Oubliée la violente polémique et la violence en Corse qui a occupée tout l’été 2016 : le burkini ne semble plus poser de vrais problème dans la société française. La preuve s’il en fallait encore une que la médiatisation découlant de déclarations suivies d’interdiction a servi la cause d’intégristes manipulateurs. Rappelons que l’initiative de cette contestation revient à un élu marseillais du FN qui avait ameuté l’opinion publique à l’occasion d’une « journée burkini », prévue dans un parc aquatique proche de la ville. Il avait réussi son coup étant même rapidement dépassé puisqu’une une trentaine de maires de communes situées sur le littoral français prenaient des arrêtés visant à interdire directement ou indirectement le port du burkini sur leurs plages…
En fait à la provocation (organisée?) succédait une vague de réactions s’inscrivant dans la préparation des échéances nationales avec… le résultat que l’on connaît. Il a fallu une intervention du Conseil d’État pour calmer les remous provoqués par des bains avec le corps des baigneuses totalement couverts.
La Ligue des droits de l’Homme (LDH) ainsi que le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) avaient déposé des recours systématiques contre les arrêtés municipaux d’interdiction. Les premiers recours déposés, contre les arrêtés des villes de Cannes et de Villeneuve-Loubet, se voient rejetés par les juges des référés du tribunal administratif de Nice. La LDH autant que le CCIF ont toutefois contesté ces jugements devant le Conseil d’État.
Le 26 août 2016, la plus haute juridiction française rend une ordonnance qui annule celle du tribunal administratif de Nice et suspend l’exécution de l’arrêté de Villeneuve-Loubet. Il précise qu’« aucun élément produit devant lui ne permet de retenir que les risques de trouble à l’ordre public aient résulté […] de la tenue adopté en vue de la baignade par certaines personnes. […] Le juge des référés en déduit que, dans ces conditions, le maire ne pouvait, sans excéder ses pouvoirs de police, édicter des dispositions qui interdisent l’accès à la plage et la baignade alors qu’elles ne reposent ni sur des risques avérés de troubles à l’ordre public ni, par ailleurs, sur des motifs d’hygiène et de décence. »
Dans sa décision, le Conseil d’État estime que « l’arrêt contesté a porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle. » Il rappelle en outre à tous les maires qui ont invoqué le principe de laïcité qu’ils ne peuvent se fonder sur « d’autres considérations » que l’ordre public, « le bon accès au rivage, la sécurité de la baignade ainsi que l’hygiène et la décence » pour interdire l’accès aux plages. Cette décision rend tous les arrêtés similaires susceptibles d’être annulés à leur tour en cas de contestation judiciaire. Il a fallu en appeler à la justice pour calmer une exploitation vraiment politicienne d’absolument tous les bords d’une pratique extrêmement limitée. Depuis les tentatives organisées pour relancer un débat n’ont pas eu le même impact !
Or ces derniers jours ils e passe un phénomène beaucoup plus intéressant qui n’a pas du tout le même écho que celui de 2016. Et pourtant il mériterait d’être médiatisé puisqu’il s’agit d’une acte de résistance collective à la pression exercée sur les femmes algériennes. Le 5 juillet dernier, un mouvement de contestation sur les tenues des femmes à la plage  a en effet frappé toute la sphère algérienne. A l’origine, ce mouvement a été lancé par une jeune femme de 27 ans. Alors qu’elle se rendait en famille à la plage, cette dernière s’est vue contrainte de garder ses vêtements à la plage, pourquoi ? Par peur de se faire agresser verbalement voire physiquement.
Une fois rentrée à la maison, la jeune femme décide d’agir rapidement. Pour se faire, elle crée courageusement un compte Facebook secret afin d’organiser des sorties en groupes, en maillot de bain deux pièces pour éviter de se faire agresser. Au départ, elle y invite seulement des connaissances mais peu à peu le groupe a commencé à prendre de l’ampleur. Elle n’hésite pas à prendre des risques en affirmant que « le but n’est pas de faire du bruit et encore moins de faire le buzz mais de changer la société profondément et en douceur ». C’est l’affaire du burkini inversée… et comme l’on pouvait le prévoir le bikini a provoqué l’ire des « intégristes » de tous bords. Des femmes algériennes avec « leurs baignades républicaines » ont osé demander davantage de respect, de liberté, de tolérance et surtout moins d’hypocrisie sociale. Là encore les politiques s’en sont mêlés puisqu’un projet de loi a récemment été déposé afin de « réglementer les tenues vestimentaires des femmes pour garantir le respect de la pudeur et des bonnes mœurs ». Heureusement qu’ils sont là !

4 Réponses

  1. LAVIGNE Maria

    Les changements arriveront par les femmes qui sont, je le rappelle, plus de la moitié de l’humanité. Les hommes ne sont pas supérieurs et de quel droit imposent ils des accoutrements qui, sous ces fortes chaleurs, ils refuseraient de porter.
    Là aussi, résistance à l’obscurantisme qui n’est que domination.

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    • Puyo Martine

      VOUS AVEZ TOUT A FAIT RAISON.
      POURQUOI IMPOSER AUX FEMMES CES TENUES ET CES VOILES (je ne le savais mais elles auraient trois voiles différents pour couvrir leurs cheveux. eux se contentent d’un petit bonnet ou de rien du tout.

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  2. bernadette

    Le bikini est une mode comme le burkini. Jadis dans les années 1900 ma grand mère se baignait en robe.
    Les religions évoluent selon la mode.
    Aujourd’hui les hommes et les femmes rentrent à l’église sans chapeau et sans foulard.
    Lorsque les sièges des automobiles sont fabriqués avec du plastique c’est aussi une mode qui rapporte beaucoup à l’industrie pétrolière.

    Quelles sont les textures des tissus de fabrication des bikinis et des burkinis ?

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  3. durbain

    Quelle sera la réaction des autorités et du législateur si des femmes en Burkini se présentent dans les piscines publiques alors que le port du caleçon pour les hommes est interdit pour causes d’hygiène ?
    Ce sont des provocations des intégristes au même titre que de faire pression pour supprimer la visite du père Noël dans les petites classes. La prière sur la voie publique en était aussi une. Réagissons à ces démonstrations anti démocratiques qui entachent nos libertés de conscience et de vivre…

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