Depuis que la presse écrite existe, la chasse aux clichés sensationnels est pratiquée par des professionnels spécialisés qui ont fini par être baptisés paparazzi. Cette appellation leur a été donnée après le célébrissime film de Federico Fellini La « Dolce vita » dans lequel le héros Marcello Mastroianni, est souvent accompagné d’un jeune photographe du nom de Coriolano « Paparazzo » qui fixe pour la postérité et pour des buts plus ou moins avouables la vie des gens plus ou moins célèbres qu’il croise. C’est devenu un métier dont on présente les pratiques comme douteuses ou condamnables puisqu’elles consistent à proposer des images « privées » qu’exploiteront avec le maximum de tapage les grands magazines réputés « pipoles ». En fait ces spécialistes du suivi des vedettes, des politiques célèbres, des têtes plus ou moins couronnées, des auteurs de faits divers ou des sportifs reconnus ne font qu’exploiter à satiété les travers de la société actuelle : la communication ! La meilleure et la pire des techniques pour atteindre la notoriété.
Il faut dire que les dessous (au sens propre ou au sens figuré) de ces pratiques réputées illicites ne sont pas si odieuses que celles et ceux qui les dénoncent veulent bien le clamer. En fait il devient impératif pour obtenir un résultat positif de maîtriser les techniques consistant à dissimuler l’essentiel sous les artifices médiatiques surtout en été. Dans cette optique les gens qui comptent bâtissent des stratégies extrêmement complexes. Il s’agit de maîtriser toutes les sources pouvant? soit vous être profitables soit hostiles, via une escouade de professionnels ayant en charge le façonnement d’une image indispensable à votre réussite .
D’abord la loi est formelle à ce sujet et il est impossible de franchir les limites de ce que l’on définit comme la « vie privée ». Une photographie prise à votre insu au bord d’une piscine autre que publique relève par exemple d’une infraction. Une autre volée dans votre jardin, sur votre terrasse ou sur votre bateau, dans votre automobile ou à fortiori dans un espace non ouvert au public est strictement condamnable. Ensuite il ne s’agit que d’un équilibre entre le risque encouru par le cliché (passage au tribunal, retrait de la publication-rare- ; montant de la condamnation…) et ce qu’elle rapportera. Une photo volée peut rapporter des dizaines de milliers d’euros à celui qui l’a prise sans se faire… prendre et coûter autant à celui qui la diffuse mais le delta bénéficiaire justifie souvent le danger de sa diffusion.
Le paparazzi est d’abord un journaliste bien informé. Il ne peut espérer vivre de son métier que s’il possède dans les endroits les plus sensibles de personnes rémunérées fournissant les renseignements indispensables à son travail. Il tente à partir de ces informations de « voler » des photos sur l’espace public (rues, manifestations, plages..) mais souvent elles n’offrent guère d’intérêt car elles sont communes à beaucoup de preneurs de vues. On en arrive à ce que pourtant tout soit fait pour empêcher ce type de prises de vues (service d’ordre, portes dérobées, véhicules avec vitres teintées…) et dans le fond, la vraie différence entre ceux qui se font piéger et les autres ce n’est qu’un question de moyens financiers.
Être dupes des discours ambiant sur les paparazzi c’est tomber dans un bain de naïveté. Le fric règle tout.
Il est donc possible, aussi paradoxal que ça puisse être, que des personnalités fassent prévenir pour leur notoriété les photographes afin qu’ils réalisent un cliché « volé » qui sera diffusé sur des supports nationaux ou internationaux. Allez, pour les plus malins d’entre eux, ce peut-être même un moyen de récupérer de l’argent en « vendant » cette opportunité via un intermédiaire. Croire qu’il n’existe pas de complicité entre certains photographes et ceux qui se situent dans leur objectif n’a aucun sens. Tout se négocie, tout s’achète, tout se vend. On dit même que certains grands de ce monde auraient leurs paparazzi attitrés, leurs journaux attitrés et leurs fournisseurs attitrés de telle manière que ne soit diffusé que ce qui leur convient. Mais bien entendu ce ne sont que des malveillants qui prétendent ça ! Quand vous êtes au plus bas dans les sondages, quand vous ne vendez plus de vos œuvres, quand vous avez besoin de recentrer l’actualité, quand il vous faut exister à tout prix vous pouvez alors actionner le système devenu mondial de la « pipolisation ». ce n’est que bénéfice ! A l’inverse si par hasard vous voulez diminuer quelqu’un, vous souhaitez le déstabiliser, vous souhaitez l’éliminer il suffira par exemple de vendre l’info permettant qu’on le voit casqué sur un scooter un soir dans une rue parisienne. Et là les conséquences peuvent être terribles.
La situation évolue car les réseaux sociaux bien manipulés contribuent également à cette construction de l’image souhaitée. Les selfies consentis, l’instantanéité des clichés sortis des téléphones mobiles, les vidéos devenues très faciles rendent la maîtrise de la communication extrêmement compliquée mais il paraît que parfois il est possible justement de laisser courir ces diffusions sauvages car elles donnent plus de spontanéité au message que le public attend ! Le miroir aux alouettes n’a jamais été rangé au musée !