Existe-t-il une véritable différence entre les mondes du spectacle et de la politique ? Pas certain. Et si elle existe au plan national elle devient extrêmement mince. Avec la montée constante de la médiatisation dans une démocratie de l’inégalité croissante la porosité s’installe chaque jour davantage : promus par des télévisions avides de « personnages » femmes et hommes de partis deviennent des « vedettes » qui sont alors utilisés en boucle ! En fait le système se nourrit lui-même en créant des « figures » emblématiques par des émissions de complaisance, une saturation des espaces par toujours les mêmes personnes et surtout par la confection assistée d’une image « exploitable ».
Depuis de longues années la politique est devenue un spectacle et il est donc parfaitement normal que les politiques s’engagent en retour dans le spectacle ! Et de plus en plus vont d’une « scène » à l’autre sans aucun problème. Le premier aura été Valéry Giscard d’Estaing tellement empressé de se vêtir de passions populaires qu’il finit devant une caméra avec un accordéon entre les mains… une prestation lamentable mais qui fut pourtant du goût de cette France ravie d’un retour aux traditions ! Bernard Tapie poussa la chansonnette professionnellement avant de se lancer dans un autre show-biz ! Apprendre des textes par cœur avec des formules chocs, évoluer sous les sunlights, affronter le trac, répéter sans cesse une prestation avant la vraie devant les caméras ou faire des effets de manche pour capter un auditoire. L’art de la petite phrase que l’on retrouve chez les dialoguistes de talent ou celui du refrain ressassé afin qu’il devienne une référence constante chez les auditeurs ou les téléspectateurs appartient désormais au bagage indispensable du parfait politique.
L’élection de Ronald Reagan aux USA avait transgressé la séparation des deux mondes. Elle avait été suivie par celle d’Arnold Swartzenegger à un degré moindre avant que le summum soit atteint Outre-Atlantique par l’irruption de Donald (Trump) dans le paysage des candidats aux présidentielles. Milliardaire certes mais surtout omniprésent dans les émissions de télévision de ses chaînes il a réussi à une échelle largement supérieure ce que Berlusconi avait fait en Italie. On connaît le résultat de toutes ses intrusions de la « fiction » dans la « réalité » politique.
La France semble se distinguer puisque depuis quelques mois la porosité est inversée. Elle permet à des membres actuels ou passés du monde parlementaire de s’installer sur les plateaux télévisés de manière permanente. La première à avoir décroché un « rôle » titre aura été Roselyne Bachelot. Après avoir usé tous les fauteuils et tous les maroquins possibles elle est recrutée comme chroniqueuse entre octobre 2012 et juin 2016, dans l’émission Le Grand 8, diffusée sur D8 puis 2016 et 2017, elle anime 100% Bachelot sur RMC. Certes bien d’autres avaient avant elle « pigé » dans les Grosses Têtes mais jamais elles n’avaient obtenu une émission à elles. Elle rejoint dans quelques jours LCI pour assurer l’animation des fins de matinée ! La voici installée dans le fameux PAF de manière officielle et solide.
A la rentrée aussi Raquel Garrido, porte-parole de La France insoumise de Mélenchon, va devenir chroniqueuse à la rentrée dans l’émission de C8 présentée par Thierry Ardisson, « Salut les terriens ». Une promotion médiatique défendue par ses camarades et notamment son compagnon Alexis Corbière qui en s’offusquent absolument pas du mélange possible des fonctions. « « Partout où il y a des places à prendre pour défendre nos idées, c’est une bonne chose, poursuit-il. Quand on appelle quelqu’un comme Raquel Garrido, c’est pour faire du Raquel Garrido. C’est une bonne chose que le mouvement de la France insoumise, qui est un grand mouvement de société, soit représenté dans les médias par des chroniqueurs. » Dont acte.
Il faut donc se réjouir de l’installation officielle de Jean-Pierre Raffarin sur France 2. La chaîne  annonce en effet qu’il va rejoindre l’équipe de « 19 h le dimanche ». En deux parties, articulées autour du journal de 20 heures, il vise à « décrypter »les coulisses des événements du moment », mais aussi faire intervenir des invités pour « apporter un regard sur le monde et sur la France » dixit France 2, avant de se conclure, selon le communiqué par « l’histoire française » d’une personnalité. Jean-Pierre Raffarin sera donc l’un des chroniqueurs du magazine aux côtés de Caroline Fourest, Alain Duhamel ou Christophe Ono-dit-Biot, directeur adjoint de la rédaction du Point. Ses analyses rémunérées avec la redevance seront bien entendues empreintes de son humour légendaire et de sa science politique acquise au contact de la France d’en bas ! Nous aurons bientôt d’autres surprises de ce genre dans la porosité entre monde médiatique et politique comme si demain il ne feront plus qu’un ! Qui va décrocher le contrat du siècle avec Brigitte Macron invitée pour parler politique ?