Au Mexique (1986) les Français débarquent en conquistadors formellement identifiés comme pouvant devenir les « propriétaires » du trophée doré de la Coupe du monde. Ils restent sur leur valeureuse quatrième place espagnole et surtout sur une victoire probante en championnat d’Europe 1984) sur leurs terres. Avec une génération exceptionnelle qui accueillit Luis Fernandez  au sein du « traiangle magique » (Tigana, Giresse, Platini) de son milieu de terrain, les Bleus avaient les moyens de terminer sur le podium. Les médias français, parfois pris de court lors de l’expédition espagnole, avaient donc largement renforcé leurs délégations. Le décalage horaire compliquant singulièrement la tache des journaux (malgré l’horaire inhabituel des matches) il fut indispensable d’opérer systématiquement en texte caché. Ayant été « recruté » pour l’été j’ai conservé une bonne vingtaine de comptes-rendus de rencontres que j’ai effectués devant la télévision afin de tenir les délais de fabrication de Sud-Ouest. J’ai écrit plus de papiers durant un mois que les jorunalistes présents sur site. Pour la première fois dans l’histoire la rédaction en chef avait décidé d’expédier trois envoyés spéciaux Outre-Atlantique ! Les mousquetaires (Claude Billion, André Latournerie, François Trasbot) se répartirent le travail de telle manière que des papiers originaux eurent une place tous les jours dans des pages sportives largement ouvertes.
Comme le voulait le principe de fonctionnement d’une rédaction sportive dans une telle période, un trio avait en effet été constitué au siège pour réceptionner et traiter l’information liée à la vie d’un Mondial qui devint vite passionnant. Il avait une large liberté d’action dans un service fonctionnant au…. « jaune » avece au fraîche et glaçons, laissant le soir venu une belle place à l’initiative. Un avantage dans un certain sens mais parfois aussi un inconvénient.
En compagnie d’André Nogué et Christian Grenés, cette fois laissés à la maison et d’un stagiaire prometteur Jacky Sanudo nous avions entrepris, dans le traitement des « échos » parlant des à-cotés de la compétition, un concours d’astuces plus ou moins réussies relevant du niveau de potaches dévergondés. Jusqu’au jour où… En fin de matinée surgit furibard le directeur de la rédaction de manière tout à fait inattendue : «  quels sont les idiots qui s’ingénient à faire des jeux de mots indignes de l’almanach Vermot ? Je vous préviens si vous ne vous ne vous calmez pas je vous vire…Vous n’êtes pas là pour faire des plaisanteries douteuses mais pour donner des informations » Je baissais la tête tout comme mon acolyte car la remontrance non seulement douchait notre enthousiasme mais paraissait motivée. Il faut avouer que notre penchant pour le jeu de mots laids était constant !
En doublette avec André Latournerie, attaché à l’équipe de France produisait beaucoup. Possédant un solide carnet de contacts il appelait avec ponctualité en début d’après-midi pour confirmer la teneur de son papier surtout entre les rencontres des Bleus. Une vie à deux très paisible car parfaitement ordonnée sauf que « Latourne » avait tendance à s’étendre sur le sujet. Il fournissait une copie abondante que je n’osais pas « raccourcir »… Cette « timidité » me valut une seconde remontée des bretelles que je ne portais pas par le directeur de la rédaction. Je fus chargé de la mission impossible de luis signifier qu’il « devait faire plus court ». Comment aborder ce thème avec lui ? Je le fis avec le maximum de précautions . Je dois à la vérité de révéler qu’il m’avoua avoir « compris le message » tout en prévenant qu’il n’en tiendrait compte que le lendemain car son papier sur le grand Maxime Bossis… était déjà dicté !
Les sténos de presse dactylographiaient les papiers et les transmettaient à la rédaction via le « tube » qui cheminait dans des tuyaux poussés par de l’air comprimé. Il appartenait au secrétaire de rédaction de le relire, d’ajuster le titre, de trouver l’illustration et de codifier le texte pur l’envoyer à la composition. Quand arriva l’entretien du grand « Max » avec l’envoyé spécial de Sud-Ouest je fus rapidement inquiet. Il parvint pas tranches successives échelonnées dans le temps pour finalement constituer un total de… 12 feuillets soit l’équivalent d’une grande page du quotidien régional d’alors. Là il n’était plus question de tergiverser : il fallait sévir. André Noguès vint me prêter main forte dans cette douloureuse amputation. Bossis dont il faut rappeler qu’il avait été le malheureux dernier des tireurs directs au but de la fameuse série de Séville avaient certes bien des choses à raconter mais c’était le début d’un livre que venait d’écrire André Latournerie !
Le Nantais ne savait pas encore que cette fois il sortirait vainqueur de la même épreuve face au Brésil malgré bien des frayeurs. Careca avait ouvert rapidement le score. Les Bleus subirent et frôlèrent à plusieurs occasions l’asphyxie sous le chaud soleil de Guadalajara. Si Michel Platini avait égalisé avant la mi-temps il fallut que Joël Bats détourne un penalty pour sauver les Bleus. Lors de la séance de tirs-au-but à laquelle Maxime Bossis ne participa pas (prudence?) Platini et Socrates échouèrent avant que Luis Fernandez qualifia les Tricolores et laissa éclater sa joie… Une fois encore pour Maxime le grand l’aventure se termina pourtant en demi-finale contre les Allemands ! Le papier d’André Latournerie aurait pu être beaucoup plus long !

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