Le thème du festival Les Reclusiennes à saint-Foy la Grande, soutenu par le conseil départemental est lancé sur le thème « l’argent content » avec conférences, débats, films, expositions Les réclusiennes Voici le discours que j’ai prononcé lors de l’inauguration.

« C’est avec un plaisir sincère que je participe ce soir au nom du conseil départemental de la Gironde à ce moment de lancement du festival « Les Reclusiennes ». D’abord parce que j’ai le privilège de suppléer Christelle Guionnie ma collègue conseillère départementale de votre canton qui, vous le savez, a mis en œuvre son engagement en faveur du partage entre les peuples et pour donner sa vraie dimension à une Europe des échanges humains grâce au jumelage.
Ensuite parce que ma présence me permet de vous assurer du soutien de notre collectivité territoriale non seulement pour ce festival mais plus largement dans toutes les actions que vous menez pour renforcer la citoyenneté dans une cité historiquement attachée à cette valeur fondatrice de l’égalité, de la liberté et de la fraternité.
Jean-luc Gleyze, Président du conseil départemental de la Gironde, m’a chargé de vous transmettre son estime et son attachement à vos initiatives qui correspondent totalement aux compétences essentielles qui sont les nôtre : la solidarité territoriale mais aussi la solidarité humaine.
Vous savez qu’il ne s’agit pas d’une figure de style, puisque Jean-Luc Gleyze est devenu en France le porteur de l’idée novatrice mais absolument essentielle d’un nouveau rapport avec l’argent, celle du revenu de base ! Il témoigne comme notre majorité départementale d’un attachement indéfectible à la lutte de manière durable contre la précarité financière individuelle et plus encore d’une volonté de défendre le principe de l’argent facteur d’inclusion sociale. Je serai étonné que ce nouveau rapport entre l’argent le place de l’individu dans une vie sociale décente ne soit pas évoqué au cours de vos débats.
Enfin pourquoi ne pas ajouter que je suis personnellement fier d’être parmi vous ce soir dans cette ville bastide de Sainte Foy la Grande, qui comme toutes les villes neuves du Moyen-Âge a été le socle d’un rapport précurseur à la gestion égalitaire de l’espace, au partage des responsabilités politiques et à un accueil de populations nouvelles ouvertes sur les échanges. En fait les bastides dont j’ai modestement tenté pendant trois décennies de promouvoir l’identité, furent le carrefour sur des territoires soigneusement choisis de deux entités complémentaires qui, désormais sont devenues antinomiques : la consommation et la citoyenneté. « On veut gagner de l’argent pour vivre heureux. Tout l’effort et le meilleur d’une vie se concentrent pour le gain de cet argent. Alors le bonheur est oublié, et le moyen est pris pour la fin » Albert Camus a mis en garde contre cette perversion d’un système social obnubilé par l’appât du gain !
À travers cette exposition consacrée à l’argent dans le pays foyen, on retrouve d’ailleurs cette dualité que le capitalisme financier a totalement transformé voire détruit. C’est une réalité du siècle écoulé avec une montée inexorable du culte d’une croissance réputée salvatrice reposant sur une surconsommation outrancière nécessitant de l’argent concret (revenus et salaires) ou virtuel (endettement via le crédit). Dans absolument tous les domaines de la vie sociale, le poids de l’argent a écrasé toutes les autres valeurs.
Bien des politiques ont capitulé devant des ukases financiers destructeurs des principes fondateurs de la démocratie naissante de la Révolution, de ceux aboutis mais écrasés de l’argent de la Commune de Paris et surtout par un Conseil National de la Résistance dont on a oublié toutes les préconisations essentielles.
Notre société est inexorablement inféodée aux forces du « pognon » comme s’est permis de le dire notre Président de la République. Quand on prône solidarité, fraternité, égalité les réponses faites actuellement chaque jour sont privatisation, exclusion, restriction. La confusion entre le monde de l’argent ou plus largement de la finance constitue depuis plusieurs années le danger essentiel des pays réputés démocratiques.
Les milliardaires capables d’assurer des campagnes électorales démesurées avec la puissance que leur donne directement ou indirectement la possession des médias, accèdent aux plus hautes charges des États. On nous vend des produits politiques dans des scrutins devenus des supermarchés où les têtes de gondole doivent plaire aux consommatrices ou aux consommateurs soumis à la pression de la propagande ou de formes subtiles de publicité.
Saccage de la planète au nom de la rentabilité de grandes firmes devant des comptes en banques florissants à leurs actionnaires, altération de la santé par les effets nocifs d’une mauvaise alimentation ou l’impossibilité pécuniaire de se soigner, inégalité d’accès à l’éducation par les choix budgétaires effectués au détriment du service public, pression sur le monde du travail pour le précariser et le cliver : les sujets de débats ne manqueront pas durant les trois jours qui viennent. Les thèmes vous invitent à devenir des citoyens, c’est à dire des femmes et des hommes qui doutent, qui réfléchissent, qui dérangent et qui finissent par résister uniquement par leur capacité à penser par eux-mêmes.
Elisée Reclus vous a tracé le chemin : « jamais ceux qui pensent ne doivent oublier que les ennemis de la pensée sont en même temps par la force des choses, par la logique de la situation, les ennemis de toute liberté ». L’esclavage n’est pas que physique il est aussi psychique ! En sommes-nous exempts les uns et les autres. J’en doute car c’est un combat de chaque jour.
J’assume au conseil départemental depuis maintenant 8 ans la charge de vice-président aux finances. À ce titre il me faut être bon « gestionnaire » c’est à dire capable d’afficher des ratios, des bilans, des résultats démontrant que l’argent public dont j’ai la charge est aussi bien utilisé que possible. C’est le leurre effroyable et permanent de la gestion ramenée à la comptabilité et de la politique ramenée aux mécanismes financiers. J’en ai pleinement conscience puisque l’électrice et l’électeur ne se préoccupent pas de la justification éthique de l’utilisation des fonds mais simplement du montant des contributions qu’ils donnent pour les réponses aux besoins collectifs.
En fait derrière chaque chiffre il faut être capable de mettre de l’humain et donc de fabriquer du mieux vivre ensemble. C’est un défi pour le département quand on limite, comme c’est le cas avec le gouvernement actuel, arbitrairement la croissance de ses dépenses destinées à répondre à l’éducation, au sport, à la culture, à la dépendance, au handicap, à l’exclusion sociale, l’inégalité territoriale à 1,2 % ! Encore une fois c’est révélateur de l’effacement de la politique devant des ukases financiers technocratiques ! Il n’y a aucune justification à un acte budgétaire qui ne soit pas dans l’intérêt général ou porteur de solidarité humaine ou territoriale. Tous les sujets abordés me passionneraient et je ne doute pas qu’ils vous passionneront.
Merci aux organisatrices et aux organisateurs du festival « Les Réclusiennes » pour leur dévouement au service de la réflexion sociale. Merci aux intervenantes et aux intervenants qui leur ont fait confiance.
Merci à vous toutes et à vous tous de soutenir par votre présence une initiative populaire et non populiste, utile et pas forcément utilitaire, démocratique et non démagogique, constructive et non destructrice.
Dans la vie on a toujours le choix : suivre ou précéder, agir ou s’enfuir, réfléchir ou admettre, progresser ou se soumettre, contester ou se taire, partager ou s’isoler. Que chaque débat vous permette de trouver votre propre chemin vers d’autres certitudes que celles que l’on veut vous imposer. Le pari des Réclusiennes sera alors réussi. »

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