S’il est un film qui illustre parfaitement les tristes réalités du comportement de plus en plus répandu des descendants au moment de la disparition de l’un de leurs parents c’est bien « Volpone ». Le duo Harry Baur et Louis Jouvet démontre parfaitement qu’il ne faut parfois rien attendre en matière d’affection quand est venue l’heure de la mort. Je sais parfaitement que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possible mais quand je vois que pour se venger de ses créanciers, qui l’avaient fait jeter en prison, le levantin Volpone met sur pied sa vengeance diabolique je me dis que la nature humaine n’a guère changé. Il se sert du « parasite » Mosca, dont il partagea le cachot, pour faire croire qu’il est à l’article de la mort. Mosca fait alors miroiter l’héritage aux rapaces qui entourent Volpone. Ce sera finalement Mosca, désinvolte et cynique, qui empochera l’argent… après avoir discrédité tous les prétendants au pactole. Tout le monde a vanté le mérites du brave homme qui se délecte de ces comportements de faux-culs qui se penchent sur son lit de mourant mais tout le monde a perdu !
Le Levantin Volpone ayant vécu de spéculations hardies a sans cesse couru après de l’argent qu’il n’avait pas. La rumeur a couru qu’il était ruiné et ses créanciers s’étaient rués sur lui obtenant qu’il soit condamné. Ayant fait de Mosca son complice il met sur pied, sur ses conseils, une escroquerie magistrale. Gravement malade il va confier à chacun des visiteurs que lui emmènent Mosca qu’il le couchera sur son… testament et qu’il en fera son héritier, ce qui lui vaut de magnifiques cadeaux. En définitive il sera pris à son propre jeu macabre par celui qui l’a aidé à monter la supercherie. Rien de moral…mais simplement une comédie instructive.
Cette parabole paraît impensable à notre époque, du moins le croit-on, alors que les comportements dans ces moments là se perpétuent. Les « héritages » divisent profondément des familles et rien n’a vraiment changé. Surtout quand tout est compliqué à la suite de différentes situations matrimoniales ayant conduit à des recompositions familiales complexifiées. La tentation est grande et les effets dévastateurs. Bien entendu il existe des milieux où tout se règle dans les bureaux feutrés des offices notariaux entre personnes de bonne compagnie assistée d’avocats qualifiés. Mais dans de nombreux cas ça dégénère très vite. La société actuelle est infiniment plus dure qu’elle ne l’a été dans les romans de Balzac et on se déchire pour une maison ou un compte en banque.
D’abord l’allongement de la vie et l’apparition de la dépendance mentale ou physique avec le placement dans des établissements onéreux inaccessibles pour des retraité(e)s  modestes, conduit souvent à la vente anticipée des biens. Les enfants et légalement les petits-enfants, sont contraints à subvenir au financement de ces séjours à proportion de leurs moyens quand il n’y a aucune autre solution que le recours à l’aide sociale. Les dossiers de ce type augmentent et touchent désormais les couches moyennes. Dans ces cas-là on ne parle plus « d’héritage »… à partager mais de dettes à assumer. La disparition conduit à des moments douloureux dans un tel contexte et durant des mois on oublie le (la) défunt(e).
Souvent quand on a un âge certain il est vraiment difficile d’imaginer de perdre le contrôle de ses biens aussi modestes soient-ils. Et pourtant c’est devenu une vraie nécessité quand on constate que tout est plus sain quand tout est réglé bien avant l’issue fatale. Effectuer « ses partages » constitue un acte courageux puisque c’est pour beaucoup envisager en filigrane sa disparition. Combien de fois ai-je entendu : «  ils se débrouilleront quand je ne serai plus là… » comme principe évitant de se pencher sur un destin funeste inévitable. La rédaction d’un testament constitue une décision sans cesse repoussée puisque tout est fait pour nous persuader de notre immortalité. La fameuse Jeanne Calman et sa rentre viagère interminable hante les esprits du commun des… immortel(le)s.
Que n’a-t-on pas entendu par exemple sur la disparition de celui qui fut « l’idole des jeunes » avec un déferlement de louanges et des accusations féroces à l’encontre de celles et ceux qui distinguaient simplement l’homme du chanteur. Même Jupiter y est allé de son couplet sur les mérites de celui qui avait eu, quoi qu’en pensent ses fans, une vie complexe et parfois obscure. Rien ne pouvait altérer l’image magnifiée de celui qui n’avait pu que revenir dans la nuit éternelle. Or brutalement vient de débarquer au grand jour la plus ordinaire des querelles autour de sa fortune posthume ! Une veuve « éplorée », des enfants « indignes », un testament soigneusement calculé et la presse « pipole » se régale.
Feu le chanteur aurait rédigé plusieurs testaments. Mais celui qui a été ouvert a été rédigé sous le régime californien, et autorise le chanteur à ne rien laisser à ses enfants, au profit de sa seule épouse. Fin donc de l’union sacrée et début des querelles publiques. Deux mois après la mort de « papa », ses enfants contestent son testament. Il n’y a plus rien de légendaire dans cette disparition d’une banale réalité : le fric n’a rien à voir avec les sentiments ! Vous croyez vraiment ?

6 Réponses

  1. J.J.

    Un sujet universel, qu’il y ait les bijoux de la Bégum (de la Couronne ou de la Castafiore) , ou trois boîtes de conserves à partager, il est rare que ce genre d’événement se passe bien.

    Jouvet, égal à lui même est un remarquable Mosca.

    Ce sujet a également inspiré les auteurs de chansons : je vous propose ces deux là, dans des registres différents, pour illustrer les propos de Jean Marie.

    https://www.youtube.com/watch?v=9RSdaFaAeLs

    https://www.youtube.com/watch?v=DOGSfcLIhyU

    Répondre
  2. CRR

    je comprends laura Smet:être deshèritée par son père est d’une grande violence,c’est être reniée,rejetée..c’est dire que vous n’avez jamais compté pour lui…je crois que cette jeune femme est en quéte de reconnaissance et d’amour.Le chemin risque d’être trés douloureux

    Répondre
  3. bernadette

    Laura a été reconnue par son père puisqu’elle porte son nom (etat civil) mais Laura n’entre pas dans l’héritage de son père. Le papa a convolé en juste noce avec une femme dont il a fait son héritière principale par leg testamentaire.
    Le testament a été rédigé ainsi. En France c’est aussi la même chose. Ce n’est pas parce que l’on appartient à une lignée de gens aises que nous serons héritier ou héritière. Le testament est un souhait du défunt avant sa mort.
    Dans le cadre d’un divorce prononcé à plusieurs reprises pour changer de partenaires, pourquoi tous les enfants au sens civil n’ont ils pas droit à une part ?

    Répondre
  4. JJ Lalanne

    Que l’ étât prenne tout, hormis l’ outil de travail. Ce n’ est pas parce que leurs parents ont copulé ensemble que les « héritiers » doivent spolier la société. Au boulot, les rejetons, comme tout le monde! Qui plus est, cumuler salaire et héritage est indécent dans une époque où j’ en côtoie beaucoup qui n’ ont ni l’ un ni l’ autre. Que des gens qui se prétendent de gauche accumulent avec le faux prétexte « c’ est pour le fils, le petit-fils,etc », me fout les boules. Même Bayrou avait dénoncé cela dans un de ses livres. Est-ce qu’ il faut ressortir les fourches, les fusils et la guillotine comme en 1789?

    Répondre
  5. bernadette

    En fait ces enfants sont issus d’une famille recomposée dont ils ne sont responsables de rien.
    Ces enfants n’ont pas eu la présence de leur mère et de leur père lorsqu’ils étaient tout jeunes.
    Prendre du temps pour ses enfants c’est important.
    Dans une famille recomposée riche ou pauvre il y a souvent des conflits.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.