Si l’on doit reconnaître un mérite aux grandes équipes de sport collectif c’est celui d’un apport de notoriété incontestable qu’elles peuvent offrent à la ville dont elles portent le nom. Pour peu qu’elles évoluent au sommet de leurs championnats elles forgent une image positive, conquérante et dynamique d’une cité parfois sans aucune âme ou même en difficulté. A l’inverse si les résultats ne sont pas au rendez-vous le coté négatif l’emporte très vite. Durant des décennies des maires ont ainsi construit leur communication sur le club qu’ils subventionnaient sans limites ou qu’ils soutenaient à travers des subsides plus discrets (installations financées, exonération de taxes, emprunts cautionnés). Si entre 1960 et 2000 les abus ont été nombreux avec d’énormes scandales (Saint Étienne, Bordeaux, Marseille …) ou plus tard des fortes déceptions (Grenoble, Strasbourg, Le Mans…) les collectivités n’ont jamais vraiment renoncé à fricoter avec le monde du sort spectacle professionnel. L’argument est toujours le même : si nous devions payer les campagnes de pub équivalentes elles coûteraient beaucoup plus. C’est exact. Si l’on prend l’exemple de Saint Étienne il est incontestable que la grande époque des « Verts » a beaucoup contribué à masquer le destin d’une cité ouvrière en déclin constant et en a fait un sanctuaire du football populaire.
Les tisserands plus productifs et plus riches que les soyeux lyonnais avaient en effet quitté le devant de la scène économique avant les mineurs et les sidérurgistes fabricants de tous les produits métallurgiques (vélos Mercier, armes, objets du quotidien) ou la distribution (Manufrance et Casino). Saint Etienne a abandonné par force les projecteurs de la réussite pour glisser dans la grisaille du quotidien.
La légende voulant que la potion magique puisée dans un chaudron bouillonnant soit salvatrice pour la préfecture de la Loire n’existe plus elle n’a plus de pouvoir réel sur le quotidien. Le conte des « fées » vertes est bel et bien révolu. La ville porte les stigmates de ses périodes de déclin antérieur avec une certaine noirceur globale. La lumière de Geoffroy Guichard n’éclabousse plus une agglomération peinant à exister aux cotés de sa voisine lyonnaise bien que l’environnement soit en reconversion et tente de se redonner une jeunesse avec des équipements de loisirs. Saint-Etienne montre toutes les cicatrices de ces agglomérations ayant essuyé des crises successives destructrices de son économie et l’ayant privé de toute capacité de réaction. La nouvelle cité du design distinguée par l’UNESCO attractive et remarquable ne masque pas la lente décrépitude d’un centre privé de ses habitants les plus aisés. Avec des prix de l’immobilier à 1 000 € au m² on se situe à 5 fois moins cher que dans le cœur de Lyon toujours plus vivant et recherché. Diverses installations (centre du chèque emploi-service, école de la sécurité sociale) n’ont jamais compensé les énormes réservoirs d’emplois qu’étaient Manufrance, les manufactures d’armes ou le groupe Casino. L’abandon quasiment officiel de l’A 45 devant faire sauter le bouchon de Givors vers l’Est accentue ce sentiment d’abandon ! Le « vert » existe pourtant encore sur les monts environnants mais plus dans les rues d’une ville grise. Le Pilat ou les gorges de la Loire très proches constituent en effet des patrimoines naturels de grande qualité. Ils ont siphonné une grande part de la clientèle potentielle pour les enseignes habituelles de centres villes. Toutes ont migré vers l’extérieur. Des centaines d’appartements sont vides et des ghettos se sont créés en raison de la baisse considérable du prix des loyers.
Saint-Etienne n’est plus le lieu sacré des chevaliers de la balle ronde et donc elle n’a plus rien d’exceptionnel et elle n’a plus le moral. Ici tout est devenu morose, les immeubles, les rues comme les gens. On ne sent même plus la nostalgie de cette époque où la France battait au rythme époustouflant de l’épopée de ses footballeurs devenus de paisibles retraités comme bien des habitants. Une fois par an quand vient le voisin lyonnais le « chaudron » s’offre un bain de jouvence et de joie potentielle comme un soubresaut réconfortant. L’espace d’un match de 92 ou 93 minutes « Sainté » se donne l’illusion de revenir dans la cour des grands en sniffant l’ambiance d’antan celle qui dopait les esprits et permettaient d’oublier les désillusions du quotidien.
On ne respire pas le reste du temps l’air vif de l’ambition. On déambule dans une ville triste qui ne fait plus rêver et qui surtout ne rêve plus. La légende ne fascine plus. La légende n’existe plus. La légende ne fait plus de miracles. La légende a une fin. La légende ne permet plus de rêver !