La solidarité constitue le pilier de la République car elle conditionne la vraie liberté, l’égalité indispensable et la fraternité essentielle pour que l’avenir de chaque citoyen(ne) soit garanti dans un contexte de plus en plus clivant socialement. Je suis de ceux qui pensent qu’il ne devrait pas y avoir une « politique de la ville », une « politique de la ruralité », une « politique des quartiers », une « politique des bourgs centres » mais tout simplement la garantie simple et universelle que les mêmes droits et les mêmes devoirs sont accordés sur tous les territoires. Or la réalité est très différente puisque la sectorisation des actions creusent encore davantage les écarts de traitement entre individus. La racine commune à tous les maux reste l’accès au bine commun que sont les services publics puisque soit ils n’existent plus soit ils sont devenus payants au nom des équilibres financiers. Et rien, absolument rien ne laisse présager un retour en arrière sur ces axiomes du monde libéral.
Au contraire : de véritables déserts se créent avec chaque fois l’annonce d’une prise en compte spécifique qui ne débouche sur rien.
La déception est toujours au rendez-vous de la suite des visites préparées et encadrées que les gouvernements organisent sur le terrain. On est à des années lumière depuis deux décennies de la résorption des inégalités culturelles, économiques ou sociales. Une série de mesures récentes va même à coup sûr accentuer ce fléau pouvant être fatal à la démocratie. Ainsi depuis le début du quinquennat les fortes baisses du budget pour 2017, le coup de rabot des APL, la diminution mathématique du nombre global d’emplois aidés, l’annonce de la ponction CSG sur les retraités ont provoqué l’émoi de l’ensemble des acteurs de terrain, qui ont dénoncé le « mépris » et la « brutalité » du gouvernement. On en mesurera les conséquences à l’automne 2018 car un phénomène inquiétant a été révélé : près d’un Français sur deux ne connaît pas les droits que lui ouvre la solidarité de proximité.
D’après une enquête publiée par la fédération Adessadomicile regroupant 350 entreprises et associations de services à domicile et d’aides à la personne, une personne sur trois (personnes âgées, personnes handicapées ou allocataires CAF) éligible aux aides sociales versées par les conseils départementaux ou les Caisses d’allocations familiales (CAF) n’y accède pas. Plus frappant encore, pour près d’une personne sur deux (49%), ce manque d’accès est lié à un problème d’information… et aussi de capacité à décoder les documents permettant d’y accéder. Il existe donc un problème d’efficacité et d’équité sociale puisque ce sont celles et ceux qui en ont le plus besoin qui ne savent pas solliciter les droits sociaux auxquels ils peuvent prétendre. Seulement 37% des familles éligibles connaissent les dispositifs existants à la CAF et 44 % des personnes éligibles mais non bénéficiaires de l’aide personnalisée à domicile en ignorent l’existence. Le même constat a été effectué sur le RSA avec environ 30 % des personnes pouvant le toucher qui ne le demandent pas !
Que va-t-il se produire dans les prochains mois si la pression s’accentue sur les couches sociales les plus défavorisées. Ce sont dans leurs rangs que se trouvent le potentiel de demandeurs.
Or si l’on s’intéresse un tant soit peu au financement de cette indispensable solidarité on constate qu’elle repose essentiellement sur les finances des départements. En Gironde en 2018 ce seront largement plus de 900 millions d’€ qui seront consacrés globalement à ce secteur soit plus de 60 % de la totalité du budget de fonctionnement… Jusqu’où peut-on aller ? Si l’on considère que les allocations individuelles représentent 50 % de ce secteur on peut arriver à plus de 400 millions à la charge directe de la collectivité territoriale départementale si les gens abandonnés par la politique nationale se tournent vers le RSA, l’APA ou la PCH auxquelles ils ont droit ! Ainsi la Seine Saint Denis vient de cesser le règlement du RSA en décembre, faute de ligne budgétaire suffisante, laissant le soin à la CAF de le faire l’avance d’un éventuel soutien d’urgence non prévu dans le projet rectificatif de la loi des finances.
Paradoxalement on ne sent vraiment pas une prise de conscience autour des conséquences à moyen terme de cette dichotomie entre les besoins et les moyens. Pour satisfaire les exigences comptables de Bercy on va accentuer la montée inexorable du populisme puisque forcément les pauvres accuseront les plus pauvres de venir les priver du peu qu’ont leur a refusé. Un vrai pacte républicain devrait prendre en compte une situation pouvant à tout moment devenir explosive pour peu que certains soufflent sur les braises. Ce n’est vraiment pas le cas puisque qu’on le veuille ou non la cible gouvernementale est bien de donner de l’air aux « riches ».

6 Réponses

  1. bernadette

    Bonjour,

    Face au vieillissement de la population pauvre, je trouve bien que l’on puisse venir en aide à ceux qui en ont besoin. Bienvenue aux auxiliaires de vie qui ont un travail difficile face aux pauvres vieux.
    L’hospitalisation à domicile est une bonne chose.

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  2. JJ Lalanne

    Les tensions entre pauvres (ou modestes) non aidés et pauvres (ou modestes) aidés (évitons le terme d’ assistés cher au FN) est effectivement une des principales sources de montée de l’ extrême-droite. Exploiter la détresse des personnes en difficulté est une stratégie redoutable ainsi que des théoriciens allemands voyaient l’ utilisation du sous-prolétariat comme constitutive d’une véritable armée révolutionnaire. Il ne faut pas céder un pouce de terrain car ensuite il est extrêmement difficile d’ expliquer à quelqu’un qu’ il a vécu dans l’ erreur. Il est très douloureux d’ admettre que l’ on s’ est planté et que l’ on va devoir se mettre en opposition à ses proches… Avant d’ en arriver là, les gens ont besoin d’ être rassurés, épaulés dans la recherche de leurs droits. Comme tu le relèves trop de monde n’ y a pas accès par méconnaissance ou difficulté dans l’ accès pour de multiples raisons,la chute insuffisante pour déclencher l’ intervention de services sociaux. Ceux-ci,dont l’action est louable, arrivent mais en ambulance. La solution serait de faire comme en médecine. Pour lutter contre les infections l’ asepsie est préférable à l’ antisepsie. On a inventé, suivant les périodes ou les lieux, les îlotiers, les concierges, les éducateurs de rue etc…mais en plus de la rustine ou du maintien de l’ « ordre », c’ est d’ îlotiers sociaux qu’ il y a besoin pour résoudre bien des problèmes de détection (sans flicage), d’information et d’accompagnement. Coûteux mais sans cela on peut avoir les plus beaux services sociaux, ils seront dépassés par les groupes d’ extrême-droite ou les groupes islamistes particulièrement actifs. Crois moi que pour être au contact,c’ est vite vu, ils repèrent et prennent rapidement en charge les personnes en difficulté. Les jeunes en particulier. Ils ont renoué avec le concept de patronage et ne manquent pas de bénévoles. Quand on voit le look et les vêtements des entraîneurs ou arbitres qui les encadrent, ça surprend au début. Eux, ils ont tout compris

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  3. bernadette

    La République est un mot aléatoire. En fait qu’est ce que la République ? c’est comme la Démocratie. Qu’est ce que la démocratie ?
    Visiblement la République est en marche, il n’y a rien qui apporte une explication du devenir de la population française.

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  4. JJ Lalanne

    Pour le gouvernement actuel c’est République en marche mais arrière, ils n’ ont pas cassé la marche avant parce qu’ ils n’ ont jamais dit qu’ ils en avaient une. Pour ce qui est de la démocratie dans leur mouvement, nombre de leurs soutiens réalisent qu’ ils ont été dupés et quittent le navire. Dupés ou dupés par eux-mêmes? Fuite en avant(?) pour échapper au sentiment d’ abandon souligné par JM? Le choix aurait pu être pire mais les dégâts seront difficiles à réparer. Faire croire aux gens que c’ est eux qui ont souhaité cette casse est catastrophique pour la confiance dans les institutions et la démocratie. On n’ avait pas besoin de ça

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  5. Alain E

    Une honte que tout ça , des exemples factuelles , trois mois que l’ on essaie de faire valoir des droits aux APL , un vrai foutage de gueules que la caf de savoie , deux ans sans problèmes avec la caf des charentes , bizarre , vous avez dit bizzare.
    Parlons maintenant de la belle histoire de pole emploi et de la poste idem plus de trois mois , des papiers qui manquent , mais pas demandé au départ et toujours rien de versé , lamentable que tout ça .
    Alors je m’ interroge si au bout du compte , on ne fait pas tout pour ne pas verser ces différentes aides.
    un autre exemple , la MSA a oublié de virer la retraite a mon beau père depuis 2014 , celle ci était versé a un homonyme , rectification faite par nos démarches personnelles .
    Alors il y a de quoi en pleurer , mais je préfère en rire .
    Cordialement.

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  6. JJ Lalanne

    Sans jeter l’ opprobre sur l’ ensemble,il arrive que l’ inertie de certains agents mériterait quelques coups de pied au cul. Voir, il y a quelques années, une xénophobe officier au service des migrants peut surprendre mais des anomalies semblables il y en a beaucoup. Combien d’ agents des services sociaux confient tout le mal qu’ ils pensent des « assistés »? Sans vouloir mettre ces personnes à la rue, un contrôle du respect de la déontologie permettrait de leur trouver un poste adapté. On a presque tous des exemples en tête de confusion entre homonymes. Pourquoi ne pas utiliser systèmatiquement le code insee? Pas d’ homonymie avec ce code. J’ ai 15 ou16 homonymes! Des pièces d’ autres étaient dans mon dossier professionnel de l’ Éducation Nationale, la carte bancaire d’ un autre m’a été remise sans que je ne voie rien d’ anormal, erreur d’ identité lors d’ un passage au tribunal et condamné parce que vous n’ avez pas accès au dossier sans avocat (vous pouvez 6 mois après, trop tard, vous avez déjà été condamné) et j’ en passe. L’accumulation rend la chose comique mais d’ autant plus difficile à vivre que nombre de choses se font ou se disent dans votre dos sans pouvoir se défendre. Ne m’ a-t-on pas vu utilisant des écoutes téléphoniques, virant le fils B… et autres absurdités. Les personnes qui propagent ces infos se croient bien informées mais un seul est venu vérifier à la source. J’ ai l’ air de m’ écarter du sujet mais c’ est une erreur. Combien de situations catastrophiques sont dues à des erreurs ou des laisser-aller dans les « administrations »? Combien de personnes renoncent à leurs droits en pensant à l’ imbroglio qui va suivre? Comme je disais à un commandant de police que je ne comprenais pas comment la machine judiciaire ne s’ était pas mise en route lorsque j’ ai parlé à d’ autres policiers de l’ assassinat d’ amis et dont pour un je lui présentait des éléments, il m’ a rétorqué que c’ était parce que je l’ avais dit et non-pas écrit! Effrayant, non? Lui n’ étant pas là pour cela,comme les autres. Même si je suis dans l’erreur des vérifications auraient pu être faites. La routine, toujours la routine…

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