Le problème avec les traités internationaux dans tous les domaines c’est qu’ils ont été écrits de telle manière que personne n’ait vraiment à les respecter. Ils permettent simplement au plus puissants de dicter leur loi en s’appuyant sur des références réputées légales sans s’exposer à des sanctions improbables. En décidant d’intervenir en Syrie le trio franco-anglais-américains s’appuie sur une batterie de conventions qui interdisent l’usage dans les combats d’armes chimiques. Il s’agit donc d’une référence à un texte officiel qui prévoit également des procédures claires sur son fonctionnement. Une attaque de ce type ayant eu lieu selon les images diffusées par les télévisions du monde entier (ou presque) dans un quartier près de Damas, la communauté internationale, terme pour désigner les pays soutenant les Etats-Unis, s’est emparé du sujet. Elle a eu raison sur le plan de l’horreur des reportages produits mais elle le fait avec une sélectivité liée à la puissance médiatique portant tel ou tel événement. Lui a-t-on expliqué que les traités signés ont créé une Organisation internationale pour l’interdiction des armes chimiques devant mener des enquêtes avant toute décision d’intervention. Elle est dirigée par un Turc qui a immédiatement réagi (c’est compréhensible) en faisant part de « sa vive préoccupation après l’attaque chimique présumée du 7 avril à Doumas » et a donc pris en charge l’enquête que prévoit le texte initial.
Le respect de la fameuse convention de 1993 contraint à ces vérifications indépendantes. Ce n’est ni une nouveauté ni une absurdité puisque c’est sur la base de ce fonctionnement que les États-Unis ont engagé la « fausse » guerre en Irak ! Avec 192 États membres, l’OIAC, couvre 98% de la population mondiale puisque seulement 4 États demeurent en dehors de l’Organisation (Angola, Corée du Nord, Égypte et Soudan du Sud) et deux ont signé sans la ratifier (Israël et Birmanie). La Convention interdit la fabrication, le stockage et l’utilisation d’armes chimiques. Elle défend et c’est important dans le contexte syrien également les signataires d’aider un pays tiers à s’engager dans la fabrication ou l’utilisation de ces armements. Cette convention représente le traité de désarmement qui regroupe le plus grand nombre de pays depuis la fin de la guerre froide. Financé à hauteur de 65 millions par les contribuables de tous ces pays au prorata de leur population elle, et elle seule, est en charge de faire appliquer les règles en vigueur.
Prix Nobel de la Paix en 2013 l’OIAC a vérifié que plus de 72 000 tonnes de produits pouvant constituer des armes chimiques ont été détruites. Elle a donc une efficacité reconnu et un rôle admis par tout le monde même si, bien évidemment, l’attaque sur Douma tend à prouver que des Etats ou plus exactement des régimes politiques tricheurs existent. N’empêche que dans le cas présent une enquête avait été diligenté et les experts de l’OIAC dépêchés d’urgence sur place. Ils étaient arrivés à damas et devaient commencer aujourd’hui leurs travaux d’investigation sous protection diplomatique : recueil d’échantillons de terre, de matériaux, de sang des personnes intoxiqués pour analyse, recueil de témoignages, visite des installations suspectes… Or la France, les États-Unis, la Grande Bretagne et leurs alliés ont décidé unilatéralement qu’ils avaient les preuves, méprisant ainsi les procédures définies dans les textes que ces grandes démocraties ont signé ! Alors il n’y a que deux solutions : où il faut économiser les 65 millions que coûte l’OIAC puisque les services secrets sont plus rapides, plus efficaces et plus fiables ou il faut respecter son existence et se baser sur ses conclusions pour agir et rendre une position internationale commune possible !
Depuis le 28 septembre 2013, l’organisation doit suivre le démantèlement de l’arsenal d’armes chimiques du régime syrien. Les premières conclusions des enquêtes déjà effectuées ont prouvé que des armes chimiques avaient bien été utilisées dans les combats syriens et… personne n’avait réagi puisque Assad avaient réussi à sauver sa peau grâce au veto russe. Cette fois la réaction qui consiste à détruire 3 sites de fabrication de produits chimiques dangereux bien connus de l’OIAC a précédé les résultats d’un organisme indépendant.
Pourquoi ne l’a-t-on pas fait avant une action contre les usines concernées? Pourquoi avoir attendu cette dernière terrible décision d’Assad et des es alliés pour agir ? Pourquoi prendre le risque de conséquences terribles sur le plan international quand les pays membres de l’OIAC savent fort bien que bien d’autres régimes continuent à effectuer des recherches sur des armes paralysantes ou transmetteuses plus discrètes car plus limitées de produits provoquant des dégâts corporels aux effets décalés ? Les morts qu’elle qu’en soit la cause sont bel et bien des morts qui selon Paul Valéry sont ceux de « la guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas. » Jamais ce n’a été plus vrai et plus une réalité terrible. Plus que jamais la seule action que mérite notre monde c’est celle qui vise à tout faire pour la Paix mais c’est paraît-il utopique et dépassé !

3 Réponses

  1. bernadette

    Oui l’ONU, l’organisation des Nations Unis oeuvre pour la Paix dans le monde.
    Pourquoi tuer autant d’innocents ?. La question de guerre chimique est secondaire. La question pourquoi introduire à la demande d’un traité de coalition des pays occidentaux un pilonnage par des bombes qui detruisent les habitations et font mourir des populations. Evidemment que ces bombes peuvent tuer avec des gaz.
    Quand allons nous mettre fin à ces carnages.?
    Les peuples du monde meritent bien autre chose que cela.
    Est ce que les chefs d’Etat des pays occidentaux sont capables d’initier autre chose que la guerre ?

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  2. J.J.

    N’entend qu’une cloche n’entend qu’un son.

    Et actuellement tous les sons que l’on entend font ouïr la même musique à peine atténuée par « la supposée » attaque chimique (les audacieux osent la « prétendue »).
    Aucune objectivité dans les infos, mais nous sommes habitués avec les pitoyables mendias à la solde de….
    Ça me rappelle pendant la guerre, Pierre Dac chantant :
    « Radio Paris ment (bis)
    Radio Paris est allemand… »
    A l’époque par allemand il fallait entendre nazi.
    Nous n’avons plus les allemands (qui ont eu le bon goût de ne pas se mêler à cette sinistre pantalonnade) mais les autres ne sont pas mieux.
    https://www.legrandsoir.info/syrie-reponse-aux-allegations-concernant-l-usage-de-gaz-toxique-a-douma.html

    Et comme nos avons pléthore d’argent public, notre prince bien aimé (11% du corps électoral) a trouvé là une bonne occasion de dépenser l’argent public, en particulier celui ponctionné grâce à l’augmentation de la CSG.

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  3. JJ Lalanne

    Bombarder des usines de fabrication de gaz de combat si elles sont actives paraît surprenant dans la mesure où ça revient à provoquer la diffusion de ce gaz donc à faire soi-même la guerre chimique que l’ on prétend interdire! Pourquoi attaquer maintenant alors que ça coïncide avec le jour où les contrôles devaient se faire? Est-ce pour empêcher des contrôles qui auraient débouté l’ accusation? Même Le Drian se prend les pieds dans le tapis parce qu’ après avoir été affirmatif sur l’attaque, ce n’ est plus, toujours selon lui, que d’après ce qui a été dit,selon des photos (je peux lui en faire s’ il en veut), sur le fait que l’ on PENSE que des personnes de haut niveau étaient dans le coup (pas Bachar,dixit),qu’ il ne sait pas ce qui peut avoir été utilisé parce que les analyses ne sont pas terminées (!). Stupéfiant. Est-il moins sûr que nous avons envoyé des avions et missiles semer la destruction et la mort? Est-il moins sûr d’ avoir aggravé les conflits? On ne sait pas résoudre un problème diplomatique alors on casse et on tue en s’asseyant sur les règles internationales. Allez dire après aux jeunes radicalisés ou pas de respecter les lois de la République quand soi-même… On est dans un état laïque mais, là, on a ouvert les portes de l’ enfer! Triste figure que celle de la Ministre des Armées semblant réciter une leçon à laquelle elle ne croit pas et quand à l’ usage du chlore qui revient si souvent, les images que l’ on nous montre le démentent souvent. Pour avoir été gazé au chlore accidentellement, ce ne sont pas de simples malaises qu’ il provoque. Je peux certifier que j’ai naturellement souffert de brûlures très dures aux poumons et craché du sang pendant trois jours… Espérons que le Hezbollah ne vienne pas nous montrer ce qu’ il pense des hauts faits de nos dirigeants comme il le fit au Liban.Ce sont des gens très susceptibles…

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