L’échéance de 2018 était connue puisque l’accord qui permettait à l’usine Ford de Blanquefort avait été signé en 2013 pour 5 ans. Les présidentielles sont passées. Les législatives aussi. Les ordonnances sur la modification du Code du Travail ont été adoptées. La compétence économie des collectivités locales a été recentrée sur les régions et la Métropole. L’heure de l’annonce d ‘une cessation progressive ou brutale de l’activité était donc venue et même préparée depuis plusieurs mois puisque à chaque rencontre autour de l’avenir du site les dirigeants américains se contentaient de sourires et de… silences dignes des diplomates professionnels aguerris. Il est à craindre qu’en plein conflit de la SNCF leur annonce ne produise pas un effet durable sur un gouvernement mobilisé par un enjeu national majeur.
Bien évidemment l’effet de surprise (en est-ce vraiment un?) va remuer les élus girondins et on attend avec intérêt les prises de position de la vice-présidente de la Métropole en charge de l’économie Virginie Calmels, celle du député En Marche de la circonscription su ce dossier. On sait en effet que que le Président de la Région et celui de Bordeaux-Métropole vont faire cause commune pour tenter de sauver ce qui peut l’être encore. Alain Juppé a parlé d' »un coup dur », et d’une « grande déception ». Alain Rousset, chantre de l’innovation s’était engagé à proposer « des solutions de diversification dans le domaine du véhicule électrique auxquelles l’usine Ford aurait pu prendre toute sa part. »
Pour le Ministre en charge de ce dossier l’ambition est déjà limitée puisque l’on découvre qu’il a rencontré avait récemment rencontré le président Europe du groupe Ford, Steven Armstrong et lui avait demandé de maintenir une charge de travail suffisante sur le site jusqu’à fin… 2019, pour « permettre la recherche dans de bonnes conditions de nouvelles activités pour cette usine, au sein du groupe Ford ou en lien avec des partenaires externes ». Une manière comme une autre d’accepter le verdict et de tenter de gagner un peu de temps.
Ford ne cache même pas ses intentions. Le fabricant d’automobiles a carrément annoncé aux élus du comité d’entreprise qu’il avait décidé de ne plus investir dans son usine de Blanquefort qui produit des boîtes de vitesses. La marque a indiqué dans un communiqué que « la fabrication de la nouvelle transmission 8 vitesses à FAI n’était pas économiquement viable » en Gironde. Les 910 emplois  étaient jusqu’à présent protégés par un accord signé entre la marque et les autorités. Ford précise qu’il va « chercher une solution viable et pérenne au maintien de l’emploi sur le site », précisant notamment qu’il était en quête d’un repreneur.
Les responsables reprennent leur discours habituel : « Nous souhaitons travailler avec les Pouvoirs publics, les services de l’État, les collectivités locales et les partenaires sociaux afin de rechercher de nouvelles possibilités pour l’usine ». Je traduis : « nous ne mettrons pas un fifrelin dans l’opération et si les pouvoirs publics souhaitent poursuivre l’aventure avec un autre fabricant » il leur appartiendra de mettre la main à la poche.
Or comme le rappelle opportunément Jean-Luc Gleyze : « Cette annonce est d’autant plus inacceptable que le bénéfice net de Ford a fait un bond de 65,4% en 2017 pour s’établir à 7,6 milliards de dollars et que le groupe a bénéficié par le passé de nombreuses aides publiques. En 2013, le Conseil départemental s’était mobilisé pour le sauvetage de l’usine, aux côtés de l’État et des autres collectivités territoriales, pour une subvention totale d’un montant de 25 millions d’euros. Cet investissement public prévoyait en retour un engagement du constructeur à maintenir un niveau de 1 000 emplois sur le site pendant au moins cinq ans. Annoncé tout juste au terme de ses obligations contractuelles, ce désengagement de Ford sonne comme une trahison pour les élus et les collectivités locales qui se sont toujours mobilisés pour maintenir l’activité sur le site. ». Un trust comme Ford s’assoit sur les 25 millions qui sont à passer par perte pour les contribuables et profits pour les actionnaires. L’accord était de 5 ans : il est fini donc il n’y a plus d’engagement moral qui tienne !
Encore une fois le constat est implacable : le libéralisme qui accorde sans cesse plus de possibilités de gérer à leur guise le travail des hommes conduit à l’impuissance totale du politique. Ford le sait fort bien et va profiter de ce contexte pour se « tirer » en tenant de refiler le sauvetage encore une fois à ces collectivités locales françaises que le gouvernement tente de discréditer par une mise au pas de leurs dépenses. Or chaque jour qui passe elles se révèlent être les supplétives d’un Etat démuni de toute influence réelle sur les décisions prises par le milieu économique détenteur du sort réel des femmes et des hommes ayant fait sa richesse.