Désormais quand on veut supprimer des emplois ou des fonctionnaires la mot magique qui revient est celui du numérique… C’est la panacée à tous les maux provoqués par les fameuses coupes sombres dans les crédits destinés à favoriser tout ce qui fut service aux usagers avec un dialogue humain irremplaçable. Même dans des zones où le débit est insuffisant ou le raccordement impossible la réponse est la même : passez par internet. Un peu comme si à l’époque où illettrisme était majoritaire on avait dit aux plus démunis dans le domaine du savoir : vous n’avez qu’à écrire après avoir lu la notice !
En fait, comme le veut une spécialité jacobine, il appartient à celles et ceux qui ne possèdent pas les outils et le savoir de se débrouiller pour échapper aux sanctions. Le récent épisode des déclarations des impôts vient d’illustrer à merveille ce principe ! Si l’on se réfère à Créon où le service ouvert aux contribuables pour s’informer, se faire aider a été supprimé, il ya eu une forte pression de personnes « perdues » vers la Mairie ou vers le centre social afin de chercher un soutien secourable.
Comprendre le système du prélèvement à la source a déjà grandement perturbé les déclarant(e)s et s’y est ajouté l’absence d’équipements informatique et de connexion valable ! Il a fallu durant des décennies au début du XX° siècle des écrivains publics et il faut s’interroger sur la nécessité de créer partout des « médiateurs » numériques ! Une forme d’inégalité sociale s’est créée !
Si par exemple on se réfère aux bourses nationales pour les collégiens, une étude récente du conseil départemental de la Gironde démontre une baisse de 12 % du nombre des demandes depuis qu’elle doit être effectuée via internet ! On ne peut pas imaginer un seul instant que cette diminution soit liée à une chute de la pauvreté ! C’est une réalité. Récemment un ami devant récupérer son permis après uen suspension a découvert le jour qu’il attendait que ce n’était plus que via… internet et qu’il le recevrait par la poste quand l’administration préfectorale le voudrait ! Inutile de se présenter dans le service il n’est plus ouvert au public.
Se battre pour le Très Haut Débit c’est essentiel pour une élite et des classes moyennes motivées, bâtir des réseaux performants c’est formidable mais une question me taraude : n’est-ce pas d’une certaine manière renforcer la fracture numérique et laisser au bord du chemin celles et ceux qui ne pourront pas techniquement ou financièrement accéder à ces nouveaux outils ? Il est donc essentiel que les collectivités territoriales et notamment les Départements s’impliquent fortement dans des actions en faveur de l’inclusion numérique pour favoriser l’autonomie des personnes précaires et garantir un égal accès au droit. Si l’on attend que l’Etat le fasse relève du vœu pieux ! Quand on sait qu’il vient de transférer aux départements les investissements numériques des collèges aux Départements ainsi que leur maintenance il est évident que selon une mauvaise habitude rien ne sera fait pour soutenir, après le déploiement des accès, la capacité à les utiliser pour répondre aux exigences d’une société ayant décidé que la salut était dans la dématérialisation et même la déshumanisation. Les prochaines années seront marquées par la nécessité de prendre en compte les véritables enjeux citoyens de l’inclusion numérique. Les élus parlent d’effort financier pour apporter l’outil mais font souvent l’impasse un tournant autour de la prise en compte des enjeux de l’inclusion numérique c’est à dire la possibilité d’utiliser l’outil.
Cette accélération de la fracture est due à un meilleur équipement des foyers français mais surtout par la dématérialisation de nombreux services qu’ils soient publics ou privés. Point de salut à part internet. L’accompagnement des usagers sur leurs usages numériques est devenu central pour accéder à leurs droits et exercer leur pleine citoyenneté. Il faut multiplier les initiatives en ce sens et surtout ne pas admettre que l’intervention humaine d’accompagnement soit systématiquement éliminée car réputée coûteuse et inutile.
Les générations futures sont-elles prêtes à une utilisation citoyenne du numérique quand l’essentiel de leur savoir repose majoritairement sur le ludique ? Les demandes de Très Haut débit sont liées dans bien des cas à l’envie d’avoir la télé, des films, des jeux, de la vision-téléphonie, l’émission ou la réception de documents mais pas nécessairement pour remplir des demandes croissantes de transmissions décimant les rangs des personnels antérieurement chargées de les prendre en compte. Bien évidemment les opérateurs ont leur rôle à jouer dans cette inclusion numérique mais il faut bien avouer qu’ils sont avant tout préoccupés par les profits qu’ils voient se profiler. Encore une fois aux élus d’assumer l’un des enjeux décisifs de la prochaine décennie.

4 Réponses

  1. J.J.

    L’Ecole de la République avait réussi à éradiquer (presque) l’ illettrisme, créant ainsi de fait une certaine égalité entre les citoyens, et l’on ne pouvait que s’en réjouir.

    Hélas, cela n’est pas du goût de cette caste qui a fait main basse sur le pouvoir et qui a vu ainsi disparaître ainsi une catégorie de ce qu’ils considèrent comme une sous humanité à mépriser, et le cas échéant à exploiter.

    En créant et mieux, en aggravant la fracture numérique ils peuvent ainsi consolider leur stature de privilégiés.
    Cela leur permet de faire mine d’ignorer ces exclus, à mettre dans le même sac que les pauvres, les chômeurs, etc..bref comme l’a si bien dit un haut et indigne dignitaire de l’état, des gens qui ne sont RIEN.

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  2. Bernadette

    Je profite de mon intrusion sur le site de M. Darmian pour faire savoir O combien je suis solidaire des producteurs viticoles qui ont perdu une bonne partie de leur récolte. Salariés coopératifs ou non tous oeuvrent pour développer l’ancrage géographique économique.
    Je sais que les pieds de vigne dénudés de leurs « manes » ne pourront jamais se recoller mais juste une pensée pour le monde viticole peut apporter un réconfort morale.

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    • Bernadette

      Le titre de mon commentaire ci dessus concerne l’orage de grêle tombée sur une partie du vignoble bordelais hier samedi 26 Mai.

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