Se retrouver dans l’enceinte du conseil départemental de la Gironde aux cotés d’un chef d’une lointaine tribu papou venu de Paouasie-Nouvelle-Guinée constitue un moment singulier de la vie publique. Mundiya Kepanga est originaire de la région de Tari dans la région dite des Hautes Terres tente depuis maintenant plus de 15 ans de sensibiliser aux crimes planétaires que représentent le réchauffement climatique global et la déforestation en cours sur son territoire.
Sorte de Zadig débarquant avec un œil que l’on ne sait s’il est amusé, désabusé, critique ou compatissant, cet homme totalement décomplexé dans sa tenue traditionnelle s’offre le luxe de porter les vérités que la plupart de celles et ceux qui le regardent avec étonnement, n’ont pas conscience. Il a parfaitement analysé le contexte de ces civilisations réputées avancées qui lui font l’honneur de le recevoir et il sait que les apparences permettent parfois de faire passer le fond. Sa tenue n’a pas d’autres objectifs que d’interpeler pour mobiliser l’attention. Lui qui croit que le passage à l’âge adulte nécessite le sacrifice d’une longue « culture » capillaire dans la forêt, loin des autres, a une vision globale d’un système économico-politique menant l’humanité à sa perte a l’extraordinaire liberté de la parole lui permettant d’échapper aux discours convenus et surtout aux idées reçues. En croisant la route d’un jeune photographe « avec barbe et de longs cheveux » arrivé dans son village pour vivre la réalité de la vie quotidienne de Hulis il a vite appris à transmettre ses analyses dans tous les lieux de pouvoir. Il a croisé Robert Redfaort (il l’appelle « Robert ford ») mais a rien à lui envier comme homme de spectacle vivant.
Né dans les années soixante il avoue lui-même avoir du mal à se repérer dans notre système calendaire et il n’y accorde aucune importance particulière puisque le seul repère qui devrait régir la vie reste le rythme et les exigences de la nature. Pour lui la durée n’a pas de véritable signification : « je sais que les blancs sont toujours pressés et qu’ils n’ont jamais le temps surtout quand ils sont chefs. Moi je suis bavard. Je parle beaucoup et très longtemps quand je suis avec les miens. Vous vous regardez vos montres en permanence et vous oubliez d’écouter, de partager.. ». Mundiya Kepanga assène avec humour quelques vérités en propos liminaires avec un ton calme et détaché : « Merci à toutes les femmes qui ont organisé ma venue car ici ce sont toujours les femmes qui sont les chefs car elle travaillent beaucoup » ou du genre « le grand palmier – c’est ainsi qu’il appelle son ami le cinéaste Marc Dozier- a une face de fourmi ». Mélangeant les mots d’anglais importés par les Australiens lors des premiers contacts des a tribu avec ce que nous appelons la « civilisation moderne » et un dialecte constitué d’onomatopées chantantes le « frère des arbres » porte cette « force tranquille » pouvant distiller avec force des formules qui font mouche.
« Je pense que la nature par essence n’écoute pas les ordres des hommes c’est pour cela que nous devons la respecter si nous voulons qu’elle nous respecte. Personne sur cette terre ne sait commander au soleil ou à la pluie. (…). J’ai voulu partager dans ce film (1) le message de mes ancêtres voulant que nous soyons les frères des arbres et que nous devons prendre soin d’eux comme ils prennent soin de nous. S’ils disparaissent nous allons disparaître à notre tour en peu de temps. C’est pour ça que j’ai réalisé ce film pour partager un message qui s’adresse à tout le monde. Il ne sauvera pas le monde car ils nous appartient à tous de le sauver !3. Mundiya Kepanga ne sera pas plus long car il sait que le documentaire relatif au pillage indirect par la Chine des richesses naturelles de son territoire portera encore plus efficacement sa parole.
L’abattage de ses « grands frères » fracassant dans leur chute leurs voisins constitue pour lui un véritable génocide qui ne choque pas encore les bénéficiaires de leur transformation en contre-plaqué, en parquets, en portes, en meubles. Il le vit dans son cœur et dans sa chair quand il voit le long cadavre des grumes arrachées à leur forêt pour quelques poignées d’euros distribuées à des Papous exploités par des Malaisiens sans scrupules. Il émane de lui une colère froide car impuissante. Le chef papou affiche dans « frères des arbres » une sincérité que nous ne connaissons plus. Elle est naturelle, spontanée, pacifique, pédagogique, directe, rafraîchissante et nous lave des miasmes honteux émanant des aveux des profiteurs cyniques de notre patrimoine naturel. Rien n’échappe à la logique économique puisque les papillons de ces merveilleuses cathédrales naturelle sont désormais capturés, démultipliés en élevage et vendus pour des sommes dérisoires pour les acheteurs. Le combat entre un chef armé de ses convictions et les hommes d’affaires chinois avides et seulement soucieux de donner à leur pays les matières premières dont il a besoin pour inonder le marché « civilisé ».
Jean-Luc Gleyze, Président du conseil départemental lui a offert avant son départ dans un moment révélateur de la qualité humaine de ce « Zadig » émouvant par sa foi dans les autres, une tente et uns ac de couchage. « Merci, grand merci Monsieur le Président. C’est le plus beau cadeau que l’on puisse me faire. Les chocolats ? Je ne les aime pas ! Les livres ? Je ne sais pas lire… les vêtements ? Je n’en mets pas ! Cette tente et ce sac vont me permettre d’aller vivre aux milieu de mes frères, les arbres, dans la forêt. Je crois que je mourrai dans ce sac ! «  explique-t-il en serrant contre lui ces présents. Mais l’humour n’est jamais loin : « Vous allez me causer qu’un problème : ma femme va croire que je vais la tromper sous la tente dans la jungle ! » Il va repartir avecs a démarche dandinante et prudente sur un sol artificiel en nous laissant avec un terrible sentiment de culpabilité : que faisons nous pour éviter le désastre qu’il dénonce ? Tellement peu par rapport à lui !
(1) le film est en vente sur le site de Arte

5 Réponses

  1. Alain

    De la très grande importance des arbres dans nos vies , on a tous un arbre généalogique , le singe descend de l’ arbre et que penser de l’ arbre à came , ou de l’ achat d’ un arbre à chat…..
    je conseille de voir , ou revoir l’ excellent reportage d’ envoyé spécial sur les arbres
    je joins le lien : https://www.youtube.com/watch?v=eh6rnaqSPto

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  2. JJ Lalanne

    Jouer au bon sauvage pour faire plaisir à l’ HOMME BLANC depuis 15ans, le numéro est rodé. Passe mal auprès des migrants…

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  3. Bernadette

    La nature humaine de ce monsieur des hautes terres de Guinée en est ainsi. Moi occidentale du Nord du plus grand département de France vois les choses différemment.
    Les arbres sont le symbole du bien être et le refuge des oiseaux comme les palombes, les écureuils.
    Une plantation d’arbres est une forêt et les champignons y poussent faisant ainsi le festins des sangliers et autres animaux.
    Les cèpes de fleurs, c’est maintenant et puis dans quelques mois ce sera les châtaignes.
    La forêt est un patrimoine naturel.
    La construction de la ligne à grande vitesse Tour Bordeaux a détruit beaucoup d’hectares de forêt en Nord Gironde, dommage…. L’intérêt général a remporté la bataille

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    • François

      Madame,
      Avec tout le respect que je vous dois, sachez que, si ce n’est au gré de ses voyages internationaux, la vedette du jour n’a rien à voir avec la Guinée aussi appelée Guinée-Conakry de même que la Guinée équatoriale ou la Guinée-Bissau ! En effet, si ces trois pays sont proches de l’Équateur …comme la Nouvelle Guinée-Papouasie, ce sont quasiment les antipodes. Même la similitude avec les Pygmées (Afrique) est trompeuse car les Papous (Océanie) sont plus grands (en moyenne 160 cm contre 130 cm !).
      Arrêtons là notre exposé géographique et ethnique bien que je vous conseille d’observer une bonne encyclopédie ( que vous devez posséder) avant d’avancer des propos qui peuvent troubler le lecteur … surtout les jeunes.
      De même, n’oublions pas que ce blog nous est gentiment ouvert et rendu accessible par un instituteur…euh pardon professeur des écoles retraité que nous devons protéger d’un infarctus du myocarde ! !
      Cordialement.

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