Il faut savoir lorsque l’on participe en tant qu’envoyé spécial à un événement aussi exigeant en déplacements que la Coupe du Monde de football savoir se réserver des respirations. Le Mondial de 1982 en Espagne avait un avantage pour le duo des reporters du journal sud-Ouest c’est qu’à priori l’éloignement et surtout le décalage horaire n’étaient pas trop handicapants. Il fallait en revanche à Christian Grené (chauffeur obligé) et André Nogués parcourir en voiture des centaines de kilomètres pour rejoindre les sites où vivait l’équipe de France et où elle disputait ses matches. Après Bilbao, Valladolid où ils avaient arraché leur qualification de justesse (3 points sur 3 matches) face à Angleterre (0 point), le Koweit (2) et la Tcéhcoslovaquie (1) les Bleus devaient rejoindre pour le second tour de poule Madrid où les attendaient le stade Vicente Calderon. L’avantage résidait dans le fait que dans l’enceinte sportive de l’Athlético ils disputeraient deux rencontres consécutives du deuxième tour face à l’Autriche et ensuite les Irlandais du Nord ! Le duo pouvait se poser et donc forcément avoir un peu plus de temps de repos ! Entre la confrontation très serrée avec les Autrichiens (gagnée 1-0) et celle qui devait être décisive contre l’Ulster il y avait 5 jours…
Christian Grené avertit donc la rédaction lors des points téléphoniques quotidiens qu’il allait tenter de récidiver le « coup qu’il avait réalisé en entrant dans le repaire des Koweïtiens (1) et aller découvrir la préparation des Irlandais. « Pourquoi pas ! » répondit Michel Picotin, alors chef du service. Encore une fois il négocia habilement sa présence dans le camp adverse. Les Irlandais installés dans un hôtel haut de gamme avec vaste piscine ne firent aucun problème pour l’accueillir parmi eux. Cette fois pas de lait de chamelle au menu et pas de repas sur tapis persan mais il lui fallut sacrifier à la coutume de ses hôtes : l’ingurgitation de pintes de bière. Malgré l’amplitude de la tache il passa l’examen de bienvenue de la meilleure manière. Décontractés, en phase de bronzage actif et compensation de la déshydratation estivale par une absorption continue de « mousses » adaptées aux circonstances. L’essentiel dans un pareil contexte était de mériter la confiance des hôtes, ce que l’envoyé spécial de Sud-Ouest su faire à la perfection. Il eut même du mal à quitter la compagnie des colosses verts peu préoccupés par la diététique sportive ! Un papier mémorable qui préludait à une rencontre face aux Français mémorable !
Le samedi soir, veille du mach, papiers transmis, les envoyés spéciaux ayant travaillé pour Sud-Ouest Dimanche décidèrent d’aller dîner au centre ville de Madrid. Partis avec la voiture du journal ils rentrèrent raisonnablement à leur hôtel et eurent bien du mal à trouver une place pour gager leur véhicule puisque le parking de leur résidence était archi-complet. Au bout d’une longue quête dans la nuit madrilène Christian Grené finit pas dénicher un petit espace permettant de garer l’automobile Sud-Ouest. Le lendemain matin, sous la pression d’André Nogués ayant besoin de se rassurer sur les délais de route, au moment de partir vers le stade Calderon pour 15 heures la surprise fut totale : les quatre pneus étaient crevés ! La tuile ! La catastrophe en ce dimanche 3 juillet ! Appel via l’hôtel d’un garagiste bienveillant et il fallut charger l’automobile sur le plateau d’un véhicule de secours avec installés à l’intérieur le duo des envoyés très spéciaux de Sud-Ouest ! Une scène inénarrable que celle de ses passagers se rendant au stade, via le garage bienveillant, dans leur voiture sur le plateau arrière d’une dépanneuse ! Ils arrivèrent, la réparation faiten ainsi dans les temps… pour assister à une nette victoire des Français sur des Irlandais dont la combativité « s’émoussa » au fil des minutes. Ils purent rendre compte d’un événement rarissime : le premier et le seul (le quatrième de la France) but international de la tête inscrit par… Alain Giresse sur un centre de Tigana ! On peut penser que la résistance de l’envoyé spécial de Sud-Ouest à la mise en bière irlandaise a peut-être contribué à leur difficulté pour courir d’une équipe vite très fatiguée. Qui sait ?

(1) MONDIAL
(2) Je conserve précieusement des dizaines d’articles écrits durant cette période

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