En demandant aux collectivités territoriales dont le budget de fonctionnement dépasse plus de 60 millions d’€ les penseurs financiers de Bercy (il n’est plus possible dans le fonctionnement actuel de parler du gouvernement) ont pris un sacré risque. Il est certain que quelques-uns jouent leur tête sur une exigence tellement complexe et tordue qu’elle deviendra vite impopulaire. Dans l’immédiat les consommateur(trice)s de services que sont devenus les électrices et les électeurs ne réagissent pas car ils pensent que tout ce qui « tape » sur les élus de base gestionnaires par délégation de l’intérêt général est positif. Nous sommes entrés dans un nouveau monde où tout est pur, clair, sain ! Enfin presque… Cette analyse de Bercy faite sur la base de propos populistes sans cesse ressassés sur le fonctionnement désastreux des communes, des intercommunalités ou des départements avec des supposées gabegies jamais démontrées dans la quasi-totalité des cas, finira par se retourner contre ceux qui l’ont portée. Ces censeurs qui ont été incapables depuis des décennies de gérer convenablement l’Etat se préparent à donner des leçons de rigueur et à imposer des contraintes strictement abstraites aux élus locaux jugés « irresponsables ». Comme ils n’ont plus aucune solution pour réduire la dette ils ont décidé de le faire réaliser aussi largement que possible par ceux qui ont eu une gestion saine imposée par la loi.
En fait la limitation des dépenses dans les comptes est d’une absurdité totale car elle est uniformément appliquée à absolument des situations totalement différentes. Elle va donc tuer les collectivités « pauvres » déjà moribondes, affaiblir considérablement celles qui surnagent et laisser les plus aisées acquitter une participation au redressement de l’Etat sans pour autant réduire quoi que ce soit. Pour bien comprendre la situation inédite imposée par Bercy il est indispensable de prendre une exemple du quotidien.
Supposons par exemple qu’un fonctionnaire ou votre voisin vous adresse une lettre en vous intimant l’ordre de limiter la hausse de vos dépenses à 1,2 % à partir du premier janvier 2018…alors que vous avez déjà pris des engagements lucides et fiables pour faire face aux besoins qui sont les vôtres. Ce taux est fixé quel que soit votre niveau de ressources et la qualité de votre gestion. Il vise à vous contraindre à faire des économies (écart recettes-dépenses) pour améliorer votre niveau d’autofinancement qui vous permet selon lui à terme d’acheter finalement votre maison, votre voiture, votre télé sans emprunter ! Quand vous avez des hausse de dépenses liées à des décisions qui ne vous appartiennent pas (par exemple le carburant, l’électricité, les assurances, téléphone, coût de la vie-inflation supérieure à 1,2 %…) il est évident que ce plafond devient illusoire sauf à restreindre tous les autres postes essentiels. Il vous sera alors répondu par votre « intervenant extérieur » qui par ailleurs démontre que vous n’êtes plus libre de gérer vos équilibres financiers, que l’année suivante il vous prélèvera sur votre salaire chaque mois, une somme correspondant à 75 % ou 100 % selon le niveau du dépassement constaté dans vos dépenses. Çà ne se discute pas… même si vous avez une gestion parfaitement adaptée à vos ressources et que vous terminez chaque mois avec un excédent dénotant la qualité de votre régulation budgétaire. En fait vous assumerez des erreurs dont vous n’êtes pas responsables et vous devrez assumer vis à vis de votre famille les restrictions que d’autres vous imposent… Que diriez-vous ?
Brecy enfreint tous les principes républicains : iniquité de traitement des contribuables (exonération à géométrie variable de la taxe d’habitation) ; inégalité des ponctions de CSG mises en rapport avec la suppression de l’ISF (552 millions de gains pour le seul M. Arnault) ; atteinte à la libre gestion des collectivités territoriales confiées à des femmes et des hommes jugés de leurs actes lors des scrutins… mais par d’improbables promesses de vases communicants (je reprends plus de la main droite que je ne donne de l’autre) Bercy est parvenu à bâtir un château de cartes jugé solide alors qu’il ne produira à terme aucun effet positif.
La tendance est de ne pas croire les élus locaux et de les accuser de tous les maux sur la base du comportement des plus « élevés » d’entre eux. Bercy noie les sujets essentiels dans un tas d’arguties juridico-financières et attend que la seconde vague « médiatique » ensevelisse le tout : diminution du nombre de parlementaires, non cumul dans le temps des mandats, mesurettes de façade sur les frais parlementaires… Ainsi on aura le double effet populiste qui donnera ce sentiment tellement précieux que la vertu vient de tomber des mains de Jupiter sur la tête des mécréants ! On en mesurera les conséquences dès les Européennes et encore plus aux prochaines municipales…Pour le moment le seuil de résistance du corps social français est extrêmement faible. C’est par manque de conscience citoyenne et par intoxication par le pire des gaz : l’indifférence !

2 Réponses

  1. JJ Lalanne

    Visiblement les gens de Bercy ne sont pas tes potes mais je ne vois pas comment il pourrait en être autrement quand un état fait porter le chapeau de ses insuffisances aux collectivités territoriales. C’ est très confortable pour lui, installé dans des bureaux bien douillets, de deviser et réglementer sur ce que doivent faire les élus au contact des réalités et soumis au courroux des citoyens. Des élus locaux qui en plus de se demander s’ils ont la capacité de faire ou de ne pas faire avec leur budget doivent se demander s’ils peuvent faire ou ne pas faire pour être en conformité avec le joug des ducs de Bercy. Paralysant. On est passé du statut d’ acteur local à celui de cascadeur local. En face, des ministres successifs, comme Moscovici qui assurait publiquement et fermement à l’ Assemblée Nationale que Cahuzac, son ministre secrétaire d’ état, n’ avait pas de comptes à l’ étranger… Quand on le retrouve aux manettes du commerce européen, ça fait peur. C’est vrai que chez Bourdin,ce matin, il a montré que les américains ne l’ impressionnaient pas. Il va faire barrage à leurs cigarettes et aux jeans (fabriqués où?). Bravo. Je vois déjà Trump venant demander pitié les larmes aux yeux, à genoux habillé d’ une robe de bure et une corde autour du cou. Merci Mosco, mais avec aussi peu de réalisme il ne faut pas s’ étonner de la montée des eurosceptiques.

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  2. J.J.

    Bercy s’inspire avec un certain succès des principes et des procédés de la Congrégation pour la Propagation de la (mauvaise) Foi en y ajoutant un zeste (du plus mauvais état) d’esprit des adeptes de St Ignace de Loyola.

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