Le vent qui venait d’à travers la campagne a failli les rendre fous. Rideau faisant montgolfière. Décor difficile à stabiliser. Toile de fond délicate à tendre. L’opéra des « Bouffes Barisiennes » pour leur dixième ouverture aux amateurs d’un Offenbach exhumé des archives musicales, ne ressemblait surtout pas à une maison close pour rendez-vous galants. L’ombre tutélaire du clocher nimbé de la lumière mordorée du soleil couchant ne protégeait en rien une scène ayant abandonné le pied du chêne vert séculaire pour une exposition bien plus lumineuse mais forcément plus dangereuse.
Dans le fond peu importe que la bise soit venue en cette nuit d’août puisque le programme de l’Opéra de Barie pore depuis une décennie la chaleur de la passion de ses acteurs vers la foule présente. En plus cette année Jean-Marc Choisy et surtout Jean-Louis Guigon ont eu la bonne idée d’exhumer une partition en allemand oubliée depuis plus de cent cinquante ans dont l’intrigue se situe à Naples.
« Coscoletto » respire cette Italie du sud truculente, sans complexe, débordante, déraisonnable, celle qui vit avec passion dans ces quartiers où les intrigues sont portées justement par des gens au sang chaud. Celle où l’on ne vit heureux qu’avec des femmes, du vin et surtout les plaisirs de la table. Offenbach ne pouvait pas éviter de pasticher les prises de tête des grands opéras de Verdi ou de Rossini et il l’a fait en deux actes enlevés, légers, virevoltants et foncièrement joyeux !
En fait la mise en scène de cet ouvrage en deux actes entièrement transcrits pour l’opéra de Barie par cyril Fargues plonge le spectateur dans une bande dessinée. Les personnages par leur profil défilent en autant de références toutes venues d’une sorte d’adaptation de ceux d’un village d’Astérix transalpin. On y retrouve ainsi dans le rôle d’un inénarrable fabricant de spaghettis et de macaronis (sa spécialité) baptisé Frangipani, un Jean-Marc Choisy digne de figurer dans une pub pour ces spécialités ; le dangereux séducteur expérimenté Arsenico (Chritian Lara) parlant d’avenir autant avec les mains qu’avec ses flacons d’apothicaire sans vergogne ; un Polycarpe (Jean-François Dickstein ) marchand de cordes et poète transi ayant besoin à la manière de Christian d’un Cyrano chantant pour déclarer sa flamme à une Mariana lassée de son mari jaloux au « bois trop dormant » !
Ce vaudeville napolitain sur fond d’éruptions amoureuses diverses auxquelles s’ajoute celle du Vésuve prétexte à une savoureuse soirée de rendez-vous manqués avec des passions croisées dangereuses. Agréable, complice, brillante grâce à une voix parfaitement charmante, Claire Baudoin rivalise de talent tant dans le chant que dans son jeu d’actrice, avec Magali Klippfel fleuriste charmante mais un peu gênée par l’empressement tendre mais maladroit de Coscoletto (Audrey Hostein) donneur « d’aubades quiproquos » fondatrices de l’intrigue. Toutes deux sont aussi exquises vocalement dans leurs rôles respectifs, que le doux parfum des nuits napolitaines.
Désormais l’Opéra de Barie maîtrise parfaitement les fondements des œuvres d’Offenbach et cette œuvre est peut être l’un des plus plaisantes musicalement qu’il ait dénichée. Le De Profondis de Polycarpe à son chien ; l’air de la triple vengeance de Frangipani (Bravo Jean-Marc Choisy) ou encore plus durablement le fabuleux hymne collectif au macaroni constituent les temps fort d’un livret musical jouissif. Derrière ce grand air consacré à l’une des fières spécialités napolitaines on peut ressentir une réhabilitation triomphale de ce mot banal « macaronis » qui fut utilisé dans une contexte moins joyeux pour qualifier les immigrés transalpins arrivant sur dans ce « beau » (enfin presque) pays d’accueil que fut et ne reste plus la France. Encore une fois à partir d’un livret du XIX° siècle l’équipe de l’Opéra de Barie a dissimulé les clins d’œil discrets à l’actualité qu’il vous faudra découvrir. Impossible de ne pas se laisser emporter vers cette virée en Italie illustrée par de superbes décors et par une complicité sincère permanente entre les chanteurs et un public vite conquis. Du bel canto vivant et direct !
Avant de partir pour Naples le spectateur est invité à se plonger dans la France profonde grâce à une opérette en un acte située à Saint Flour ville d’un certain Georges Pompidou rappelons-le. Elle n’a pas changé même si on y a jamais choisi la rose comme emblème ! La rivalité entre le bouillonnant Chapailloux (chaudronnier et forgeron) et le timoré Marcachu (savetier) pour la main de l’indécise Pierrette (Carole Defontaine) constitue un agréable apéritif. Le cheveu sur la langue de Cyril Fargues cisèle un personnage qui finira par emporter le cœur d’une belle habile pour exacerber la concurrence entre ses prétendants. La voix aussi puissante que ses biceps de Damien Féral s’éteindra victime de ses maladresses et en fait la vérité sortira d’un chaudron contenant une potée auvergnate à la recette pour le moins surprenante et un peu « louche » !
En cette soirée de découverte on pense à la rengaine des Compagnons de la Chanson (« un chanson c’est peu de choses ») face à l’extraordinaire facilité d’écriture d’Offenbach qui imprime des airs fluides, pénétrants, enlevés se posant dans l’esprit et que l’on a envie de chanter. Quand c’est fini on a déjà envie de revenir pour découvrir les pépites « offenbachiennes » de Barie, celles qui réchauffent le cœur des amoureux de la simplicité sincère de ces oeuvres portée par la passion de cette troupe qui, avant tout, se fait plaisir en offrant aux autres sa motivation !
(1) L’opéra de Barie près de la Réole est dans les scènes d’été du conseil départemental de la Gironde « http://www.operade barie.com »

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