Trente ans que le Jeune Orchestre Symphonique de l’Entre-Deux-Mers (JOSEM) se produit en concert pour fêter son existence. Les premières années ce fut à Saint Quentin de Baron avant de se replier sur Créon depuis maintenant plus de deux décennies. Malgré les aléas de la vie associative cet ensemble musical a résisté avec le soutien de rares élus locaux, du département, de la région donnant un image extrêmement positive de la culture en milieu rural. Il aura fallu prendre beaucoup de risques pour accompagner parfois ces jeunes musiciens dans leurs projets et je garde en mémoire un formidable concert de clôture d’un festival international sur la Place de Créon transformée en auditorium à ciel ouvert avec des milliers d’auditeurs. Un défi qu’il fallait assumer car la responsabilité directe du Maire était engagée dans cette organisation exceptionnelle… Il y eut bien d’autres moments épiques ; bien d’autres soucis financiers ou de sécurité ; bien d’autres inquiétudes sur les modalités d’accueil de formations venant du Brésil, de Belgique, de Roumanie, de Russie, du Canada, d’Allemagne, des Pays-Bas, d’Ialie, d’Espagne : seule une vraie et durable confiance dans la capacité des jeunes à s’autogérer intelligemment, sereinement ou sérieusement à permis de surmonter tous les obstacles.
Contrairement à bien d’autres secteurs de la vie sociale, seule la culture permet d’assurer une véritable formation à la citoyenneté car elle conduit à aller vers les autres de manière positive et nécessairement organisée. L’extraordinaire aventure du JOSEM en atteste : accompagnés, soutenus, encouragés les jeunes arrivent à réussir le construction d’un projet collectif époustouflant. Ils donnent même une bien belle leçon à ces adultes recroquevillés sur la redoutable consommation associative de plus en plus destinée à satisfaire leurs passions personnelles ou pour répondre aux envies souvent éphémères de leurs progénitures. Comment ne pas avoir une pensée pour les finalités du grand stade ou l’Aréna !
Le Président d’un club de football me confiait récemment qu’un partenaire offrait une survêtement à toute une équipe moyennant (par principe) un don de 10 € par chaque destinataire au profit du budget général de la structure. Une mère a fait un scandale, refusant devant tout le monde cette modique participation devant son fils désolé et meurtri… Il y aurait bon nombre d’exemples de cette déviance éprouvante de l’esprit associatif voulant que les « autres » bénévoles et désintéressés aient à prendre en charge le poids de la gestion d’un structure destinée aux enfants ou aux adolescent(e)s des autres. Le JOSEM constitué des élèves des écoles de musique du secteur a depuis plus de trente ans toujours trouvé les forces neuves en son sein pour donner du plaisir en communiquant sa passion à des milliers de spectateurs. C’était superbe samedi soir : dynamique, original, décontracté mais méticuleux, profond ou facile…
Ce week-end plus de 700 personnes ont occupé un espace culturel créonnais qui n’a jamais cessé depuis sa création pourtant décriée et honnie à sa création en 1989 par l’équipe municipale emmenée par Roger Caumont de servir de creuset à une vraie culture populaire et jamais populiste. Le JOSEM, comme avant lui le groupe des Lutins géants illustre la réussite des choix voulant qu’il ne peut y avoir de vraie réussite sociale sans une authentique implication des citoyen(ne)s dans la transmission culturelle. Voir des musiciens de 14 à 20 ans sur scène gaver de plaisir une salle affichant complet depuis plus de 30 ans récompense celles et ceux qui croient dans la vertu du partage des responsabilités autrement que de manière institutionnelle, dans l’intérêt de soutenir matériellement et financièrement les apprentissages culturels pour le plus grand nombre afin qu’un jour ils puissent conduire à la transmission vers des publics de toutes origines et de tous niveaux musicaux.
Bien des auditeur(trice)s heureux de ces concerts ne veulent rien savoir des choix politiques ayant conduit à leur existence… Au contraire il est assez amusant de remarquer que parmi les présent(e)s quelques uns les ont farouchement combattu ou les combattent encore. Derrière moi, samedi soir, des spectateurs jamais venus à Créon  s’extasiaient sur la qualité du concert et du lieu où il était donné  » c’est un ancien cinéma », « ils appellent ça un espace culturel »!, « l’accueil n’est aps terrible! ». J’avais bien envie d’engager la conversation avec eux pour leur expliquer les réalités de ces options en matière « d’autogestion associative citoyenne » lancées à Créon il y aura exactement 40 ans dans quelques semaines à la suite d’une étude effectuée par un organisme spécialisé (1) recrutée par une équipe municipale désireuse de mettre la culture au cœur de ses projets. J’ai dans mon esprit et mon cœur toute cette histoire à laquelle j’ai modestement participé dont il y en a encore des exemples vivants, joyeux, solides !
Certes les temps ont changé, certes on ne vit pas du passé, certes les contraintes ne sont plus les mêmes… mais j’ai eu une pensée en cette soirée d’anniversaire pour ce chemin créonnais éclairé par une vingtaine de doux rêveurs dont certain(e)s ne sont plus de ce monde et que plus personne ne semble reconnaître. Merci au JOSEM de leur offrir chaque année la preuve que l’utopie n’est que l’indispensable boussole pour construire les réalités de demain. En cette période c’est tellement bon pour le moral des vieux ! Merci les jeunes…

(1) ATEC de Lyon

3 Réponses

  1. JJ Lalanne

    Merci les jeunes mais merci à toi aussi…100% d’ accord avec toi et à une époque j’ ai failli émigrer de mon Bordeaux natal pour Créon, intéressé par la politique que tu décris.

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  2. bernadette

    La musique adoucit les moeurs et rend les habitants plus heureux. Je trouverais bien que ce genre d’initiative se généralise dans notre beau departement de la Gironde.

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  3. batistin

    Bonjour.
    La difficulté des associations culturelles est une réalité.
    comme celle qu’on les artistes pour vivre décemment de leur travail.
    Une idée, inspirée du « panier paysan, en direct avec le producteur »,
    ce que l’on nomme aussi « le circuit court »,
    était peut-être une idée à suivre et à appliquer, pourquoi pas,
    au monde culturel.
    Nous l’avons fait, par le vecteur aujourd’hui indispensable (ou obligatoire !)
    qu’est internet.
    Voyez ici notre travail associatif: http:/www.galerie.xyz

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