Au fur et à mesure que tombait la nuit les lettres dorées plaquées sur la façade de l’Hôtel de ville de Créon se sont estompées au regard de plus d’un millier de spectateurs massés sur la place centrale de la ville bastide pour le concert final d’Entre2airs. L’inscription « liberté, égalité, fraternité » brillait pourtant de mille feux sous le soleil couchant alors que des flots de notes plus ou moins endiablées montaient vers un ciel roulant des idées noires que personne ne souhaitait vraiment voir se transformer en larmes. La devise disparut, absente à la vue des travées copieusement garnies d’un salle de concert exceptionnelle constituée des quatre façades de maisons ravies de vibrer un samedi soir sous d’autres bruits que celui des scooters pétaradeurs ou des pneus de bagnoles hurleurs. Elle était alors bien présente au cœur des orchestres du festival Entre2Airs. Mieux elle prenait vie à chaque accord, à chaque mélodie, à chaque phrase, à chaque geste de chefs de la la diversité, à travers des éclats musicaux splendides selon les mélodies proposées pour une soirée de partage préparée de longue date.
Venus de trois continents différents, avec des visions de la musique symphonique différente mais réunis dans un gigantesque scène improvisée proche du sol, les orchestres invités par le Josem, nourrissaient ces valeurs par leur soif d’union dans l’exécution d’une œuvre travaillée avec application durant une semaine. Libres de leurs prestations offertes sur une vingtaine de lieux « ordinaires » transformés en auditoriums improvisés durant toute la semaine précédente ils avaient soigneusement préparé une rencontre commune démontrant l’universalité de leur passion.
Mixés par pupitres avec soin par le « maître » Louis Lavigueur les jeunes Québécois et Espagnols ouvrirent le menu copieux avec l’ouverture d’une « fête académique » de Johannés Brahms. L’interprétation fut à l’image de ce titre démontrant une précision, un quasi professionnalisme d’instrumentistes aguerris et surtout privilégiant la nuance, la précision, la cohésion à l’enthousiasme débridé. Les regards étaient concentrés, les visages fermés, la concentration au maximum car pour eux l’enjeu essentiel consistait à transformer des heures et des heures de travail en un ouvrage aussi parfait que possible. Un sourire et un vrai soupir de soulagement traduisirent au moment des applaudissements mérités le soulagement collectif d’avoir rempli une mission fixée un « chef » exigeant et expérimentée.
Ils offrirent ensuite à Angela Llioska, cheffe macédonienne, une interprétation très fine, très douce, très tendre de « Kol Nidrei » Opus 47 de Max Bruch. Une vraie touche de tendresse et d’humanité au moment où le soleil disparaissait derrière le fond de scène, envahit cette « Aréna » éphémère ouverte sur les nues grisonnantes. Elle connut une violente et puissante « Résurrection » de Gustav Malher quand l’orchestre fut confié à Ernst Van Marschall. En trois pièces ces musiciens affirmés avaient balayé avec une maturité musicale époustouflante des œuvres classiques différentes qui nécessitaient un véritable technicité collective.
Le Festival Entre2Airs renouvelaient sa mixité des genres en évoluant au fil du concert de la qualité d’exécution vers la libération des énergies musicales, de la cohésion vers la fraternité joyeuse, de la volonté égalitaire des rôles à la mise en avant du savoir-faire individuel. Des solistes occupèrent le devant de la scène et lentement le programme évolua vers des tendances beaucoup moins austères. La « Danzon n°2 » colorée du Mexicain Arturo Marquez confiée à la direction du roumain Bogdan Voda de la Symphonie dite du « Nouveau Monde » dirigée par le Brésilen Marco Antonio Silva ou la flamboyante « Danse bacchanale » de Camille Saint Saëns dirigée par l’élégant maître catalan permirent à un nouvel orchestre composé de Roumains, de Brésiliens, d’Allemands, et de Français d’ouvrir la porte à l’enthousiasme propre aux rendez-vous fixés par le Josem.
Une pause fine et populaire proposée par le chœur roumain mit le feu à la place de la Prévôté grâce à « shosholoza » chant africain festif. Quand arrivèrent l’incontournable Mozart Viera da Silva et son complice Nicolas Lascombes la soirée s’envola vers une joie communicative aux sons du « Tico-tico no fuha ». Du plaisir, rien que du plaisir qui envahit les 260 musiciens regroupés dans un ensemble égalitaire, libre et vraiment fraternel lors du bouquet final spécialement composé par l’ami belge des josémiens Bart Picqueur. La joie de vivre envahit la place de la Prévôté.
Le partage était partout sur »scène », dan les travées du public et surtout dans les cœurs de centaines de jeunes ou de moins jeunes qui d’une manière ou une autre avaient contribué à la construction de ce festival citoyen à plus d’un titre. Des regards mouillés, des larmes sur quelques visages, une sincère émotion étaient perceptibles car tous les efforts consentis pour offrir un bain de culture à tout un territoire sans obstacle d’accessibilité financière, sans budget démesuré, sans transplantations artificielles, sans vedettes autres que la fraternité, la diversité, l’amitié, la simplicité, arrivaient à leur terme. Leur seule récompense : le bonheur d’avoir mis en pratique par leurs actes, des valeurs que bien des « grands » de ce monde ne cessent de bafouer et que de plus en plus de consommateurs de la vie collective ignorent totalement.

3 Réponses

  1. G.T.

    à lire J M D cette soirée cette soirée a du être belle et enthousiasmante. Dommage qu’étant bien trop loin je n’ai pu en profiter. G.T.

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  2. J.J.

    Ça a du être une bien émouvante soirée.
    A défaut de l’harmonie des sphères pythagoricienne, le compte rendu que tu as rédigé de cette belle prestation console les « bleus à l’âme » que nous infligent l’actualité et la lamentable pantomime que nous jouent les princes de pacotille, qui sont censés nous gouverner.
    J’ai mal à ma République.

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