Il est de plus en plus difficile de trouver des « perles » susceptibles d’animer une belle polémique entretenant durant plusieurs jours la vie autour du support médiatique qui les enfilent avec méthode. Et pourtant les supports qui arrivent à tirer leur épingle du jeu sont maintenant ceux qui osent diffuser… ce que tous les autres considèrent comme impubliables ! Ignorer que le système est verrouillé et qu’il devient quasiment impossible de faire vivre une information détachée de tous les filtres des communicants relève d’une méconnaissance totale de la réalité.
Dans un entretien sur une radio aujourd’hui autour de mon dernier livre « Le jour où (…) se révèlent » (1) la personne qui m’interrogeait m’a demandé : «  Et vous n’avez pas peur de ce que vous avez écrit ? Que vous on dit les personnalités dont vous racontez un moment de leur vie? Les avez-vous prévenues ?  » Je lui ai simplement répondu que certaines ne me parlaient plus ou m’ignoraient alors que nous étions très proches et qu’une seule a osé m’envoyer un courrier qui ne conteste pas le récit qui le concerne mais qui me raconte des faits avant ce jour où je l’ai rencontrée… C’est ainsi : on court toujours un risque quand on enfreint l’un des principes fondateurs de la politique : la « langue de bois » que l’on retrouve souvent dans des autobiographies édulcorées.
J’avoue donc être interpellé par les propos de Laurent Wauquiez. Je ne sais pas combien il a été payé pour les tenir mais honnêtement il en a donné pour leur argent à celles et ceux qui ont fait le chèque. Aucun intervieweur n’aurait décroché la moindre appréciation du type de celles qui ont été diffusées par « Le Quotidien ». Une véritable concentration de petites phrases cultes que tous les journalistes matinaux rêvent d’arracher à celui qui est en face d’eux au moment du café au comptoir! Il y a deux hypothèses face à ce déluge de règlements de comptes : ou le pote de Mère Thérésa descendu de Notre-Dame du Velay est d’une extraordinaire naïveté ou il est diaboliquement malin. En demandant, à un auditoire venu spécialement pour l’entendre débiter une analyse du contexte politicien actuel, de ne pas diffuser ses propos il témoigne d’une habitude propre au système médiatique. Ce qui me fait craindre par expérience la fuite non organisée mais pourtant bienvenue.
Combien de fois ai-je entendu, dans mon modeste passage dans ce milieu journalistique, des gens bien intentionnés me confier des vacheries sur les un(e)s ou les autres en me glissant dans l’oreille que c’était « off » avec interdiction de l’écrire ! Quand il ne m’appelait pour que je le fasse pour leur rendre service dans leurs complots sophistiqués.
Un simple décodage permet de penser que c’était officiellement interdit mais que c’était autorisé de laisser fuiter des morceaux d’anthologie sauce Wauquiez mais sans le citer ou en évitant que l’on identifie la source. Plus on explique à un auditoire que ce que l’on va lui révéler doit rester secret et plus on accroît les chances que justement ce ne soit pas le cas. Une victime exemplaire de cette situation aura été François Hollande avec son fameux bouquin (2) constellé de propos ou de faits à ne surtout pas raconter !
Alors soit Wauquiez est un idiot ayant une tête qui a tellement enflée qu’elle lui fait croire en supériorité et son immunité médiatique soit il savait que des bribes de ses appréciations sortiraient ce qui lui permettrait de s’offrir une image d’homme franc, courageux et sans pitié ! Il s’installait ainsi dans le rôle du « Fouquier-Tinville» de la Droite sans peur et sans reproche! Le problème c’est que là ce ne sont plus des petits « meurtres » entre amis mais un véritable massacre collectif à la tronçonneuse en deux voire peut-être en trois épisodes !
En fait il est devenu une « victime » d’un comportement qualifié par ses amis de « contraire à l’éthique journalistique » ou avec un peu de tintouin bien orchestré ils arriveront à évoquer, ce qui serait bien meilleur, un superbe « complot » organisé par un « cabinet noir » d’ennemis personnels ! Rien ne dit aussi que ce ne soit pas le reflet de ce que pensent, sur toutes les personnes ou organismes évoqués, ses partisans et qu’ils ne les ancrent durablement de son coté. En se coupant de tous les « mous du genou » il rompt les amarres avec eux et il parie qu’une alliance sur sa droite deviendra ainsi inéluctable. Il croit dur comme fer en son avenir personnel ! J’ose prétendre que dans le fond il tirera profit de ces incartades non exemptes de vérités car s’ils les a bien énoncées, elles ont été diffusées à l’insu de son plein gré ! Et ses supporteurs l’exonéreront de toute responsabilité.
Dans le contexte présent où tout est aseptisé, contrôlé, trié par les « communicants » qui vendent des apparences lisses ou des images d’Epinal, cet épisode tranche et peut constituer une stratégie comme une autre. On voit mal en effet Macron, Juppé, Pécresse, la CGT, les Député(e)s lucides, les critiqueurs de la V° République, les syndicalistes prudents… attaquer le juge Wauquiez en diffamation. Il ne doute de rien. Son agressivité et sa confiance en lui, associées à son intelligence et à son sens de la formule qui fait mouche peut en effet transformer un scandale en avantage surtout si une bonne campagne de communication le transforme en victime du système et de ces branleurs de « Quotidien » qui ne respecte pas les conventions régissant le monde de l’information formatée. Attendons le prochain sondage sur les côtes de popularité !

(1) « Le jour où (…) se révèlent » Editions Le Bord de l’eau 18 €
(2) « Un président ne devrait pas dire ça »cGérard Davet et Fabrice Lhomme,