Le spectacle sportif atteint parfois les sommets quand, à la ferveur d’un stade s’ajoutent les couleurs, les chants, les symboles et les « alchimistes » possédant seuls le secret de transformer le plomb d’actions ordinaires en envolées d’or exceptionnelles. Le Camp Nou de Barcelone constitue un gigantesque creuset social où tout ce qui est laborieux ailleurs devient ici facile, où la passion ne pervertit pas les comportements d’un foule ayant toutes les raisons extra-sportives pour s’échauffer, où l’espoir dégouline des tribunes pour effacer toutes les craintes.
Sur le rectangle vert, du haut des travées tutoyant le ciel catalan orageux, des lutins aux pieds agiles devront fabriquer des rêves susceptibles de participer au recueil des légendes de ce « Clasico ». Tous connaissent la musique. Les virtuoses des deux « orchestres » ont maintes fois répété leurs gammes sans avoir la moindre certitude sur leur capacité à évoluer ensemble. Décevoir un tel public relève en effet du drame tellement l’attente est forte. L’enthousiasmer constitue une véritable obligation. Cette centaine de milliers de « mélomanes » du foot est venue pour vivre intensément un moment qui doit être exceptionnel.
A la baguette coté Barça, un maestro discret, élégant, intuitif pour so 38° « concert classique » mettant un point d’honneur final à sa carrière. Andrès Iniesta joue pour la dernière fois afin que le « ballet » des étoiles catalanes brille de mille feux sous sa direction. Elles auront très vite une première envolée somptueuse permettant à Sergi Roberto, après un échange avec Coutinho, d’offrir au soliste Suarez une opportunité de faire bondir de bonheur le Camp Nou. Du cousu « pied » ! On croyait que la « symphonie » catalane ne serait plus interrompue. Or après quelques chevauchées à la Don Quichotte car inefficaces, Ronaldo rappela le Barça à la « Real…ité » dans un silence médusé. Un coup de tête du paria bleu Benzema offrit en effet au « conquistador » hautain une réplique cinglante déréglant totalement l’orchestre « blaugrana » trop sûr de sa partition.
Les « couacs » se multiplièrent chez des Barcelonais parmi lesquels leur Messi traînait sa frustration. Ronaldo traînait lui sa patte droite de héros blessé au combat. Bref plus rien d’enchanteur dans un clasico intense, rude, viril mais parfois incorrect. Sergi Roberto déborda à nouveau d’énergie cette fois en décochant un indirect du gauche à un Marcello virevoltant. Un tsunami de protestations n’empêcha pas l’arbitre de lui offrir un coup de rouge mérité. Le Barça plongeait dans la crainte… mais pas son public ! L’entracte ne refroidit surtout pas ses ardeurs et décupla l’envie de ses idoles de relever un défi !
Bizarrement les Madrilènes, privés de Ronaldo, face à une telle pression, se mirent à douter laissant l’initiative à leurs hôtes. Inutile de prier le « Messi » d’exploiter pareille aubaine ! Il le fit de la plus belle des manières en décochant une flèche empoisonnée totalement imprévue que Navas ne put intercepter. Le Camp Nou chavira de plaisir avec une intensité inverse à son mutisme lorsque Bale répliqua de fort belle manière. Entre-temps ce public d’exception avait plongé dans un gigantesque bain d’applaudissements Andrès Iniesta son héros fatigué et trottinant ! Un hommage de lumière pour une carrière passée dans l’ombre au service des autres et d’un club dans lequel des égos surdimensionnés ont parfois injustement enseveli son talent.
Messi, tel un vilain gosse refusant la fatalité sortit de son sac deux tours habiles dont il a le secret sans faire pour autant des miracles. Adieu les belles envolées. Adieu l’ambiance. Bonjour tristesse. Les incidents succédèrent aux incidents transformant en combat confus ce qui devait être une fabrique à rêves. Le Camp Nou ne s’enthousiasmait plus mais se révoltait au gré de fautes et des réactions sporadiques d’une équipe se contentant de parer au plus pressé. Lentement le match perdit de sa beauté pour devenir un produit ordinaire d’un championnat ordinaire dans lequel la hargne se substituait au talent. Le fond sonore s’éteignit peu à peu. L’arbitre fit ses cartons. La magnifique ambiance du début se dilua entre une soif d’exploit des siens et la volonté de ne pas voir le Real l’emporter, attendit avec ambivalence le coup de sifflet final de ce qui ressemblait davantage à un concert de hard-rock qu’à un « clasico ». Malgré quatre moments décisifs, le spectacle ne valut que par l’intensité qu’il avait générée. Pas un instant sans passion ce qui dans le fond donne toute sa saveur à ces rendez-vous du Camp Nou. Impossible de rester indifférent lors d’un tel match et d’ailleurs le 2 à 2 final permettra aux deux camps de poursuivre leur rivalité à travers les commentaires et les analyses. Et là c’est pas fini !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.