Alfred de Musset prétendait qu’avec « la mémoire on se sortait de tout ! » ce qui pourrait servir de guide a bien des électrices et des électeurs depuis quelques années. Il faut bien s’en persuader notre société de l’éphémère ne reconnaît plus de valeur à celles et ceux qui invoquent l’absolue nécessité de construire l’avenir sur les réussites ou les échecs du passé. Il est devenu essentiel de tout inventer et surtout d’oublier très vite ce qui a été pensé ou réalisé avant de telle manière que se construise une image novatrice des actions menées. Il s’agit en fait souvent d’une simple adaptation de principes ou de réalisations antérieures. Le vrai problème c’est que par ignorance ou par manque de références culturelles suffisantes les peuples reviennent aux mauvaises pensées déjà expérimentées ou louent une inventivité exceptionnelle.
Combien de fois ai-je pu vérifier dans ma carrière d’enseignant que tout Ministre qui s’installe rue de Grenelle commence par réformer la réforme qui réformait la réforme présentée comme révolutionnaire par l’un de ses prédécesseurs ? Sait-on que le bac façon n’est que une adaptation de celui qu’avait inventé en 1962 (« examen probatoire » qui était un contrôle continu) puis en 1965 (4 matières et un oral au cours duquel on arrivait avec son carnet de notes pour obtenir les points nécessaires à une réussite). Cet ajustement avait provoqué une véritable hécatombe et le plus faible taux de réussite de la V° République à une examen ayant une autre signification que celle qu’il a actuellement. On avait supprimé l’année précédente la « première partie » qui avait été jugée comme inutile pour renforcer le rôle sélectif d’un baccalauréat jugé trop ouvert !
Depuis chaque ministre y est allé de ses ajustements avec diverses arrières-pensées. Là il en existe une : réduire le coût de ce moment de transition vers l’enseignement supérieur en diminuant la durée des épreuves et le nombre de professeurs mobilisés pour les assurer. Mais chut : la finalité est d’un autre niveau philosophique ! On pourrait écrire un ouvrage sur l’histoire du baccalauréat depuis sa création en 1808 ! Il aura donc cette année 210 ans le 17 mars exactement qu’il a été créé. Les candidats devaient être âgés d’au moins 16 ans et l’examen ne comportait que des épreuves…orales portant sur des auteurs grecs et latins, sur la rhétorique, l’histoire, la géographie et la philosophie. Les premiers bacheliers reçus furent en France au nombre de 31 !
En 1928 alors que l’examen est double on atteint…14 000 admis et en 1448 on en est à 30 000. Il atteint 150 000 en 1973, 250 000 en 1985, 470 000 en 1998 et 641 700 en 2017 ! Cette évolution, quel que soit le jugement qu’elle inspire a disparu des mémoires alors qu’elle est la résultante de tripatouillages ministériels techniques divers sans que soit sincèrement posé la véritable question de la finalité de cet examen dénué pour une bonne partie de ses composantes de toute adaptation à la société actuelle. Napoléon l’avait inventé avec le seul objectif de fabriquer une élite laïque au mérite susceptible de l’aider à asseoir son autorité sur un pays peu éduqué. Le choix était clair : les études réputées académiques servaient de référence pour identifier les meilleurs d’entre tous ! Mais maintenant ? Le meilleur de tous les élèves que j’ai croisé dans ma vie d’instituteur est devenu agrégé de lettres classiques avec une connaissance parfaite de toutes les langues mortes anciennes… ce qui n’a jamais réglé sa place dans l’enseignement où il est totalement inadapté aux élèves actuels d’un lycée et un homme totalement perdu dans la société… lorsque j’ai retrouvé en 2007 soit 40 ans après une grande partie des élèves de la classe que j’avais eue en 1967 il ma faisait pitié au milieu de ses copains ! Il faudrait des États généraux de l’Éducation avec une remise à plat d’un système à bout de souffle où l’obtention de moyens humains et matériels supplémentaires jamais évaluée n’a jamais été évaluée.
Le pire affront a été récemment fait par la Cour des Comptes qui s’est offert le luxe de publier un rapport au vitriol sur la capacité d’évaluation par l’État de son propre système éducatif pourtant maintes fois « amélioré » par des réformes réputées fondamentales. « Bien que de très nombreux dispositifs d’évaluation soient à l’œuvre dans le système éducatif, l’État s’avère, en fin de compte, inapte à produire une vision collective de la performance de ce système », a fait savoir Didier Migaud devant le comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques de l’Assemblée lors de son rapport sur l’organisation de la fonction d’évaluation au sein de l’Éducation nationale. « Cela explique que la France ne puisse exposer le résultat de ses propres évaluations face aux conclusions des enquêtes internationales qui qualifient avec netteté la performance de chaque système d’enseignement », a-t-il poursuivi.
Inutile d’être conseiller à la Cour des Comptes pour se rendre compte que tout est à refonder !
La réussite sociale ne repose plus du tout sur l’obtention ou la non-obtention de connaissances mais plus certainement sur celles de compétences permettant de s’adapter aux nécessités d’acquérir de toutes les provenances et toute sa vie du monde extérieur à l’école. L’autonomie, la responsabilité, le goût pour l’effort seront les clés de la réussite personnelle dans un système collectif en perpétuel mouvement ! La capacité à décoder un flot incessant de messages ou de se repérer dans un système surabondant d’informations ou de désinformations… Mais c’est sacrilège, c’est épouvantablement réac et c’est de la traîtrise que de dire ça quand on n’est qu’un vieux con d’instituteur rabâcheur !