Asile, un mot qui a revêtu au fil des siècles bien de sens dans notre langue. Il peut faire peur quand on le lie encore de manière péjorative à la maladie mentale mais il devrait devenir beaucoup plus lumineux lorsqu’il touche à l’accueil et au sauvetage de vies humaines. Bizarrement il fut une époque réputée barbare où, toute personne qui parvenait à rejoindre certaines terres ou lieux, avait la vie « sauve » et bénéficiait du quignon de pain, de l’eau et de la paille pour dormir. Après les années noires de l’occupation nazie ou pétainiste des Françaises et des Français ont été glorifiés pour avoir eu l’immense courage d’héberger des étrangers en fuit ou avoir constitué des filières de franchissement des frontières ou de la ligne de démarcation. Durant le XIX° siècle l’école maternelle inexistante avait été baptisée l’asile sans que cette dénomination est quoi que ce soit de péjoratif ! Bref l’asile était un joli mot républicain !
La barbarie des idées toutes faites et la dictature du principe d’opinion dominante sculptée médiatiquement par l’image nous ramènent des siècles en arrière. Plaute, dans sa comédie Asinaria (La Comédie des Ânes, vers 195 avant J.C. Avait utilisé une locution aujourd’hui d’une grande actualité : « Lupus est homo homini, non homo, quom qualis sit non novit » qui devient dans notre belle langue du pays des Droits de l’Homme : « Quand on ne le connaît pas, l’homme est un loup pour l’homme ». C’est devenu la base de comportements qui débouchent avec de plus en plus de réalité dans le domiane de l’action politique. On a maintenant des Millions d’européens qui nient le principe même de l’asile et qui font tout ce qu’ils peuvent pour dresser le plus grand nombre contre une valeur pourtant fondatrice de la qualité du vivre ensemble !Or ce n’est qu’une basse, sordide exploitation de ce qu’il y a de plus mauvais dans le cœur de l’Homme avec une transformation en règlements, textes, actions qui refusent l’autre, sa misère, ses terreurs ou simplement sa soif de survie !
Un mois après avoir rendu publics les chiffres, en forte baisse, de la demande d’asile en Europe en 2017 , Eurostat publie ceux de la protection accordée, l’an dernier, aux demandeurs d’asile par les 28 Etats membres de l’Union européenne. Cette publication intervient après que notre Assemblée nationale est achèvé, dans un climat tendu, l’examen en première lecture le projet de loi « pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif » comme si c’était d’une urgence vitale pour une Nation en état de guerre contre les envahisseurs massés à nos frontières. En 2017, les 28 pays de l’UE ont accordé le statut protecteur à ;;; 538.000 demandeurs d’asile, ce qui représente un ratio de 1.050 décisions positives pour un million d’Européens (0,1%). Un chiffre est en baisse de 25% par rapport à celui de 2016. Pour être complet, il faut ajouter que les Etats membres ont également accueilli près de 24.000 réfugiés réinstallés (transfert de réfugiés d’un pays d’asile à un autre Etat qui a accepté de les admettre et de leur accorder à terme une résidence permanente, en particulier dans le cadre d’actions menées par le HCR). C’était certainement le moment en France d’exciter les fachos et de leur donner une tribune pour valoriser leur action militante de loups pour l’Homme diférent !
Cette baisse du nombre de personnes protégées est en phase avec le net recul du nombre de demandeurs d’asile, qui a diminué de près de la moitié l’an dernier par rapport à 2016 pour atteindre 650.000 primo-demandeurs La forte baisse du nombre de demandeurs d’asile en 2017 devrait donc faire sentir tous ses effets l’an prochain sur le nombre de protections accordées. Autre enseignement de la publication d’Eurostat : les chiffres montrent que la vocation de l’asile n’est pas globalement détournée et reste centrée sur la mise à l’abri de réfugiés car les trois principaux pays d’origine représentent en effet les deux tiers des protections accordées en 2017 au sein de l’UE. Il s’agit en l’occurrence de la Syrie (175.800 personnes et 37%), de l’Afghanistan (100.700 et 19%) et de l’Irak (64.300 et 12%). Trois pays dont il semble difficile de prétendre qu’il s’agit de zones de paix. De même, le taux de protection varie de façon considérable selon le pays d’origine. Ainsi, parmi les vingt premières nationalités, 94% de demandeurs d’asile syriens ont bénéficié d’une mesure de protection en 2017, de même que 92% des Erythréens, 69% des Somaliens et 69% des apatrides. A l’inverse, seuls 12% des Pakistanais, 10% des Arméniens, 9% des Kosovars et 5% des Albanais ont bénéficié l’an dernier d’une réponse positive à leur demande d’asile.
Pour leur part, les pays « mixtes » présentant des zones fortement exposées et des zones plus paisibles affichent des taux intermédiaires selon la localité ou la province d’origine et selon la situation personnelle du demandeur : par exemple, 46% de réponses positives pour les demandeurs d’asile afghans et 56% pour les Irakiens. En termes de répartition par pays d’accueil, les chiffres d’Eurostat montrent la persistance d’une situation totalement déséquilibrée.
Un seul pays – en l’occurrence l’Allemagne – représente en effet plus de …60% des protections accordées en 2017, avec un total de 325.400 mesures positives. La France arrive au second rang, mais très loin derrière, avec un total de 40.600 décisions positives, suivie par l’Italie (35.100), l’Autriche (34.000) et la Suède (31.200). Le Royaume-Uni se situe loin derrière avec 15.600 décisions positives, soit à peine plus que la Suisse qui participe aux conventions de Schengen et de Dublin (14.800 décisions positives). Et c’est là qu’intervient le véritable problème Français car les frontières britanniques sont bloquées et nous avons qu’une immigration visible de transit !
Les 40.575 décisions positives en France en 2017 se répartissent en 24.405 reconnaissances du statut de réfugié, 16.170 protections subsidiaires et 2.620 réfugiés réinstallés. Ce total de 40.575 représente un ratio de 605 décisions positives par million d’habitants (0,06%), inférieur à la moyenne de l’UE, qui est de 1.050 décisions par million d’habitants. La France se classe ainsi au dixième rang des Etats de l’UE, derrière des pays comme l’Allemagne (3.945), l’Autriche (3.865), la Suède (3.125), le Luxembourg (1.915), Malte (1.770), Chypre (1.520), la Belgique (1.135) ou la Grèce (1.115). Il faut y ajouter les décisions définitives après appel. La France affiche, à cette étape, un taux de décisions positives de 24%, inférieur à la moyenne européenne de 36%, mais qui la situe au 10e rang des pays membres de l’UE.
Alors arrêtons ce massacre de nos valeurs pour des enjeux qui ne sont que purement politiciens et désastreux pour l’avenir ! Rendez-vous au moment glorieux des statistiques d’après « notre » loi salvatrice !