La montée de l’égoïsme est devenue le phénomène social de ce début du XXI° siècle. Il a atteint son paroxysme sous l’influence de l’idéologie libérale qui s’insinue dans les esprits d’un peuple pourtant fondateur d’un système social solidaire. On s’éloigne chaque jour davantage des principes issus de la période difficile de la Résistance. Historiquement les actes du Conseil National de la Résistance avait énoncé ce qui fondait une république d’égalité d’accès aux services publics et aux avantages procurés par l’action collective. Depuis la fin du dernier siècle lentement on a laissé l’illusion qu’une gestion comptable des deniers publics était essentielle pour l’amélioration du quotidien de personnes totalement larguées par le monde du profit. Pas un jour sans qu’on leur demande de se positionner à l’égard d’une action construite contre les autres en leur faisant miroiter qu’elle est essentielle pour améliorer leur sort individuel. Les citoyen(ne)s sont devenu(e)s majoritairement spectateur(trice)s des déboires et des luttes des « autres » pour survivre avec le secret espoir qu’ils ne soient jamais concernés.
Si l’hôpital manque cruellement de moyens, ils détournent le regard puisqu’eux sont persuadés qu’ils n’iront jamais… Si l’équité fiscale nécessite des contrôles ce ne peut pas être pour eux car s’ils trichent c’est parce qu’ils sont martyrisés par le fisc… Les contrôles de la vitesse ou de l’alcoolémie ne sont faits que pour les ennuyer à eux qui sont libres de tuer les autres… Les dépenses d’aide sociale ne les concernent pas car ils sont certains qu’eux ou leurs enfants ou petits-enfants seront épargnés par les aléas de la vie sociale… Si on renforce le contrôle des chômeurs en les sanctionnant il sera prouvé que jamais ils n’auront à subir la dureté de la recherche d’emplois…Il est donc devenu très facile pour un gouvernement de taper sur tous les aspects de la vie collective, puisque des études démontrent que dans l’état actuel de la pensée dominante, il n’y aura que des réactions sporadiques de parties de la société incapables de se liguer par-delà leurs différences concurrentielles. Il n’existe plus qu’une minorité de défenseur(seuse)s de l’intérêt général puisque ce dernier n’est plus que l’addition d’intérêts particuliers divergents.
Le lien social a été également écharpé par l’angoisse du lendemain. Elle se traduit par « la peur de l’autre », celui pouvant vous priver du peu que vous avez et sur celle de perdre ce qui semble faire votre confort matériel et intellectuel. La fameuse théorie de Jean-Paul Sartre voulant que « l’enfer soit les autres » se décline sous de multiples formes avec d’autant plus de facilité que la perception de l’intérêt de la proximité n’a plus aucun impact. On va aisément exploiter l’ailleurs de l’autre mais on n’accepte plus que celle ou celui qui est venu de cet ailleurs cherche à améliorer son sort.
La notion de partage n’a plus beaucoup de sens même malheureusement pour les responsables de sa mise en œuvre. D’ailleurs on ne valorise que le « je… » dans tous les discours des femmes et des hommes de pouvoir. Plus de dimension plurielle dans les partis en déliquescence, dans les syndicats, dans les mutuelles, dans les coopératives, dans les associations où l’on ne trouve que la conjonction de volontés disparates incapables de s’accorder sur une socle commun de valeurs. Ils ne fonctionnement que comme des « centrales » distributrices de places, de postes, de dividendes moraux ou sonnants et trébuchants. On y construit plus l’avenir commun mais inexorablement des destinées individuelles pour les plus résistants… et les plus habiles!
Cette mutation désespérante conduit à un détournement des jeunes générations de la démocratie elle-même. La pression est telle qu’elles n’aspirent qu’à se sauver, à trouver la bonne filière, l’investissement « rentable » avant de se préoccuper de la place qu’elle peut occuper sur le devant de la scène. Celle des années 1960-1970, dont j’étais, a été omniprésente durant toute sa jeunesse, réinventant le concept, lui donnant un style, un genre des sixties avec les luttes contre les guerres, l’engament politique extrémiste, les revendications libératrices. Elle a créé dans son sillage un nouveau type d’action politique au cœur de le décennie grâce à sa mobilisation et aux possibilités que le contexte économique lui offrait. Elle a obtenu ce qu’elle voulait mais n’a pas su transmettre son sens de l’innovation constructive à ses enfants. Elle s’est servie et a oublié la générosité des idées qu’elle portait comme l’autogestion, la vie partagée, le refus de l’aliénation, le pacifisme laissant le fric devenir le symbole de la réussite.
Résultat, la jeunesse qui a suivi dans les années 80 a trouvé face à elle la crise et a fortement galéré pour trouver du travail, pour se frayer un chemin vers la stabilité qu’avait connue la précédente. Elle en a nourri le sentiment qu’il fallait se replier sur un égoïsme protecteur et l’a communiqué à sa progéniture qui en a fait son modèle social. On cherche partout des relèves, en politique, dans les syndicats, les associations, les activités désintéressées qu’avaient maintenu tant soit peu à flots leurs parents. Elle opte pour ses propres moyens d’action, privilégiant l’action directe, ciblée, celle où elle a l’impression de vraiment avoir une influence. Elles se détournent inexorablement du quotidien un tant soit peu collectif sauf comme consommateur(trice)s.

7 Réponses

  1. bernadette

    Bonjour JMD,

    Il n’y a pas d’égoïstes mais seulement des gens qui vivent différemment. Ces gens forment un ensemble qui doit être compris par chacun d’entre nous.

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  2. Jean-claude

    il ne faut pas désespérer, pour être actif dans le monde associatif, je peux dire que dernièrement dans un repas de confrérie dans une petite commune voisine de Créon, que bons nombres de bénévoles, et des jeunes s’activaient dans une très bonne ambiance à servir 140 repas à des convives. Alors oui, c’est vrai JM le progrès est passé par là, avec tous cela que tu ressens. Mais ayons confiance, l’homme c’est se retrouver collectivement en temps voulu pour de bonnes causes. Gardons le moral!

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  3. bernadette

    Pour ma part, je trouve que la gestion étatique utilise une formulation écrite stricte. Franchement dommage pour les employés de la Dgefip que je trouve fort sympathiques. Pourquoi avoir voulu séparer la gestion de l’encaissement. Il y a des tas d’applications qui devraient être accompagnées d’un minimum d’explications écrites. Très complexes tout ceci

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  4. JJ Lalanne

    Les rassemblements de forme matérielle type associations ont pris un coup avec une société où les gens souffrent d’une instabilité professionnelle, sociale, familiale que nous n’ avions pas à affronter. Pour s’ investir dans des responsabilités encore faut-il avoir un minimum de stabilité, ne pas avoir à faire faux bond, ce qui je pense faire reculer beaucoup de monde. De plus, la stabilité devenant l’ exception, difficile de ne pas comprendre ceux qui ont peur,à juste titre, que ce soit toujours eux « qui s’ y collent ». Les bonnes intentions existent toujours, contrées souvent par des récupérations commerciales des activités physiques ou artistiques type salles de gym ruineuses ou autres. A grand coup de fric et avec un matériel hors de prix ils « surfent » sur la ringardisation des pauvres assos, rejetant à la rue les malheureux qui se sont fait détourner lorsqu’ils n’ ont plus un rond… Ajoutons la complexité sans cesse croissante des règles de comptabilité, de sécurité, conformité des matériels, d’assurance menant celui qui a failli, généralement par ignorance, devant les tribunaux sans éviter un droit à se faire traîner dans la boue sur les petits écrans. Les rassemblements hors associations se font de plus en plus sur Internet par les réseaux sociaux et là on peut constater que les gens ne sont pas si égoïstes ni individualistes qu’ ils le paraissent. Là, point commun avec notre »génération », la maréchaussée est toujours, et même plus, prompte à les faire disperser pour rassemblement non autorisé ou trouble à l’ ordre public.

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  5. bernadette

    Je voulais juste faire une remarque sur l’individu que je suis. Il va falloir aborder le concept de nature humaine, sans cela nous sommes rien. LA NATURE HUMAINE

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  6. Hélène G

    Oui c’est cela même dont je souffre tout les jours depuis quelques années car je suis consciente et réceptive de cet égoïsme collectif ! C’est comme une plante en pot à qui l’on n’adresserait plus un regard …ni même une goutte d’eau…ni même une pensée ! Je prend l’exemple d’une plante en pot car elle attend les bons soins d’autrui pour être au top de sa forme et donner le meilleur d’elle même . Il n’est pas permis à tout le monde de se détacher du système sociale …tout le monde n’a pas une âme d’ermite . Si seulement l’esprit de communauté pouvait revenir …il guérirait bien des maux . Mais pour cela il faut lâcher les joujoux individualistes qui nous cloisonnent en nous donnant l’illusion du contraire !

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