La semaine qui s’ouvre est celle de toutes les incertitudes pour les collégien(ne)s de troisième et les lycéen(en)s de terminale qui ont à la fois les résultats du BEPC et du Bac mais aussi les décisions relatives à leur orientation. Et sur ce second point beaucoup vivent dans un contexte particulièrement inquiétant du fait d’un système qui n’offre plus aucune garantie de fiabilité. La fameuse égalité d’accès aux étapes suivantes de la scolarité (lycée pour les uns et université pour les autres) n’est plus respectée. C’est devenu même une aberration dans la mesure où il faut avoir une science particulière de l’utilisation des procédures pour espérer contourner les principes qui ont été édictés par la République.
Dans le cas du passage en seconde la règle reste celle du lycée de secteur réputé pouvoir répondre à la volonté de progresser des jeunes d’un territoire. C’est théorique puisque selon les appréciations portées sur l’établissement (rumeurs, fausses évaluations de résultats, état des locaux, difficultés de mobilité…) les parents connaissant les faiblesses du filtre tentent de contourner les contraintes légales. Ils y parviennent au prix de choix totalement surréalistes offerts par le principe des « options ». c’est ainsi que des enfants ont brutalement un goût immodéré pour l’hébreu, le grec ancien, l’arabe, le russe, le chinois, le coréen,e le breton, l’occitan, le basque ou l’alsacien…et bien d’autres spécialités ! Avec de bonnes notes (leur niveau varient grandement d’un collège à l’autre) et un choix d’option qui sera abandonnée ou négligée en première, il est toujours possible d’accéder au lycée de son choix. Pour les autres il n’y aura pas d’échappatoire possible !
Désormais obtenir le Brevet ne constitue pas un objectif car c’est l’orientation qui compte. Cette situation fait la fortune des lycées privés qui, eux, ne sont pas soumis à la moindre contrainte d’inscription et qui croulent donc sous les demandes. Ils peuvent sélectionner sur dossier avant de constituer des classes ne répondant que très peu aux enjeux de la mixité sociale. Cette semaine on va recruter en masse dans l’enseignement qui n’est lié par aucune contrainte particulière imposée par le contrat le liant avec l’État que celle des moyens financiers dont dispose les familles.
Quand on en arrive au baccalauréat les dispositifs sont devenus encore plus sophistiqués avec le fameux Parcoursup. Le privé profite du désarroi des 20 % d’étudiants potentiels n’ayant aucune réponse car il leur faut absolument prévoir un point de chute correspondant autant que possible à leur choix. Avec l’ancien système APB qui ne donnait certes pas satisfaction les lycéen(ne)s avaient des réponses plus vite. Depuis la fin des épreuves du Bac les centres d’orientation reçoivent énormément d’appels de parents qui affirment qu’ils envisagent d’aller dans le privé.
L’inquiétude est grande et dans un article du Nouvel Obs une conseillère avoue : « Nous passons beaucoup de temps au téléphone à parler de Parcoursup, à rassurer les familles. Nous disons : ‘Pas de panique, ne vous précipitez pas dans le privé’. Il faut que l’on préserve notre système éducatif. » C’est un constat inquiétant que personne n’évoque puisque tout évocation de les avantages consentis au système privé éducatif relèverait d’une « volonté de rallumer une guerre scolaire dépassée ». En fait la privatisation rampante de l’éducation est en… marche. On prévoit une fuite encore accrue du public liée simplement à une pseudo orientation réputée républicaine alors qu’elle est devenue élitiste et biaisée.
En fait l’école au sens large de ce terme a trois fonctions : celles de production (transmission des savoirs), de sélection (tris, classements, choix de filières) et d’intégration selon Dubet. La sélection et la menace de l’échec pèsent sur l’ensemble du parcours scolaire. Boutinet affirme pour sa part que « plus d’un élève sur deux a des chances d’échouer à un moment donné ou de se sentir orienté vers une filière qu’il n’a pas vraiment choisie. La sélection domine donc l’expérience scolaire » Dans la logique du projet, pour l’institution scolaire, ce sont les capacités, les possibilités, la réussite scolaire mais plus du tout la réussite sociale.
Le processus d’orientation semble donc aller à reculons et procéderait davantage par exclusions successives d’éventualités que l’on peut saisir au fil des études qui si elles sont réussies alors qu’elles s’enfuient progressivement pour les autres.
Il est certain que la sélection par les échecs (échecs dans la logique scolaire actuelle et dans l’accès aux filières) se renforce dans notre pays se voulant égalitaire pour les chances d’intégration sociale offertes à ses jeunes. Une illusion absolue que celle d’orientations librement chosies puisque le niveau culturel et économique des familles pèse de plus en plus sur les réussites creusant ainsi des différences sociales ultérieurement dramatiques.

2 Réponses

  1. CRR

    inégalité bien ancienne …l’état se désengage…le privé explose…et l’état le subventionne..Les CIO ( Centre d’Information et d’Orientation ) vont disparaître…dans la plus grande indifférence..Les COP ( conseillére d’Orientation Psychologue ) Sont trop peu nombreuses pour être entendues…les éléves en difficulté n’auront personne pour les prendre en charge..

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