sécurité sociale

Même face à la maladie le principe d’égalité est de plus en plus mis à mal par un système économique ultra-libéral. L’accès au système de santé repose par exemple souvent sur la présence ou non des praticiens sur certains territoires ou des disponibilités financières des patients. Si on ajoute parfois l’éloignement des hôpitaux, les délais de réponse aux demandes de rendez-vous, le niveau différent des plateaux techniques, la pénurie croissante dans certaines spécialités, il est difficile de prétendre que d’une personne à l’autre, d’un territoire à l’autre les soins sont identiques. Bien évidemment on ne saurait oublier les fameux dépassements d’honoraires qui parfois représentent une bonne part des salaires ou des retraites pour celles et ceux se trouvant en-dessous ou proches du seuil de pauvreté. La pénurie de personnels médicaux qualifiés (aide-soignantes, infirmières spécialisées…) aggravent un contexte dans lequel, si la qualité de la médecine française est indéniable on a du mal à y trouver de plus en plus souvent la même entrée pour tous. Nous étions malgré tout l’un des meilleurs pays européens pour son réseau et ses performances en faveur de la lutte contre les maladies.
Une étude européenne démontre que les dépenses de santé en France sont 20 % plus élevées que la moyenne des pays de l’UE. Par habitant nous ne sommes qu’à la neuvième place loin derrière le Luxembourg, mais en proportion du PIB, nous arrivons en deuxième position juste derrière l’Allemagne. Notre espérance de vie est l’une des plus élevées, après l’Espagne et l’Italie, et les taux de « mortalité évitable » sont parmi les plus faibles en Europe. Les personnes atteintes de pathologies potentiellement fatales, telles que crises cardiaques, accidents vasculaires cérébraux et cancers survivent plus souvent qu’ailleurs. Ces réalités ne tiennent qu’au maintien d’une véritable solidarité face à la maladie portée par la cotisation sociale. Depuis qu’en 1944 le Conseil National de la Résistance a proposé dans son programme un « plan complet de sécurité sociale visant à assurer, à tous les citoyens, des moyens d’existence dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail ». De bien beaux principes oubliés par les citoyen(ne)s. Ce ne sera que par les ordonnances (constructives celles-ci) que sera assurée la création du système de sécurité sociale reposant sur la gestion par les partenaires sociaux et le financement par des cotisations à la charge des employeurs et des salariés. Si l’ordonnance du 4 octobre crée un régime général ayant vocation à rassembler l’ensemble des actifs (salariés des secteurs privé et public, exploitants agricoles, travailleurs indépendants et secteurs spécifiques d’activité), elle reconnaît également la possibilité de maintien de certains régimes particuliers de sécurité sociale préexistants (régimes dits « spéciaux ») liés à des situations spécifiques d’après-guerre.
Là où le bât blesse c’est que seulement 3% de nos budgets de santé sont consacrés à la prévention, contre 80% consacrés au traitements. Les maladies chroniques et non transmissibles sont pourtant liées à des facteurs que l’on peut prévenir: le tabagisme et la consommation d’alcool sont plus élevés en France, les taux d’obésité jusque là raisonnables augmentent, le manque d’activité en particulier chez les jeunes devient préoccupant. Le cancer et les maladies cardiovasculaires sont les principales causes de décès en France. Pour la Commission il faut renforcer les politiques de prévention. C’est sage d’un coté mais quand on exige la réduction des déficits de la France c’est un peu contradictoire. Elle demande de continuer à moderniser et rationaliser le secteur hospitalier (on sait ce que cela sous-entend chaque jour), de mieux coordonner les soins primaires en amont pour désengorger les urgences. Pour l’instant nous avons encore plus de lits d’hôpitaux et d’infirmiers que nos voisins, mais le nombre de médecins est tombé sous la moyenne européenne. Il y aura donc forcément des difficultés croissantes dans les années à venir pour endiguer ce déficit structurel.
Or au cours de l’année écoulée est apparu un autre problème lié à la marchandisation de la santé. En 2017 la pénurie de médicaments vitaux menace en France. L’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a ainsi recensé en 2017 une augmentation de 30 % des ruptures de stock des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM) par rapport à 2016. On en arrive à 530 médicaments ayant été signalés en rupture de stock , situation faisant référence à l’impossibilité pour une pharmacie de fournir ce produit sous 72 heures. Le nombre de signalements était de 405 spécialités en 2016 et 391 en 2015…Si l’on ajoute les graves incidents ou accidents causés par certains médicaments et les publications qui soulignent que bien des produits vendus sans ordonnance (qui sont en fait les plus rentables pour les labos) sont inutiles ou dangereux la dérive vers une inégalité sociale croissante reposant à la fois sur l’éducation et les ressources. A votre santé !