En utilisant spontanément ou sciemment un mot plutôt qu’un autre toute personne publique définit sa personnalité ou parfois même ses intentions cachées. C’est donc intéressant de vérifier si l’énonciation d’un substantif ou un qualificatif tient du hasard ou de la volonté ! Lors d’une « générale » d’un discours devant évoquer les prestations sociales, le garant des valeurs républicaines qui fondent le vivre ensemble, a fait référence par exemple dans un monologue supposé impromptu au « pognon ». S’il s’agit d’un moment de relâchement qui a entraîné la sortie inopiné de ce mot il est intéressant de le noter car il traduit forcément la base du quinquennat en cours. Le « pognon » devient alors un signal devant interpeller sur le sens que l’on donne aux réformes en cours et à venir. Même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’une révélation, il est certain que toute une politique est contenue dans ce synonyme pas tout à fait innocent de « l’argent ».La synthèse pourrait même être remarquable puisque pas une seule mesure n’a pas une arrière-pensée comptable.
Les dictionnaires et les linguistes indiquent que la racine de pognon se retrouve dans « pogner » ayant comme sens original « prendre dans la pogne » ou de manière plus actuelle « prendre en main ». En fait c’est bien ce qui est en train de se passer pour l’ensemble du pays qui passe de lentement mais inexorablement dans le monde du « pognon », celui de l’argent qui circule, celui de l’argent abondant pour les uns, celui de l’argent référence à toute réussite sociale. Désormais c’est une règle établie, en France, « on fait danser le pognon » chez les privilégiés et on « fait rentrer le pognon » des classes moyennes  en espérant empêcher les « plus modestes de « toucher du pognon »… tout tourne d’une manière ou d’un autre autour de ce mot qui reste tout de même plus populaire et compréhensible que celui de « dividendes » ou de « rentes » !
En fait il existe une autre explication donnée sur l’origine de cette nouvelle définition de l’action portée par un défenseur inconditionnel de la financiarisation de l’action publique. Elle fait justement référence au « grand capital » puisqu’il s’agirait d’une étymologie populaire, non attestée, attribuant d’ailleurs l’origine au nom commun à Henri Pognon  (attesté à partir de 1840) qui n’était autre que le chef comptable des usines du Creusot appartenant au groupe familial Schneider. C’est ce qui a probablement conduit Céline à faire définir le rêve de vie réussie de l’un de ses personnages (1) : « Une idée de merdeux qui me traverse d’aller crâner avec le flouze… d’y dire qu’on était plein de pognon! ». Le problème c’est que souvent le « plein de pognon » ne l’est pas forcément avec un salaire, une retraite ou une prestation sociale. Une vision que Céline confirme dans un autre livre (2) avec ce principe parfaitement adaptable au présent de certain(e)s: « Avoir du pognon plein les poches. Il n’y a qu’une liberté, que je te dis moi, rien qu’une: c’est de voir clair d’abord, et puis ensuite d’avoir du pognon plein les poches, le reste c’est du mou! » . En est-on si éloigné que ça ?
Que ce soit le subconscient qui ait parlé ou qu’il s’agisse d’un énième coup de com’ populiste pour se rallier la clientèle d’une extrême droite de la droite extrême propageant une haine de « l’assistanat » l’utilisation de ce mot devient l marque de ce quinquennat. La « fraternité » a été coulée en Méditerranée au nom du « pognon » que coûte les migrants ; la « liberté » se restreindra avec la réforme parlementaire à venir faite au nom du pognon que coûte la représentation démocratique ; « l’égalité » disparaît avec justement une privatisation accentuée de l’accès à tous les services qui furent publics… Il faut donc maintenant se persuader que le triptyque républicain devient sous Macron : « privatisation, communication, pognon » autant de mots références auxquels il faudra bien s’habituer puisque comme le veut une réplique de Audiard dans Le Pacha :  » quand on parle pognon à partir d’une certain chiffre tout le monde écoute » !

(1) Mort à crédit… en 1938
(2) Voyage 1932

2 Réponses

  1. Alain. E

    Ouf, je suis rassuré , j’ ai eu peur que notre président et sa famille ne puissent pas profiter des joies de la baignade cet été , et j’ apprends que la fameuse piscine hors sol, comme ce gouvernement du reste , au modeste coût de 32000 euros , va pouvoir trouver sa place au fort de brégançon .
    Grace à ma contribution de plus de 600 euros annuelle de csg , de ma taxe d’ habitation qui va rester , des hausses de taxe foncière, des hausses du gaz , des diminutions d’ apl et autres augmentations diverses , je suis certain d’ un appauvrissement financier de cette fameuse classe moyenne , il ne me reste plus qu’ à essayer de m’ enrichir intellectuellement , parce-que tout ce pognon quand même.
    il faut espérer que la fameuse piscine aura une fuite et que grâce à la fumeuse théorie du ruissellement des riches , des gouttes d’ eau irrigueront la petite sueur des pauvres .
    Et ne faisons pas tout un plat de la commande de l’ Elysée de 1200 pièces de vaisselle à la manufacture de sèvres , cela ne coûte que 500 000 euros de pognon apparemment .
    Cordialement .

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  2. LAVIGNE Maria

    Jupiter en son royaume est très préoccupé par son bien être, ses vacances, peu importe le coût, tout cela payé par les plus démunis puisque les puissants ont été servis en premier. Les pauvres, ceux à qui ils ont fait les poches, ne partiront pas, ne pourront pas offrir à leur progéniture le dépaysement nécessaire à leur culture, encore heureux qu’ils puissent manger à leur faim mais pour cela il y a l’aide précieuse du Secours Populaire qui, organise une journée à la mer pour ceux qui ne la connaissent que dans les livres ou à la télévision. Il est vrai que cela coûte un pognon de dingue récolté par des bénévoles, des donateurs anonymes et solidaires. Merci à eux car s’il fallait compter sur le locataire de l’Elysée, les « rien » pourraient attendre longtemps. Misère de misère, où va ce monde ?

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