« La majorité silencieuse » : la préoccupation essentielle de tous les gouvernants. Elle est en effet la plus importante car elle ne se manifeste jamais,s e désintéresse de tout mais s’exprime le moment voulu en réaction aux « minorité agissante ». Le problème c’est que pour la mobiliser il faut absolument adopter les outils outranciers de la propagande afin de la dresser contre la diversité des positions politiques, syndicales ou associatives. En général elle laisse les « militants » faire le boulot indispensable à l’amélioration de son sort mais elle se réfugie en permanence dans une fausse indifférence qui lui permet de pencher du bon coté le moment venu. Il y a eu un homme politique qui s’y connaissait en marketing qui l’avait appelé « la France d’en bas » mais en fait il s’agissait de la même strate sociale ! Il semble que de plus en plus elle soit au cœur des préoccupations des conseillers politiques.
En effet la stratégie sociale appliquée consiste simplement à donner l’impression à cette « opinion dominante silencieuse » que l’on travaille pour elle. Les réformes ou les mesures sont parcellisées afin que jamais elle n’ait l’impression d’être concernée. L’art de la propagande a évolué mais il reste le même : donner l’impression de la révélation que les idées portées correspondent au non-dit des gens supposées concernées. Quand par exemple on touche aux contrats aidés sans surtout en présenter les conséquences sur le quotidien de milliers de personnes on joue sciemment sur une opposition entre les « acteurs sociaux » et les « passifs sociaux ». En effet il est indispensable de participer à la vie collective pour mesurer l’impact d’une telle mesure alors que pour la très grande majorité des « bénéficiaires » elles elle totalement inconnue.
Élection après élection ; assemblée générale après assemblée générale ; réunion après réunion le fossé se creuse entre celles et ceux qui s’engagent et celles et ceux qui courbent le dos ou détournent le regard. Le pire est à venir car la passivité actuelle gagne l’esprit des jeunes car ils ont une telle pression ou un tel sentiment d’échec qu’ils se détournent de toutes les formes de participation à une réflexion. Lentement ils viennent renforcer cette « majorité silencieuse » avec une tendance croissante à l’abstention ou tout simplement à la répulsion à l’égard de tout ce qui pousse à prendre position. Il ne s’agit plus de prise de risques et pour paraphraser une phrase célèbre du général Mac Arthur ils deviennent très vite vieux quand ils désertent leur idéal ou qu’ils n’en ont plus du tout !
Le dernier exemple en date est venu de Barcelone. Lors de sa première visite depuis que la région a été mise sous tutelle par Madrid le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy s’est rendu à Barcelone. Lors d’un meeting de sa formation, le Parti populaire, il a appelé à « récupérer la Catalogne de tous, démocratique et libre » lors des élections anticipées du 21 décembre. « Nous pourrons y parvenir si la majorité silencieuse transforme sa voix en vote », a-t-il estimé… car il sait que la peur de voir les entreprises s’enfuir, la richesse catalane s’effondrer, la protection européenne disparaître constituent des arguments pour sortir des électeurs(trices) de leur apparente torpeur.
En fait de tous temps le ressort principal du réveil de la « majorité silencieuse » n’a jamais varié : c’est la peur ! Toutes les formes de peur contribuent à mobiliser des énergies insoupçonnées. Les populistes de tous les pays l’ont compris : peur de l’inconnu sous toutes ses formes. Il n’y a plus d’adhésion positive puisqu’il y a de moins en moins de pédagogie sociale constructive. Les notoriétés se construisent dans des oppositions frontales sur des sujets soigneusement choisis car susceptibles d’actionner les ressorts les plus désastreux de l’être humain.
Ce phénomène envahit inexorablement le champ politique qui ressemblera dans quelques mois quels que soient les affirmations de celle et ceux qui le contrôlent à un désert ou subsisteront des « oasis » de réflexion ! Une nouvelle gouvernance est en marche qui repose sur l’utilisation rapide et habile de ce vide indiscutable. On y ajoute une parfaite analyse du niveau de non-réaction de la « majorité silencieuse » à des mesures techniques souvent abstraites et on en arrive à faire avaler les pilules les plus amères. Il sera temps dans les prochains mois de renverser la vapeur et d’appeler au secours cette opinion dominante « muette » pour qu’elle conforte des projets liés au sort des élus, au sort des fonctionnaires, au sort des migrants, au sort des collectivités territoriales, au sort des associations… On verra alors la puissance incroyable que peut avoir actuellement dans ce contexte social le poids de l’indifférence égoïste !

7 Réponses

  1. J.J.

    L’existence de la majorité silencieuse ne suffirait pas, il y faut aussi le talent, (si l’on peut appeler ça du talent) de magouilleur de ceux qui en tirent profit.

    En cela, Rajoy a bien manœuvré pour cauteleusement provoquer une situation sans issue, lui permettant de se poser en sauveur d’un « l’ordre établi »,qui n’est pas sans rappeler le beaux jours du franquisme.

    Un autre fameux pêcheur en eaux trouble est le grand humaniste qui règne en Turquie.
    On entend toujours parler du « coup d’état manqué » en Turquie. Or ce coup d’état n’a absolument pas été manqué, mais au contraire constitue une parfaite réussite pour les véritables organisateurs, qui n’étaient manifestement pas ceux que l’on présente et qui ont été trahis et trompés.
    Cela a fourni au pouvoir en place, en organisant une chasse aux sorcières, l’occasion de se débarrasser à bon compte de toute opposition et en passant à la trappe les ennuis judiciaires d’ordre financier du « lider maximo » oriental, en délicatesse avec sa propre justice.

    En même temps cela a permis de de donner de l’importance à une majorité silencieuse, parfaitement dépourvue d’esprit critique, prête à avaler n’importe quelle couleuvre politique, nationaliste ou religieuse, priée de donner de la voix , dans les différents sens du mot.
    Outre Atlantique, on n’a pas fait mieux (ni pire).
    Courage, en France on va y arriver, quand on entre-aperçoit certaines rumeurs de futurs et possibles ralliements….

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  2. Yvon BUGARET

    Je crains que cette majorité silencieuse dont tu parles Jean-Marie soit rentrée dans un sommeil profond. Pourtant, notre nouvelle majorité ne nous économise pas avec la suppression des emplois aidés et la CSG sur retraites.Le Sénat a bien voté contre le projet CSG mais on sait bien que l’Assemblée Nationale aura le dernier mot pour l’appliquer. Tous ces projets de Droite anti-sociaux devraient mobiliser tous ceux qui sont concernés.C’est ainsi que le pouvoir politique a les mains libres face une opposition syndicale et politique en berne. Il faut espérer que les partis politiques d »opposition se refondent pour mobiliser tous ceux qui souffre et permettre de préparer l’avenir. Je rêve peut-être ! ! ! !

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  3. JJ Lalanne

    Si le pays basque vote son unification et son indépendance, ce qui serait plus logique que ce que certains voudraient en Catalogne, est-ce que l’ on s’étonnerait d’ une réaction de Paris? La zone concernée est facile à reconnaître alors que l’ occitanie c’ est flou. Alors que certains veuillent faire trébucher l’ Espagne en redressement me paraît plus qu’ évident. Arrêtons de prendre les espagnols pour des imbéciles et que l’ on me dise combien de bobos occitanistes français ou des basques augmentent artificiellement les « troupes » des manifestants. J’ en connais qui rêvent. Depuis ces problèmes et avant toute intervention du gouvernement espagnol dans les villes il y a plus de drapeaux espagnols que catalans aux fenêtres et ce n’ est pas parce que les gens ne sont pas allés voter qu’ ils étaient indifférents. Au contraire aller voter aurait signifié donner une légitimité au mépris de la constitution. Je passe sur les mouvements de blindés comme à la précédente tentative de coup d’ état. Ça fait deux fois que je vois ça (j’ ai même des photos). La routine

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  4. bernadette

    Si le 1er ministre a agi dans ce sens c’est que la Démocratie n’existe pas en Espagne comme en France d’ailleurs.
    Il y a quelques années j’ai entendu parler de démocratie participative européenne. A ce jour je ne sais pas ce que sait.
    Est ce que cette democratie participative européenne a été la société civile ?
    En France à part les partis politiques qui savent tout, moi membre du peuple ne sait rien.

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  5. JJ Lalanne

    Je suis bien au contraire étonné par la possibilité de s’exprimer en Espagne supérieure à la notre. Leurs autonomies permettent d’ échapper à la censure avec le risque de dérapage comme actuellement et la difficulté de vivre dans un pays où les règles changent d’ une province à l’ autre. Je ne théorise pas, c’ est du vécu. Il faut y aller pour bien saisir le problème. Par contre avant d’ y aller si vous n’ êtes pas hispanophone, révisez votre anglais car l’ ambiance est fortement antifrançaise, harnaques et humiliations garanties. Pour une amie immigrée mais anglophone, aucun problème, sur du velours pour elle. Je suis quand même content d’ avoir pu vivre ce que ressent un maghrébin en France. En parler c’ est une chose,le vivre en est une autre. Il faudrait leur expliquer que je n’y suis pour rien si nous avons maltraité les réfugiés de 36, si nous avons été longtemps condescendants envers eux,si nous détruisont leurs cargaisons. Je ne parle pas de notre propension à vouloir faire la guerre à tout le monde. Pas facile de nous aimer.

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