants que les figurines Panini des footballeurs du P.S-G ou de l’O.M. !
Le Puy du Fou mérite d’être découvert ne serait-ce que parce qu’il met la qualité de la création au service d’une certaine Histoire de la France. D’une manière générale, à travers les différents spectacles historiques ce sont surtout les chrétiens et les royalistes qui sont mis en scène, se battant contre des envahisseurs (Empire romain, Vikings, Anglais lors de la guerre de Cent ans, Républicains lors de la guerre de Vendée…) dont ils finissent par triompher moralement ou physiquement. C’est un média d’autant plus puissant qu’on l’apporte avec l’émerveillement des apparences. A cet égard je ne regrette pas d’y être allé pour en avoir conscience !