Il paraît qu’il n’est bon de bon ton d’évoquer les dangers encourus par certaines pratiques culturales exagérées. Ce serait mettre en péril les filières utilisant des produits au minimum soupçonnés d’être dangereux ou au maximum considérés comme nocifs pour la santé des consommateurs des produits vendus. La tension est palpable, par exemple, chez les viticulteurs qui s’efforcent de rassurer en amorçant (et c’est vrai) un virage vers une manière d’élever la vigne plus raisonnée ou raisonnable. En fait on commence juste à admettre que le danger touche aussi bien d’autres secteurs de l’agriculture. Ainsi des chercheurs viennent dans une tribune publiée dans Libération de mettre en évidence la dangerosité de nouveaux pesticides connus sous le sigle de SDHI (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase). Le vrai problème c’est qu’ils sont utilisés « à grande échelle » pour détruire les moisissures qui se développent sur les céréales ou les fruits et les maintenir vendables.
Cette substance chimique permet de bloquer une étape clé de la respiration des champignons, celle assurée par la succinate déshydrogénase (SDH). Or, les cellules de tous les êtres vivants respirent et même celles des champignons. Selon leurs travaux, ils signalent que le blocage de cette enzyme SDH peut « entraîner à long terme, un changement de la structure de notre ADN: ce sont des phénomènes de modifications épigénétiques », qui peuvent provoquer la survenue de cancers. Encore une alerte qui touche bien évidemment les plus fragiles dont le pouvoir d’achat les contraint à acquérir des fruits venant de cultures extensives utilisant massivement de tels « sauces chimiques ».
Selon des spécialistes du CNRS ou de l’INRA ces modifications, contrairement aux mutations génétiques plus généralement associées aux substances cancérogènes, « ne sont pas détectées, ni testées, au cours des tests de toxicité conduits avant la mise sur le marché des pesticides », dénonçaient-ils, appelant à suspendre l’utilisation de ces fongicides SDHI en attendant la réalisation de nouvelles expertises. Quelques jours plus tard, l’agence sanitaire Anses annonçait la mise en place d’un « groupe d’experts » pour « examiner sans délai les éléments évoqués par les scientifiques lanceurs d’alerte ». On va donc patienter en attendant que les stocks soient écoulés et que els producteurs ne soient pas contraints de trouver des produits de substitution ou des mtéhodes de commercialisation plus conformes avec les délais de conservation des fruits souvent ramassés non mûrs.
Pour l’ONG Générations Futures, il ne faut pas attendre et certains produits de la classe SDHI (notamment le Boscalid) étant « omniprésents » dans l’environnement et dans les aliments doivent être immédiatement suspendus. Ils sont présents dans les analyses de l’air (sic), des eaux de ruissellement et surtout dans les aliments eux-mêmes. On découvre alors que l’Agence européenne pour la sécurité alimentaire (EFSA) d’avril 2017 signale que le boscalid est le pesticide le plus fréquemment retrouvé dans les produits testés en Europe. Les résidus apparaissent notamment dans les échantillons de raisins, de blé, de bananes ou de poivrons… mais personne n’a donné l’alerte dans cette Europe où le profit dépasse l’enjeu de la vie humaine. Selon la tribune des scientifiques, en France environ 70% des surfaces de blé tendre et près de 80% de celles d’orge d’hiver sont traitées par des fongicides SDHI. Sont également concernés semences, raisins et agrumes, ainsi que des pelouses, notamment celles des terrains de golf. Forte de cette information « officielle » Générations Futures s’oppose au renouvellement de la licence du Boscalid qui tombe fin juillet !
La bataille sera rude et longue comme toutes les autres puisqu’un collectif « Sauvons les fruits et légumes », rassemblant quelques dizaines de producteurs, a accusé Générations Futures de chercher « à créer des peurs infondées », dénonçant « une mise en scène qui ne repose sur aucun fondement scientifique ». Comme d’habitude… Impossible de douter, de réclamer l’application du principe de précaution sur ces pesticides car c’est interdit d’émettre une crainte ! L’artillerie est sortie  et on tire à vue sur les scientifiques se réfugiant derrière les textes en vigueur ! Les producteurs de fruits et légumes ne font en effet confiance qu’à l’expertise des autorités sanitaires. Jusque-là, ils rappellent que « les conditions d’emplois de ces substances se sont toujours faites selon les normes françaises et européennes, garantissant ainsi aux consommateurs des produits bons et sains ».
Croquez une pomme à belles dents… dégustez graines après graines des raisins venus de très loin et toujours aussi sains… batifolez dans le gazon rasé du golf… et laissez vos enfants se traîner sur une pelouse débarrassée de ses champignons et de ses mousses… les normes  édictées par le lobby surpuissant des fabricants bienfaiteurs d’une agriculture saine vous garantissent que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes « enpesticidé » !

2 Réponses

  1. bernadette

    Bonjour,

    Les graines présentées sur la photo sont des graines de red globe venant selon les étalages des grandes surfaces du Chili.
    Les grandes surfaces nous approvisionnent en fruits (pêches, fraises, cerises à Noël etc….), même chose pour les tomates. Dommage ces fruits et légumes sont cultivés sous serre et n’ont jamais vu le soleil.
    Mangeons des fruits et légumes de saison.
    Ras la kepa des pesticides…

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  2. JJ Lalanne

    Empêcher ou réduire à l’ indispensable l’ usage de ces produits par l’ agriculture et l’ agro-alimentaire,c’ est très bien mais il ne faut pas détourner notre attention des produits semblables utilisés par les particuliers qui font souvent autant voire plus de dégâts. A titre d’exemple une ancienne présidente de la SEPANSO m’ avait rapporté que l’ eutrophisation des grands lacs médocains n’ était pas due aux nitrates de l’ agriculture comme ils l’ avaient pensé (et moi aussi) mais aux phosphates des lessives ménagères. De même sur le Bassin d’ Arcachon, une étude publiée par le journal Sud-Ouest révélait la principale responsabilité des désherbants utilisés par les particuliers dans la disparition des champs d’ algues. En fait le problème est que chaque désherbant est présent à dose tolérable mais comme il y en a plusieurs, le total est catastrophique. Dois-je rappeler l’ usage scandaleusement abusif des pyrèthres souvent vendus un litre gratuit pour un litre acheté? Le particulier confond trop vite bio et écolo. Et etc… Tout comme pour le vélo où on voudrait que ce soit les autres qui en fassent, le fait de vouloir que les autres (les agriculteurs) respectent la nature ne nous dispense pas de commencer par la respecter nous-mêmes.

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