Encore une fois il faut aller plus loin que les apparences pour se prononcer sur une initiative du Président de ce qu’il restera bientôt de la République française. Bien évidemment des protestations des défenseurs de la laïcité vont monter après sa présence à la conférence des évêques de France annoncée comme un acte normal de respect de la religion catholique comme des autres. En fait ce moment particulier, unique dans l’histoire récente, est présenté par les « adeptes » du macronisme comme tout à fait banal puisque antérieurement il y avait eu la rupture du jeûne avec les Musulmans, la fête du 500° anniversaire de la Réforme avec les Protestants à Paris en juin 2017 et le récent dîner avec le CRIF en mars dernier… Il ne reste que les bouddhistes à rencontrer pour que le tour des religions soit effectué. Rien de plus normal dit-on parce que la laïcité est, pour ces exploiteurs du manque de culture citoyenne collective, le respect de toutes les religions bien que certaines confinent partiellement avec des comportements sectaires.
La visite aux évêques a pourtant une toute autre dimension dans le contexte actuel. Il s’agit d’une acte réfléchi, délibéré, construit avec l’accord de la hiérarchie des religieux (et pas des pratiquants) destiné à fracturer encore plus la société entre « rétrogrades » et « progressistes » entre « conservateurs bornés » et «  gens d’ouverture » au début d’une semaine où il va falloir communiquer tous azimuts sur ces différences. En fait l’église catholique profite d’une situation difficile (montée incontrôlée du communautarisme, conflits sociaux exacerbés, faiblesse dans l’opinion du Président) pour tenter de s’imposer comme une béquille possible d’un État en train de se fragiliser. Il faut aussi renvoyer l’ascenseur sur deux récentes décisions passées inaperçue pour l’une et maquillée pour l’autre. En allant au « parlement » des gens ayant en charge le développement de l’Église au sens concret mais pas forcément les pratiquants citoyens il a franchi le pas de l’allégeance de l’Etat aux religieux.
Dans la loi sur une société de confiance ces derniers ont obtenu que les « associations religieuses » soient retirées du « registre des lobbies » influant sur la vie sociale française et surtout sur la vie parlementaire. Une victoire pour certaines d’entre elles (et pas forcément les musulmanes) dont on connaît l’influence réelle sur certaines élections locales ou nationales ou sur certaines discussions relatives à des modifications sociétales… Elles auront les mains libres pour traîner dans les couloirs du Parlement et surtout constituer des groupes de pression absolument contraires à l’esprit et à la lettre de la laïcité.
D’ailleurs le lobby de l’enseignement confessionnel a obtenu une première victoire sonnante et trébuchante transformée en mesure à caractère progressiste : l’abaissement de la scolarité obligatoire à 3 ans. En effet la loi Debré contraint les communes où est implanté un établissement scolaire sous contrat, à financer les dépenses pédagogiques et de fonctionnement au prorata du montant des dépenses effectuées dans l’enseignement public. Or cette loi ne portait que sur « la scolarité obligatoire » c’est à dire l’enseignement élémentaire…. Désormais il faudra pour les communes concernées qui résistaient aux demandes des associations gestionnaires régler les sommes dues pour l’enseignement en maternelle qui sont environ du double par élève de celles des écoles élémentaires. Par le biais de cette décision vantée comme indispensable pour résorber les inégalités d’apprentissage créées par la non scolarisation de moins de moins de 10 % des enfants en France, on privatise davantage le système éducatif et on offre une manne substantielle à l’enseignement privé confessionnel sessentiellement catholique. C’est probablement ce que « le visiteur des évêques » appelle « réparer les liens entre l’église et l’Etat »!
Quand il est allé rompre le jeûne avec les musulmans ce n’était pas devant un « aréopage d’imams » mais devant des personnes croyantes ! Les protestants ne l’ont pas reçu dans leur assemblée des « pasteurs » mais lors d’une fête ouverte à toutes et à tous ! Au CRIF la parole n’est pas celle des « rabbins » mais celles d’une porte-parole élu des juifs croyants. Les évêques constituent par contre une assemblée hiérarchisée strictement théocratique affichant sa volonté de « gouverner » l’église et cette visite comme une institutionnalise un « parlement » parallèle (au sein duquel il y a des doutes sur certains!) pouvant (et il en s’en prive pas) prendre position dans la gestion du pays au nom des « fidèles » qui le suivent plus ou moins. La différence est énorme, voulue et préméditée. Chaque acte présidentiel n’est que le fruit d’une stratégie de communication élaborée.
Je suis un défenseur inconditionnel de la laïcité qui reste pour moi un fondement spécifique de la République française. Chaque entorse aux principes de respect du libre-arbitre des croyances me choque mais en revanche chaque acte d’allégeance de l’Etat à une structure religieuse quelle qu’elle soit relève pour moi d’un vraie mis en cause du vivre ensemble. J’attends donc maintenant que le Président de tous les Françaises et les Français se rendent au Congrès des Libres Penseurs au cours duquel en 2017 duquel Nicolas Cadène, rapporteur de l’observatoire de la laïcité expliquait : « Pourtant, dans la période que nous traversons, nous constatons un terrible manque de rigueur quant à l’explication de ce qu’est la laïcité. Celle-ci est invoquée à tort et à travers par certains journalistes, intellectuels et personnalités publiques pour répondre à tous les problèmes de la société (un seul exemple avec le feuilleton des plages et du burkini —et ses fakes news qui l’accompagnent—, désormais annuel), mais aussi pour imposer à nouveau ce clivage entre une majorité, en réalité inexistante parce qu’elle-même extrêmement diverse, et une minorité, également multiple. Une majorité et une minorité bien souvent caricaturées et « ethnicisées » par ces mêmes personnes. Cette laïcité dite « identitaire » s’oppose à la propre histoire du combat laïque, qui s’est véritablement concrétisé une première fois avec la Révolution française. » On y va direct !

10 Réponses

  1. J.J.

    « J’attends donc maintenant que le Président de tous les Françaises et les Français se rendent au Congrès des Libres Penseurs ….. »

    J’applaudis des deux mains à cette proposition, et je regrette de n’avoir ceux de Shiva Nataraja pour applaudir des quatre, à cette proposition.

    Rien d’étonnant à cette attitude macroléonnienne, de la part d’un personnage ayant été nourri du lait quelque peu pervers et ambigu de la sainte église romaine catholique et apostolique, avec tout ce que cela implique de tartuferie congénitale.
    Le « corse aux cheveux plats »ne prétendait-il pas bien tenir son empire en main grâce à ses « curés et ses gendarmes ».

    Pour lors ces derniers ont fort à faire dans une glorieuse expédition où 2000 des leurs, « armés comme des cuirassés »(sic), et dont on a pu apprécier l’efficacité des projectiles mis à leur disposition à Sivens par exemple, affrontent 250 terribles cyniques, chevelus, paresseux, ivrognes, illettrés, bref, des gens qui ne sont rien….

    Pour rétablir « l’état de droit », c’est autrement plus spectaculaire et expéditif que de remonter les filières permettant de démasquer les plans off shore, sociétés écran et autres stratagèmes permettant de faire fructifier des biens dont les origines sont souvent d’une douteuse probité, et ensuite de prononcer les condamnations idoines.

    Notre banquier national n’a-t-il rien de mieux à faire en ce moment de « grogne » comme médisent les médias, que de nous faire de la pédagogie de supermarché et d’entretenir de troubles relations avec les encalottés qui doivent se sentir pousser d’angéliques appendices.
    Le diable également, même sans être vétu en Prada, porte lui aussi des ailes….

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  2. Alain. E

    Bravo pour cet article auquel je souscris à cent pour cent , encore une macronnerie de plus .
    Après son passage au congrès des libres penseurs , il pourra finir la tourné des popotes en allant à la réunion de cellules des agnostiques et au banquet des athées.
    Qu’ un homme politique de ce rang , se prête à ce genre de guignolade , ça brouille l’ écoute et la compréhension de son message divin …..
    Un grand non à tout prosélytisme religieux , et marre de tous ceux qui ont une crise de foi , qu’il prennent de l’ hépatum comme autre foi…

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  3. JJ Lalanne

    Personnellement, tant que président, ministre ou autre iront au dîner du Crif je ne verrai pas de problème plus grand à ce qu’ ils rencontrent les autres religions. Aucune ou toutes. Pour moi, ça devrait être aucune. Je reconnais quand même l’ avantage avec les catholiques de pouvoir librement contester. On peut leur cracher dessus sans être victime d’ une fatwa comme pour Charlie hebdo (et autres) ou se retrouver traîné au tribunal et mis au ban de la société systématiquement pour antisémitisme. Laïque mais pas anticlérical (dans des limites), je reconnais à chacun le droit à l’ anticléricalisme comme je reconnais à d’ autres le droit d’ exprimer leur foi sans crainte.

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    • J.J.

      @ J.J. Lalanne Je reconnais quand même l’ avantage avec les catholiques de pouvoir librement contester.
      C’est vrai, mais maintenant, car il ne faut pas oublier que, il y a « seulement »252 ans, le Chevalier de La Barre fut décapité, puis brûlé, après avoir subi la question ordinaire et extraordinaire, ayant été accusé du « crime  » de blasphème.
      Il ne faudrait sans doute pas trop leur laisser la bride sur les cou pour que de telles pratiques renaissent (voir les appels au meurtre proférés par certaines organisations ultra catho pendant la campagne de la manif pour tous).

      Ne pas oublier non plus que si en Espagne, à la fin du XVIIIème siècle, il n’y avait pas de botanistes, c’est parce que l’inquisition soi disant « sainte  » les avait fait brûler, pour avoir commis un grave péché : l’étude des « sciences naturelles ».
      Quelle ouverture d’esprit ! Quel esprit de tolérance !
      21 germinal 226

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  4. JJ Lalanne

    Bien entendu, je suis outré par le fait de demander de s’ engager politiquement en tant que croyant. Pour ceux qui auraient eu un doute…

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  5. JJ Lalanne

    @J.J.: Suis bien d’ accord pour rester ferme même si je vois autour de moi et en particulier chez les immigrés des cathos respectueux de la laïcité ou des militants dans des syndicats comme la CGT pas spécialement marquée à droite. Ils sont tout aussi hérissés par ces ultras faschos qui prompts à critiquer l’ islam oublient ce que faisait la chrétienté il y a six siècles pour ramener les deux religions au même âge. Chose que tu soulignes par deux de leurs hauts faits. Surpris à Grenade, en Espagne, de lire sur le dépliant du musée de l’ Inquisition que selon eux les instruments exposés (et que je ne suis pas allés voir) n’ étaient pas utilisés par l’ Inquisition mais par les seigneurs pour réprimer les révoltes… Il y en a qui ont du mal à se confesser.

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    • J.J.

      J.J. Lalanne@
      « Surpris à Grenade, en Espagne, de lire sur le dépliant du musée de l’ Inquisition que selon eux les instruments exposés (et que je ne suis pas allés voir) n’ étaient pas utilisés par l’ Inquisition mais par les seigneurs pour réprimer les révoltes… Il y en a qui ont du mal à se confesser. »

      J’ai déjà entendu ce argument dans la bouche d’un conférencier qui voulait persuader son auditoire de la grande clémence de l’institution.
      C’est un « mensonge de finesse », comme aurait dit un personnage de Marcel Pagnol.

      C’est un autre témoignage de la mauvaise foi de ces nuisibles, pour ajouter à leur cynisme et leur hypocrisie : le tribunal de l’inquisition, qui se prétend sainte, (et dont il reste un reliquat encore vivant connu sous le nom d’œuvre pour la propagation de la foi, ou quelque chose comme ça, dirigé un temps par le Benoît Très Étroit, avant son accession au trône pontifical) jugeait les « contrevenants »arrêtés par la « santa hermandad », sorte de Gestapo, ou milice aux ordres des tribunaux ecclésiastiques.

      Mais l’inquisition ne se salissait pas les mains, les « coupables » étaient livrés au BRAS SÉCULIER, seigneurs locaux ou bourreaux de service qui devaient s’acquitter de la sale besogne( de même que les tortures pratiquées durant les procès).
      Donc, on ne peut accuser ces braves gens d’avoir versé le sang de leurs semblables. CQFD…..

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  6. JJ Lalanne

    Un conférencier qui a dû parler longuement parce qu’ il ne manquait pas d’air.Curieux qu’ il puisse y en avoir encore pour minimiser l’ horreur de cette époque. Quoique je ne sois pas un spécialiste, je me demande de quel ordre il pouvait relever. Certainement pas des Jésuites qui furent souvent et longtemps interdits parce qu’ avec leur haut niveau intellectuel, ça passait mal, trop contestataires de l’ ordre établi qu’ il soit colonial ou religieux. Il est vrai qu’ avoir formé un Voltaire, et qu’ il leur en soit reconnaissant en plus, c’ est difficile à avaler pour Rome…

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    • J.J.

      Effectivement le lascar ne manquait pas d’air sous ses airs chattemite, un auditeur, élu local, l’avait d’ailleurs interrompu courtoisement pour lui signifiait qu’il « ne partageait pas son analyse » …

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  7. Philippe Labansat

    Ce n’est pas bien mais, pourquoi se réjouit-on de la fin tragique de Bertrand de Guy, le grand inquisiteur à la fin du « Nom de la Rose » ?…

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