Il est toujours plus prudent de prévenir les retards que de tenter de les estomper. La gare Saint-Jean ressemble à une fourmilière de gens inquiets de dénicher le chemin du départ ou du retour pour une expédition, en cette matinée, restant aléatoire ! Les panneaux d’affichage des trains sont victimes d’un « incident technique indépendant de la volonté de celles et ceux qui ont en charge leur animation. C’est donc la confusion. Le train à grande vitesse pour Paris de 9 h et quelques a été annulé et donc il faut patienter au bar ! Comment ne pas succomber à un « expresso » quand on est dans la gare de la vitesse institutionnelle ! Pas certain que ça aide à prendre son mal en patience car l’énervement est palpable. Mon voisin de table téléphone pour décaler ses rendez-vous de la matinée et lorsqu’il a termine ses négociations il se tourne vers moi : Laurent Blanc !
S’il ne saluera plus jamais par une bise « barthézienne » sur le crâne, il accepte une poignée de mains pour des retrouvailles imprévues qui me ramènent bien des années en arrière. Un bref échange autour de mon parcours (je ne peux pas lui faire l’injure de lui faire rappeler le sien) et un retour sur le bon temps bordelais, la conversation s’engage sur la base de la confiance et d la détente absolue.  » Je conserve des souvenirs très précis des moments de ma carrière et le passage aux Girondins a été trop beau pour que je n’en ai pas gardé quelques images des gens que j’y ai rencontrés ! »
Lui devant son Perrier menthe et moi devant mon café nous partons pour trois quarts d’heure d’échanges que seules deux dames de mon âge viendront crânement interrompre. L’une lyonnaise venue voir sa fille à Bordeaux, lui demande : « pourquoi Gourcuff n’avait jamais retrouvé son niveau de Bordeaux à  Lyon ? Il a certes été souvent blessé ?
– Pas seulement ! Luiexplique gentiment Laurent Blanc C’est un bon joueur qui aura fait une belle carrière mais à qui il manque ce petit quelque chose psychologique qui lui aurait permis d’être au niveau de ses capacités qui sont grandes » Elle est satisfaite et déguste son café. L’autre lui avoue l’avoir reconnu car elle l’a vu dans Paris Match de la semaine écoulée, posant avec ses fils sur une photo qu’elle a jugée « très réussie  »
– Je refuse toujours ces photos mais là pour les 20 ans de notre victoire en 98 j’ai fait une exception ». Le duo féminin en partance pour Bayonne avoue ne rien connaître au football mais trouve « Laurent toujours aussi bien et en resplendissant! » . Leur curiosité satisfaite, elles nous laissent poursuivre une conversation passionnante . Bien entendu le mondial de Russie a vite été au centre de la conversation !
J.-M. D. : Quelle est votre première appréciation du mondial russe?
Laurent Blanc : Pour le moment explique Laurent Blanc je constate que le niveau est extrêmement serré et il n’y a pas vraiment de favoris qui émergent. Si les grandes équipes européennes connaissent des difficultés c’est incontestablement parce qu’elles manquent de fraîcheur physique. Leurs joueurs qui évoluent tous des championnats exigeants physiquement et mentalement arrivent fatigués avec un horaire de matches qui ne favorisent pas la récupération. On y verra plus clair au second match qui devient quasiment décisif. Pour le moment j’ai vu un magnifique Espagne-Portugal avec pour moi la meilleur équipe reste l’Espagne !
J.-M. D. : Vous pensez en comparaison aux Français ?
Laurent Blanc : Pas particulièrement car il faut être deux pour bien jouer. Pour moi la rencontre face au Pérou sera importante. Je fais confiance à Didier pour trouver Les ajustements nécessaires. La pression est terrible pendant une Coupe du Monde sur un sélectionneur. Imaginez 14 millions de téléspectateurs qui sont presque tous entraîneurs et qui jugent chaque joueur quand ce n’est pas la tactique. Et on ne peut pas avoir l’excuse de la patience car tout se joue au maximum en 7 matches sans droit à l’erreur… Il faut. Suite des résultats.
J.-M.D. : Que pensez-vous de le jeunesse de cette équipe ? Ils ont acquis une notoriété rapide ?
Laurent Blanc : Si Didier leur a fait confiance c’est qu’Ils le méritaient. Tout va plus vite maintenant dans un sens comme dans l’autre. Certains ont une belle expérience et je crois que c’est dans leur intérêt de démontrer leur talent. Ils peuvent aussi se brûer les ailes.
J.-M.D : Vous n’êtes pas au Mondial ?
Laurent Blanc : Non. J’irai seulement aux phases finales et probablement seulement aux quarts’ aux demis et â la finale qui se roulent dans deux belles villes : Moscou et Saint-Pétersbourg. Je n’aime pas trop les grands foules.
J.-M.D. : Presque tous les anciens de 98 sont consultants ? Pas vous ?
Laurent Blanc : C’est vrai mais ça ne me tente pas. Commentateur c.est un métier à part entière et difficile. Consultant ce n’est pas un métier… Et parfois on est conduit à dire du mal des autres sans avoir démontré le moindre talent dans le domaine dont on parle.
J.-M. D. : Vous parlez des entraîneurs maltraités ?
Laurent Blanc : C’est boulot de plus en plus difficile car nous sommes dans une société du jetable et si on ne le sait pas en entrant dans cette carrière c’est inutile de signer dans un club. Les enjeux dépassent celle de l’avenir d’un homme. J’ai connu d’ailleurs des entraîneurs gitans qui ne vivaient que des des chambres d’´hôtel sans jamais s’installer quelque part dans la durée. Roland Courbis en est un et Raymond Goethals en fut un autre. Certains sont intuitifs et d’autres ont un science du football’. Nul ne peut préjuger de celui qui réussira. Personne n’aura plus jamais la longévité de Wenger à Arsenal. Regardez Bielsa : sa connaissance du football est immense. Il est habité par son métier et ne laisse rien au hasard… Et pourtant ? La dimension humaine de la fonction devient prépondérante. Demain un entraîneur laissera ses adjoints faire les entraînements et passera son temps à faire des relations humaines. Rien d’autre.
J.-M.D. : Qu’est ce qui est le plus difficile : entraîneur de club ou sélectionneur ?
Laurent Blanc : c’est très différent. Dans un club la pression vient seulement des supporters alors qu’à la tête d’une sélection c’est tout un peuple qui est concerné et qui vous juge et vous surveille. Dans un club vous devez faire progresser chaque jour vos joueurs pour on teneur chaque saison des résultats alors qu’en équipe nationale vous avez une grande compétition tous les deux ans et vous ne voyez les joueurs que quelques semaines dans une année. Vous les prenez tels qu’ils sont et vous devez vous adapter pour en faire un équipe compétitive.
J.-M.D. : A ce propos que pensez-vous de l’entraîneur Zinedine ZIdane ?
Laurent Blanc : Ce que Zizou a réalisé. est fabuleux. Avoir le courage de débuter dans une carrière d’entraîneur au Real c’était extrêmement courageux car la pression y est maximum ; parvenir aux résultats qu’il a obtenus c’est encore exceptionnel. Il a bien agit en décidant d’arrêter au sommet. Il peut faire ce qu’il veut, quand il veut, où il veut et comme il veut . Il peut même aller sur la Lune s’il en a envie! Il est devenu vraiment un ssacré bonhomme.
J.-M. D. : Et vous ?
Laurent Blanc (sourire): J’habite à  Bordeaux qui est une belle ville où j’ai connu des joies sportives et où je suis heureux…en famille. C’est tout ! » Il se lève. Le train est annoncé. Nous croisons mon collègue et ami Alain Marois qui part lui-aussi pour Paris. Brève présentation. Il y a foule sur le quai 1 de la gare Saint jean où arrive deux rames surélevées . Personne ne fait attention à Laurent Blanc. Voiture 12 : lui s’installe en bas moi en haut. Ma journée sera ensoleillée et imprévue par ce hasard des bistrots de gare et grâce, pour une fois au retard de la SNCF !

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