Il faut toujours espoir garder. Je suis de ceux qui pensent que la France accumule le retard dans le domaine de la transition énergétique et qu’il faudra une profonde mutation de la société française pour que le nucléaire de la facilité soit lentement estompé du paysage des fournisseurs d’électricité. Il existe en effet des fronts communs contre les éoliennes, des adversaires contre les champs solaires, des dénigreurs des hydroliennes, des détracteurs du photovoltaïque et finalement comme tout ne convient nécessairement à personne on attend des solutions venant des autres. Il n’y a pourtant pas d’efforts inutiles mais il existe encore beaucoup d’améliorations à apporter pour faire accepter ces modes de production. Pourtant la temps presse ! Il faudrait un vaste plan national constructif, réaliste et durable en matière d’énergies renouvelables avec une forte simplification des procédures. Un virage vient d’être pris en ce sens hier avec la montée au zénith du soleil.
EDF souhaite en effet considérablement développer son parc photovoltaïque entre 2020 et 2035 ce qui représente un peu moins de la moitié de la puissance installée du parc nucléaire français (plafonné à 63,2 GW par la loi de transition énergétique). Un bond considérable lorsqu’on considère qu’en 2016, la production solaire française installée plafonnait 6,7 GW. Soit donc un chiffre à multiplier par plus de 4 ! Le « plan solaire », annoncé par le leader de l’énergie en France, est clairement ambitieux. Mais ses modalités de mise en ouvre exactes restent à préciser. Par exemple il faudra d’abord et surtout trouver les terrains pour ces implantations.
Si ce projet peut permettre de créer « plusieurs milliers d’emplois induits » avec des répercussions positives sur l’économie, il nécessitera toutefois de libérer 25.000 à 30.000 hectares de terrains utilisables. Ce sera très compliqué compte-tenu de tous les obstacles juridiques à lever ! Les Plans locaux d’urbanisme ne sont pas adaptés et le milieu agricole contrairement à bien d’autres est hostile en France à l’utilisation de ses jachères pour ce type d’installation dont on envisage une utilisation durant une vingtaine d’années.
Cette proposition nécessitera surtout un investissement total de 25 milliards d’euros, qui sera aussi porté par des partenaires, a indiqué le PDG d’EDF. »On lance un grand plan solaire en France avec des objectifs très ambitieux mais aujourd’hui c’est en France que nous voulons concrétiser encore davantage notre ambition ». La recherche des terrains a débuté et les prospecteurs viennent de l’Europe du Sud pour dénicher des espaces à dépolluer, des terres non utilisées ou des taillis à nettoyer car en France, le solaire ne représente que 1,6% de la production d’électricité, contre 6,2% en Allemagne.
le Portugal avait aussi franchi une étape importante en couvrant en mai 2016 ses besoins en électricité uniquement grâce à des ressources renouvelables. Pendant quatre jours, entre 6h45 le samedi 7 mai et 17h45, il n’a pas été nécessaire de recourir à une source d’énergie fossile comme celles des centrales thermiques au charbon ou au gaz. Pendant 107 heures, le pays a fonctionné grâce à l’énergie solaire, éolienne et hydraulique. En 2013 encore, comme le rappelle le Guardian qui s’appuie sur les chiffres d’Eurostat, le Portugal tirait pourtant seulement 27% de son électricité du nucléaire (généré ailleurs en Europe et notamment en France), 13% de l’hydraulique, 7,5% de l’éolien et 3% du solaire.
C’est l’aboutissement d’une ambitieuse politique de transition énergétique enclenchée il y a plusieurs années. Très dépendant des importations d’hydrocarbures, le pays a investi dans un important parc éolien, dans ses capacités de production hydroélectrique et a par exemple créé la plus grande des centrales solaires d’Europe. Est-ce un hasard si cette vaste opération a contribué au redressement spectaculaire d’un pays qui appartenait aux plus menacés par l’UE pour sa situation économique ?
En fait c’est en Suède que la part des énergies renouvelables est la plus élevée, d’après l’Office européen de statistiques. Celles-ci contribuent à plus de la moitié (52,6%) de la consommation finale, devant la Lettonie et la Finlande (38,7% chacune), l’Autriche (33,1%) et le Danemark (29,2%) quand la France dépasse péniblement les 13 % au total !
Sommes nous prêts à accepter de réviser certains de nos préjugés sur ces installations ? Le projet d’EDF va se heurter d’une manière ou d’une autre au mur de cette réalité des contradictions d’un pays où toute action d’intérêt général se heurte à une conjonction d’intérêts particuliers persuadés que c’est aux autres, ailleurs, autrement de faire l’effort qui leur sera utile.