autogestion

Lorsque va débuter l’affaire du plateau du Larzac, je n’ai pas encore décidé d’entrer dans un parti politique… mais depuis 1968, âge de mon premier vote aux législatives je soutiens l’action du PSU qui dans le fond correspond le plus à mon penchant pour la citoyenneté active à laquelle j’ai été formé. Le Larzac, je n’en ai même pas entendu parler lors des leçons de géographie sur le Massif central et la faiblesse de mes parcours en France me permette pas de le connaître mais rapidement ce sera pour moi un symbole. Inquiétant pour les uns et exaltant pour les autres. Intéressant pour moi.
La lutte du Larzac fut rappelons-le dans la suite de mai 68 un mouvement de désobéissance civile non-violente contre l’extension d’un camp militaire sur le causse du Larzac, qui dura dix ans avant que François Mitterrand, nouvellement élu Président de la République, prenne la responsabilité d’abandonner le projet de Mesmer. Pas d’aéroport en vue, pas de retenue d’eau ou de ligne à grande vitesse mais une centaine de paysans locaux refusèrent expropriation de leurs terres réputées arides pour ouvrir un terrain de manœuvre passant de 3 000 à 17 000 hectares sur plus d’une dizaine de communes.
Ces résistants réunis par la fameuse formule « Gardarèm lo Larzac » furent rejoints par une multitude d’utopistes, d’anti-militaristes, d’amoureux de la nature ou des porteurs de ces projets issus de la période mai 68 et que le gouvernement gaulliste avait très vite confisqués ! Ils entamèrent une lutte constante, déroutante, usante face à un pouvoir arc-bouté sur un fonctionnement fermé d’une société haïssant celles et ceux qui ne respectaient pas, 5 ans après un printemps de feu, les codes sociaux. Ils ne valaient forcément rien car ces gens là ne « vivaient pas dans le même monde » qu’eux ! Ils furent raillés, haïs, combattus parfois violemment, mais ils surent rester unis pour continuer à inventer un avenir pour un territoire qu’ils ne connaissaient pas ou peu !
J’ai adhéré à leur manière de concevoir une autre logique de l’utilisation de la terre. Pour ma part, depuis toujours je rêvais d’une société autogérée dans laquelle un système participatif concurrencerait ce monde pyramidal du profit. Il est vrai que la coopérative scolaire avait éveillé en moi l’élève d’une école élémentaire hors normes l’espoir de pouvoir continuer à innover, à gérer et à faire avancer des projets même modestes collectivement. Créon était d’ailleurs en cette période un fief de la coopération, certes imparfaite mais bien réelle, avec la Coopérative viticole (la seule survivante) flanquée d’une SICA de vente directe (toujours ouverte), la coopérative d’utilisation de matériel agricole dite CUMA, la coopérative laitière, la coopérative d’approvisionnement agricole ouverte à toute la population… ce réseau prouvait que l’on pouvait très bien éviter le recours au système économique du profit exagéré !
La non-violence au Larzac face à l’armée et aux forces de l’ordre avait constitué l’arme la plus efficace et lorsqu’il faut bâtir l’après camp militaire. Les formes de résistance collective avait amorcé une reconversion possible de ce plateau aride sur lequel elles avaient fait renaître l’espoir. Rien n’était parfait ! Rien n’était idéal ! Rien n’était totalement abouti mais le gouvernement Mauroy préféra la négociation à la force ! À l’époque, les occupants recherchèrent donc un moyen juridique pour organiser la gestion des 6.300 hectares qui restèrent la propriété de l’Etat. Un bail emphytéotique de 60 ans fut signé permettant à une structure de louer les terres aux agriculteurs sur une très longue durée. Depuis, le site est toujours géré collectivement et les accords ont été prolongé jusqu’en 2083 ! On n’a plus jamais entendu parler du Larzac. Le groupement Agricole d’Exploitation en Commun (GAEC) sert de support à cette nouvelle donne datant d’il y près de 30 ans et bien d’autres structures de ce type fonctionnent sur les mêmes principes lorsque le foncier est disponible ! Les relèves ont existé dans le même esprit et le même statut mais on l’a oublié !
Durant la même période ma foi dans l’autogestion fut décuplée par les ouvriers de chez Lip. L’hologer en faillite menaçait de mettre la clé sous la porte. Une lutte acharnée avec à sa tête la crinière blanche d’un homme remarquable Charles Piaget ayant pris le contre-pied de tous les mouvements syndicaux qui avaient, pour certains, tué mai 68 ! Il se met hors la loi en dissimulant le stock des montres quis servira à financer (j’ai l’une d’entre elles achetée au congrès du syndicat des instituteurs en 1974) le rachat de l’entreprise qui tentera l’aventure d’une autogestion courageuse après de péripéties et l’évacuation musclée de l’usine par les forces de l’ordre. La solution déchaîna les passions et le nouveau Président, un certain Valery Giscard d’Estaing apôtre d’une nouvelle manière de faire la politique et soutien inconditionnel des « riches » malgré ses campagnes de com ne toléra pas l’expérince. iL a donc délibérément avec le duo Chirac- Charbonnel (ministre de l’industrie) « assassiné Lip », insupportable symbole du bras de fer remporté par les syndicats et qui risquait de contaminer le champ social et politique. Le ministère de l’Industrie suspendra la subvention liée au plan Quartz, l’entreprise nationalisée Renault annula sur ordre sa commande de pendulettes de bord. Hop ! L’affaire est faite et l’expérimentation s’effondre avec les larmes de crocodile adéquates ! Comment ne pas penser à ces exemples que j’ai vécues avec passion au moment où les gaz lacrymogènes recouvrent les sols de Notre-Dame des Landes ?