Il fut un temps, désormais assez lointain, durant lequel la rentabilité du vignoble supportait des cotés accessoires plaisants. Désormais la platitude de la très grande majorité des rangs, les désherbages massifs ou limités aux pieds, les travaux mécanisés et surtout l’enlèvement de tout le superflu ont donné une tonalité austère à l’ensemble des rangs de vigne. Il faut bien reconnaître qu’il en existe, non entretenus volontairement ou souvent par négligence, peuplés d’herbes folles et échevelés, qui détonnent encore quelque peu dans le paysage girondin.
La simplification industrielle de la culture a conduit à une sorte de paradoxe reposant sur le fait que sont alignés sur des pelouses rayées de bandes brunes de sol décapé, des rangs de vigne coiffés comme un écolier d’antan le jour de la rentrée. Il n’y a plus rien qui vient perturber ce bel ordonnancement sauf dans les grands châteaux où on revient aux pratiques ancestrales consistant à retourner la terre nourricière pour redonner son sens au mot terroir ! La qualité de leurs grands crus passerait, de plus en plus, par une vinification « scientifique » extrêmement précautionneuse des parasitages extérieurs dans la culture, la vendange et la production. Cette anticipation de mesures européennes en préparation est pour le moment réservée aux exploitants ayant les moyens financiers procurés par le prix de vente de leur vin ! Il est en effet question que sur les étiquettes soient précisés les produits chimiques contenus dans la bouteille ce qui provoque un tollé sans la profession mais qui, à mon avis (1) ne permettra pas d’éviter la directive. Il faudra alors mesurer non seulement les conséquences des traitements phytosanitaires mais aussi ceux de l’entretien des chais et des ajouts éventuels lors de la vinification. La liste peut être longue !
Cette « modernisation » inexorables des exploitations a généré des disparitions de signes distinctifs du vignoble qui manquent désormais aux paysages. Le premier est celui de ces constructions en pierre de taille, couvertes de tuiles qui servaient d’abri pour les « prix-faiteurs » ou les salariés, de remise pour une partie du matériel et surtout de lieu de beaux moments de partage devant une grillade. Ces « cabanes » en dur disséminées sur les parcelles comme l’étaient les burons dans la montagne ont été détruites ou abandonnées en raison de la rationalisation des exploitations. Elles avaient pourtant leur charme et appartenaient au vrai patrimoine rural. Il en reste encore quelques-unes sur des propriétés familiales ou à taille humaine qu’il faudrait protéger dans les plans locaux d’urbanisme. C’est en effet en ces lieux qu’est née la tradition du sarment utilisé pour ce qui n’était que très rarement l’entrecôte mais plutôt des grillades de cochonnailles diverses (lard, ventrèche surtout). Je conserve en mémoire celle de mon père en bois au-dessus d’une réserve d’eau, avec la cuve pour préparer le sulfate, dans laquelle j’adorais entrer même si les odeurs acres de la bouillie bordelaise et du soufre envahissaient les lieux.
Le vignoble était aussi parsemé d’arbres fruitiers en bout de rangs qui bénéficiaient du traitement du lieu pour protéger leur production. Ils étaient les signes prédictifs de la récolte et notamment les « pêchers de vigne », une espèce qui a bien failli disparaître alors qu’elle délivrait, pour moi, l’une des meilleurs fruits de la fin de l’été et du début de l’automne. Pour ma part je lie leur apparition avec celle des rentrées scolaires et des vendanges. On en retrouve sur les marchés, trop aguichantes pour être vraies, mais elles n’ont plus la saveur de celles que l’on cueillait sur l’arbre. Fortement velues les pêches en question étaient peu agréables au toucher.
Petites, rabougries, denses et souvent parsemées de taches elles n’avaient guère d’attractivité pour les non-connaisseurs. Le terme « pêche de vigne » s’appliquait en effet à un type de pêche plutôt qu’à une variété précise cachant sous leur peau gris souris une flamboyante couleur veinée de rouge, de violet et pourpre que l’on dit « sanguine ». Un régal. Un bonheur. Peu de chair avec un noyau rugueux omniprésent mais un vrai délice pour les gens aimant l’authenticité ! On les coupait en petits morceaux pour les mettre dans un bol avec du vin sucré  ²quand on avait l’âge de bénéficier de ce genre de dessert.
Cet arbre noueux, torturé, jamais envahissant produisait parfois plus de pêches que de feuilles : c’était le signe d’une belle récolte dans la vigne car il avait résisté aux maladies. Il était en effet utilisé par les vignerons pour détecter précocement les attaques de l’oïdium sur la parcelle. Dès que ses feuilles blanchissaient on sortait la soufreuse rangée dans le cabanon et prête à l’action. Là encore le savoir-faire et le savoir-être constituaient les références d’un monde rural attachant !

(1) l’affaire des œufs ne va pas arranger les affaires du milieu agro-alimentaire !

Une réponse

  1. bernadette

    Les arbres fruitiers étaient dans les rangs, ce sont les rosiers qui étaient au bout des rangs, ils annonçaient de par les feuilles les poussees d’oidium.
    Les pêches des vignes sont issues d’un noyau planté dans la terre.
    Avec la mécanisation il a bien fallu mettre aux normes les vignes.
    Oh les oeufs au fipronil est une gabegie du capitalisme par la très célèbre culture intensive ou élevage intensif.
    Avec 3 oeufs par jour, mes poules me permettent de subsister. Pas d’aliments de croissance, seuls les restes et un peu de blé et de maïs suffisent.

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