Durant des décennies les votes dans toutes les démocraties occidentales ont été marquées par une adhésion à des valeurs censées être portées par des partis politiques organisés héritiers d’évolutions sociales historiques. Si l’on se fie aux dernières élections en Europe et aux États-Unis cette période est bel et bien terminée par acculturation citoyenne croissante et surtout par un irrépressible besoin de rejet de toute référence à ce qui est organisé. La société a fabriqué des consommateurs du système électoral ayant un goût immodéré pour les « têtes de gondole »… portés par des dépliants publicitaires alliant la nouveauté et plus encore la différenciation sur les contenus avec les « produits » éventuellement en rayons. En fait désormais pour conquérir l’électorat il est indispensable de revenir aux techniques ayant fait leurs preuves dans la décennie 1930-1940 c’est à dire simplement énoncer par des formules simplistes ce que les électrices et les électeurs perçoivent inconsciemment mais n’osent pas toujours formuler.
C’est ainsi que le populisme progresse sans cesse sur le rejet multiformes mais désormais irrémédiable de cette forme de coopération européenne imposé par le Traité constitutionnel dont la majorité du peuple français, certes pour des motivations diverses ne voulait pas ! Scrutin après scrutin les conséquences de cette perte de confiance se traduit par une montée en puissance des porteurs du nationalisme partenaire indissociable des extrêmes de tous bords. Confisquée, exploitée, détournée, privatisée, technocratisée mais absolument pas démocratisée l’Europe de la concurrence libre et non faussée génératrice de déséquilibres sociaux désastreux a conduit à l’émergence de mouvements extrémistes surfant sur la désillusion et la haine. Plus question d’humanisme, de solidarité humaine et territoriale, de fraternité, d’égalité dans les discours puisqu’il suffit de se réfugier derrière la détestation des différences, l’égoïsme forcené, la spécificité régionale exacerbée, le refus du partage pour capter l’attention d’un électorat « revanchard » et « angoissé ».
Avec un vote marqué à la fois par le rejet des partis traditionnels, l’exaspération face au marasme économique et les tensions autour des migrants et de l’Union européenne, l’Italie s’inscrit donc dans la lignée du Brexit, de la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis et de la poussée de l’extrême droite ailleurs en Europe. La tache brune s’étend telle une tache d’huile sur le sol après une pluie que l’on espérait salvatrice. Elle passe les barrages et franchit les frontières ! Ainsi la coalition de droite est arrivée en tête avec 37% des voix dans la péninsule italienne. Mais en son sein, c’est la Ligue, formation eurosceptique et anti-immigration de Matteo Salvini, proche du Front national (FN) français, qui a largement devancé le parti de Silvio Berlusconi (17,4% contre 14%) et revendique désormais la direction du gouvernement.
En fait cette alliance échoue de très peu (4 points) pour accéder au pouvoir par les urnes comme ce fut le cas en Allemagne ou en…Italie il y a 80 ans environ. Si l’on ajoute la percée historique du Mouvement 5 Etoiles (M5S), qui devient ainsi le premier « parti » du pays avec un score de 32,6%, après une campagne dirigée contre la corruption et la «caste» politique italienne. Jusqu’à présent le leader des « étoiles » avait toujours prétendu qu’il ne revendiquerait pas la conduite des affaires publiques car il condamnait le « système » comme bien d’autres dans d’autres pays. A cet égard il refusait jusqu’alors « toute alliance » (ce qui résonne particulièrement quand on suit les déclarations de certains en France) mais a brutalement changé d’avis après s’être installé dans le fauteuil de leader. On a toujours besoin en politique de forces de collaboration quand le pouvoir est à portée de mains. Le M5S décomplexé s’est dit donc prêt « à discuter avec toutes les forces politiques » sur les thèmes de son programme: pauvreté et gaspillage, immigration et sécurité, emploi et développement. Si l’on cumule les deux votes on a assisté en Italie à un véritable raz de marée puisque deux votes exprimés sur trois portent le prêt à porter idéologique des mouvements d’extrême-droite. Les messages de félicitations ont afflué de toute l’Europe !
En fait il n’y aura probablement pas de gouvernement possible et le piège se referme puisque cette situation ne fera que renforcer le discrédit sur le régime démocratique. À Bruxelles, la Commission européenne s’est dite «confiante» dans la possibilité de former un gouvernement stable. Mais la possibilité d’une éventuelle grande coalition à l’Allemande, sur laquelle misaient les responsables européens, s’éloigne avec la déroute du Parti démocrate (PD, centre gauche) de Matteo Renzi, qui recueille juste 18,7% des voix, très loin des 40% obtenus aux élections européennes de 2014. Cet effondrement traduit une défiance forte causé par le décalage entre les « promesses » et les « actes »… ou surtout les conséquences des actes. Renzi a fait une erreur fatale : celle du référendum sur les institutions qui a tourné à un jugement sur l’exercice de son mandat. C’est probablement la raison qui a conduit l’occupant de l’Elysée à prédire que les prochaines élections européennes tourneront à une affrontement entre pro et anti-Europe. Un vrai danger dans le contexte actuel !

9 Réponses

  1. bernadette

    Bonjour JMD,
    L’occupant du palais et son équipe doit regarder le peuple en fasse et il doit expliquer au peuple la sortie de la zone euro par notre pays.
    Il doit également expliquer l’enjeu des élections européennes de Mai 2019.
    Nous devons sortir de la zone €. L’€ favorise le chômage et entraîne les autres pays de l’Europe dans un guêpier malodorant
    Rien ne va plus dans notre pays avec la monnaie unique.

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  2. pc

    A propos d’élections européennes, est-ce qu’on va faire voter les anglais qui n’auront pas encore brexité (et j’ai l’impression que c’est pas demain la veille…), et qui seront donc toujours dans l’UE ?
    Tous cela est Ubuesque.
    Quant au vote nationaliste est-ce que tous ces gens sont conscients que « le nationalisme c’est la guerre » comme disait Mitterand ?
    On n’entends ni ne voit aucun homme politique rappeler le passé et mettre en garde les peuples contre ces retours en arrière et contrer les discours simplistes sur les boucs-émissaires (les immigrés l’Europe ect…).
    Ce n’est pas l’Europe le problème (tout le monde en profite allègrement même ceux qui la critiquent) , mais le discours lénifiant et électoraliste des dirigeants qui croient qu’en n’évoquant pas le passé on le fait disparaître.
    Le mot guerre serait-il tabou? Les européens n’ont-ils pas de mémoire?

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  3. J.J.

    Comme pas mal de gens de ma génération, le projet de l’Europe c’était avant toute chose la PAIX !
    Nous avons découvert avec une immense déception que l’europe, c’est la finance.

    Nous n’en voulons pas de cette Europe là.

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    • jacques

      Non malheureusement le nationalisme c’est la guerre ET la finance.
      En cette époque de commémoration de la 1ère guerre, il faut se rappeler qu’elle était surtout voulue par les gros industriels de l’acier des deux côtés qui attendaient celle-ci pour écouler les immenses stocks qu’ils n’arrivaient pas à écouler.
      Ils ont su jouer sur la fibre exacerbée des peuples que l’on a dressé les uns contre les autres en jouant sur la fibre nationalistes (Serbes, Français, Russes, Autrichiens, Allemands etc.).
      Le nationalisme n’est que l’idée supérieure que se font les habitants d’un pays qui pensent que les autres habitants des pays voisins ou lointains (immigrés politiques ou économiques) sont des êtres inférieurs qui ne méritent pas de profiter de leur beau pays. Il suffit alors d’idées nationalistes majoritaires dans quelques états voisins pour que cela reparte comme en 14, en 40, en 90 et suivant. Si par malheur les droites et gauches nationalistes prenaient le pouvoir en France, en Italie, en Allemagne etc.. est-ce que vous croyez que ces petits totalitaires accepteraient d’être en concurrence les uns et les autres. Les citoyens ne souffriraient plus alors seulement économiquement mais aussi dans leurs chairs ou celles de leurs familles.
      Il est vrai que le souvenir du dernier conflit s’estompe et que la violence qui ressurgit fait dire à certains « que la guerre est jolie ».
      La seule solution reste l’Europe et une vision commune de l’avenir, mais effectivement une Europe sociale et protectrice de ses citoyens visant à favoriser son bien être économique et culturel. Mais pour cela il faut aller vers plus d’intégration et de perte de souveraineté des états ce que ne veulent absolument pas les nationalistes qui y perdraient tous leurs avantages. A cause de cela la seule Europe que nous avons laissé faire est celle des boutiquiers et des banquiers.
      Donc il faut soutenir tous les partis européens, quels qu’ils soient selon sa sensibilté, qui défend une Europe plus soucieuse de l’humain que de l’économie et de la richesse de quelques uns. Le vote pour les extrêmes arrivant tout le temps à l’opposé.

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      • J.J.

        Voilà qui amène toujours une référence au grand Georges : « Les gens qui sont nés quelque part  » et  » la guerre de 14/18″.

  4. bernadette

    Le bien être se rapporte à chacun de nous. Lorsque je suis bloquée dans les bouchons de la rocade bordelaise c’est moi qui subit avec les Autres automobilistes.
    Dans cette europe construit essentiellement par des partis politiques de gauche, du centre et de droite, je ne retrouve pas cet indicateur de bien être.
    La pollution existe lorsqu’il y a des bouchons, chaque automobile pollue certainement plus qu’un TER.
    Lorsque le TGV sud europe Atlantique met un peu plus de 2heures pour rejoindre Paris, je mets à peu près le même temps pour rejoindre la métropole bordelaise soit 35 km.
    Les bouchons autour de Bordeaux favorise le stress, le burn out, la survenue du cancer et d’autres maladies. Il n’y a pas de bien être mais du mal être. Ce mal être s’exprime par de l’agressivité alors que l’entreprise a besoin de personne calme et équilibrée.
    Avec l’Europe il faut que cet indicateur de bien être soit pris en compte comme mesure de protection de l’environnement.
    Si les lignes regionales sont deficitaires, les habitants ne sont pas responsables.
    Messieurs Macron et Philippe et son
    gouvernement ne supprimez ces lignes, un gros travail s’impose pour le bien être des populations et le developpement de l’activité des ancrages économiques.

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  5. JJ Lalanne

    Comment peut-on parler d’ Europe avec les disparités sociales existantes. A Bordeaux, les tramways, miroir d’eau, « éco-quartier, etc… ont été construits avec un max de travailleurs détachés dans des conditions frisant la maltraitance mais pour le plus grand bénéfice des Bouygues, Eiffage et autres et le désarroi des travailleurs locaux. Nos politiques se congratulent devant les réalisations et ne comprennent pas l’ ingratitude des électeurs ensuite. La déconnexion. Le comble maintenant c’ est de voir bien de mes anciens collègues, de ceux qui firent partie des « hussards de la République » refuser de voir le moindre débat politique, ou la moindre émission dessus et demander autoritairement (enseignant oblige): « Trouve-moi du sport ou des jeux (débiles, ndlr) ». Avec le niveau de conscience politique de nos collègues enseignants ou ex, comment s’ étonner des dérives? L’ expérience du passé, on ne peut pas vraiment dire que les gens aient peu de mémoire. Le cinéma français, tv incluse, serait bien ennuyé pour trouver des sujets s’ il n’ avait pas la dernière guerre et la Shoah à se mettre sous la dent entre deux films sur les gays. Ça en devient tellement monotone que ça banalise le fascisme. On va rentrer, si on n’ y est pas déjà pour certains, dans un Syndrome de Stockholm. Il y a eu la « droite décomplexée » maintenant on a droit à « l’ extrême-droite banalisée ». Je ne dis pas « assumée » car, il faut leur reconnaître ça, ils ont toujours assumé contrairement à bien des faux-culs d’ autres partis qui ont des comportements semblables derrière des façades de « gauche ».

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