Vous direz que c’est faire bien peu de cas de la multiplication des événements « graves » de cette semaine (la cas du ver d’Hulot, tri des migrants décidés par le raillé du Nouveau Monde, dernier carré du Waterloo socialiste, la tignasse illusoire du fou roi du monde, la neige ayant mis sur le sable les routiers) que de vous causer ce jour du repas annuel du club de pétanque de Créon. Attention je parle bien du « repas » et pas du « banquet »…car il la nuance est importante. La plus ancienne association de la ville a en effet une approche un peu particulière de son fonctionnement méritant que l’on s’y attarde un peu. Présidée par un professeur de psychologie sociale à l’Université de Bordeaux 2 où il dirige l’équipe de recherche : « psychologie sociale des insertions », cette structure offrait à ses membres actuels une opportunité de déjeuner ensemble. Rien de bien extraordinaire même s’il n’est probablement pas courant que dans notre pays un enseignant du niveau de Denis Castra mette en accord ses thèses universitaires avec ses pratiques sociales. Et pourtant comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, les responsables associatifs qui entourent cet homme discret, modeste et convaincant ont réussi dans un contexte particulièrement difficile à faire du lien social et même de l’insertion sans le savoir. Une véritable défense et illustration du fait que l’insertion passe pas nécessairement par de grands débats politiques !
D’abord le club a évolué sous l’influence de son Président. Il n’est affilié à aucun comité, à aucune Ligue et n’a donc aucun licencié susceptible de participer à une compétition officielle. C’est un choix assumé. Les adhérent(e)s ne viennent que pour se rencontrer entre eux et pour uniquement le plaisir de partager des parties selon un principe particulier. Trois fois par semaine le local est ouvert et on tire au sort des doublettes afin que ne se constituent pas des « couples » dominateurs. Cette règle a été décidée afin justement de favoriser l’insertion, la mixité sociale, les partenariats entre générations et entre sexes. Elle contraint à accepter de s’entraider, d’admettre les différences et de faire vivre une solidarité bénéfique à l’ambiance. Difficile vous l’imaginez bien de maintenir ce principe d’égalité et de fraternité dans un contexte social où l’enjeu l’emporte sur le jeu dans tous les secteurs de la vie sociale. Les plus accros aux victoires s’en vont vite vers d’autres terrains !
Une quarantaine de personnes de tous les âges (il y a un centenaire isolé et sourd ou un jeune d’une vingtaine d’années) et tous les statuts (retraités, actifs ou inactifs), de tous les niveaux (cadres, employés, ouvriers …) et de toutes les convictions, se retrouve pourtant quel que soit le temps dans ce fonctionnement. S’il pleut :on discute, on joue aux cartes, on échange et si le temps le permet est organisé un tournois par points cumulés après une série de matches tirés au sort. Un engagement de 2 euros permet de créer une caisse commune de solidarité dont les excédents après distribution de bons d’achat de nourriture, permettent à tous de bénéficier d’un bonus en nature. Il n’y a donc pas de système habituel d’élimination directe par l’échec puisque les équipes sont chaque fois renouvelées.
Ensuite le club a instauré des règles de vie commune particulièrement strictes avec une régulation de la consommation des boisons pouvant poser un problème de comportement. Inutile de préciser que certains ont difficilement accepté le respect d’une « restriction » légale qui n’est pas appliquée sur les stades de base ou aux buvettes tenues dans des locaux publics. Si des événements particuliers sont organisés tout le monde y est convié en sachant par avance que la « troisième mi-temps » ne sera pas alcoolisée. Denis Castra n’a jamais hésité à demander à ceux qui enfreignaient cette consigne de quitter le club et il a ainsi parfois choqué des habitués de l’apéro réputé festif sous prétexte qu’il était pratiquement gratuit. C’est un handicap et souvent c’est l’objet de railleries de la part des pétanqueurs voisins. Il n’y a pourtant aucun esprit de prohibition ou un puritanisme particulier mais une volonté d’éviter des dérives contraires à l’esprit associatif. S’y retrouvent même des invités venant de Mérignac pour partager ces moments rares où nul ne se prend au sérieux, se croit supérieur et où on côtoie l’autre avec ses réalités psychiques, matérielles, philosophiques ou politiques. J’y étais merveilleusement bien !
Le repas annuel témoigne de cette « insertion » dans un club « sportif » de personnalités très différentes venant de tous les horizons. L’un des adhérents a pris la parole spontanément pour décrire les raisons qu’il avait trouvées pour rejoindre le club créonnais. Ca valait tous les trophées du monde pour Denis Castra et son équipe dans laquelle les femmes tiennent d’ailleurs un rôle essentiel.
J’adhère depuis des années à cette entité locale un peu particulière et j’assiste au repas (cette année avec encore plus de plaisir) depuis plus de trente ans. Je soutiens le club (j’y adhère sans avoir le loisir d’y jouer) autant que je le peux par respect et estime pour la sincérité de l’engagement d’un professeur d’université qui au moins, sait de quoi il parle concrètement face à ses étudiants. S’il dit que la pratique de la pétanque constitue un excellent support à la mixité culturelle ou sociale il doit certainement faire sourire sur les travées des amphis bourrés de certitudes. Et pourtant…

6 Réponses

  1. J.J.

    Voilà de bien dangereux terroristes sociaux, anarchistes, égalitaires, qui refusent la hiérarchie, la compétition, la sélection des « élites », les convenances sociales et la consommation d’un quelconque « jaja » alcoolisé !
    Et en plus ils ont l’air de bien s’entendre.
    Complètement à contre courant de la société des « vrais gens » !
    Ça fait peur ! Pourvu que ça ne soit pas contagieux !

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  2. bernadette

    La dynamique du sport actuel favorise la compétition, la puissance comme les jeux olympiques.
    J’ai appris par la TV le langage des termes de la pétanque. (Une mène, le tir au but etc…). Il me semblerait bien pour dynamiser ce sport d’en expliquer le règlement d’abord pour permettre aux futurs joueurs d’acquerir un savoir.

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  3. bernadette

    Il faut séparer la vie associative de la Mairie. Une maison des associations est nécessaire comme un bulletin de la vie associative. C’est à chaque président de s’exprimer pour l’association dont il a été elu par ses membres. Si subventions il y a seuls les rapports moraux et financiers doivent être remis à la Mairie.

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  4. JJ Lalanne

    Expérience intéressante malgré un détail: « un enseignant du niveau de Denis Castra ». Je doute que cette réflexion lui plaise car le but manifeste est de créer de nouveaux rapports sociaux par des associations librement consenties et non pour faire les cobayes d’ un chercheur ou les élèves d’ un gourou, aussi sympathique soit-il (sympathique est même pire dans cette configuration). Opposer à la compétition est une autre erreur à mon avis, dans les deux cas, il y en a. Ce qui est important c’ est d’ échapper à l’ institutionnel et, là, ça semble réussir. On peut d’ailleurs participer aux deux configurations. Le fait de former les équipes au sort permet d’ échapper à la routine de l’ échec ou à celle de la victoire, de maintenir le plaisir. Sinon c’ est le virage vers la compéte, à la recherche de matériels adaptés ou d’ adversaires à la hauteur. Tous ceux qui sont arrivés à un haut niveau, comme ça a été mon cas, ne peuvent que comprendre. Il ne s’ agit pas d’ écraser un adversaire mais justement de ne pas l’ écraser systématiquement. Ça deviendrait comme un boulot, ennuyeux. Loin de l’ image imposée par les institutions et les médias: « lui est un champion, toi tu restes sagement à ta place ». Je passe sur la catastrophe du jour: la médaille de Martin Fourcade. On va encore avoir une indigestion d’ infos et de reportages sur le biathlon, ce sport de skieurs qui ne sont pas au top mais compensent avec des tirs même pas moyens.

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