Les décisions « trumpistes » vis à vis de l’Iran constitue probablement les plus lourdes menaces depuis longtemps sur l’équilibre géopolitique au Moyen-Orient. Elles interviennent en effet dans un contexte très tendu pouvant entraîner une forte modification du régime en place avec un durcissement un peu désespéré de ses prises de position. Le peuple ne supporte plus les privations et les humiliations d’autant qu’il a entrevu durant quelques mois des améliorations possibles de son sort. Un nouveau paramètre vient accentuer une forme de haine à l’égard des voisins plus ou moins lointains de Téhéran : les émeutes liée à une forte pénurie du pays en eau qui commence à préoccuper sérieusement les dirigeants de la République islamique. Cette inquiétude relative à une crise majeure est aussi partagée par un coordinateur de l’ONU résidant en Iran, qui a récemment déclaré que « le problème de pénurie d’eau est le plus important défi de sécurité humaine dans l’Iran d’aujourd’hui ». Plus de 500 villes du pays sont en effet en situation de crise grave qui ne cesse de croître, liée à la sécheresse qui frappe la région. La contestation populaire dû aux restrictions sévères se traduit de plus en plus par une défiance totale à l’égard du pouvoir avec la population.
L’Iran se trouve dans une région plus ou moins aride selon les années du Moyen-Orient où la moyenne annuelle des précipitations est de 250 mm, dont 179 mm, c’est-à-dire qu’un peu plus de 71%, s’évaporent. Sous l’effet de la chaleur. Ce phénomène s’accentue depuis déjà une décennie puisque la moyenne annuelle de l’évaporation concernant toutes les eaux du pays est d’environ… 2 000 mm. La pluie et la neige restent donc les deux principales sources d’eau : 70% est assuré par la pluie et 30% par la neige. On estime que la quantité d’eau produite chaque année par les précipitations est d’environ 417 milliards de m3, dont 299 milliards m3 (environ 72%) s’évaporent alors que le reste (118 milliards de m3) demeurent à la surface de la terre. Avec les changements climatiques, on est désormais certain que la quantité d’eau dont le pays dispose en 2018 et qui est très faible n’augmentera pas dans les années qui viennent alors que la croissance démographique et l’urbanisation accélérée, allant de pair avec le développement industriel et agricole, en nécessitent davantage. Les grandes villes dont Ispahan sont assoiffées.
L’étau se resserre autour du gouvernement. Pour éviter le rationnement, il a demandé aux populations des villes de réduire leur consommation. Eshagh Jahanguiri, le premier vice-président, les a averties : « Il y aura d’abord des coupures d’eau et, ensuite, des amendes pour les gros consommateurs ». Plus de 500 villes du pays sont en situation de crise que les autorités attribuent à la sécheresse qui frappe la région. Le risque est grand. Le mécontentement populaire dû aux restrictions sévères peut se traduire en divorce fatal du pouvoir avec la population. Certains responsables pensent même que la pénurie d’eau devient petit à petit une préoccupation majeure pour ne pas dire une menace pour la sécurité du régime. Il faut alors trouver des explication irrationnelles mais aussi fort plausibles qui tournent autour d’une guerre météorologique en cours. C’est certainement la menace de demain : priver par des barrages réservoir en amont des grands fleuves ou déclencher des pluies avant leur arrivée au-dessus d’un territoire. Les deux solutions visent à rendre la vie impossible sur des zones ou des peuples finissent par crever de soif ou de faim !
Un général iranien vient d’expliquer que la sécheresse était volontairement renforcée par des « vols de nuages » (sic). Aussi farfelu que paraisse cette stratégie elle est bel et bien réaliste. Il affirme qu’
« Israël et un autre pays de la région ont des équipes conjointes qui travaillent à faire en sorte que les nuages qui entrent dans le ciel iranien soient incapables de déverser la pluie. En plus de cela, nous faisons face à un phénomène de vols de nuages et de neige ». Ce n’est que la vulgarisation de pratiques visant à non pas « voler » au sens propre des nuages mais à influer sur les précipitations et les Iraniens accusent Israël de ces pratiques consistant à précipiter la chute de pluie avant le territoire ennemi !
On sait en effet comment déclencher la pluie ou la retenir, limiter la grêle et encourager la neige aux États-Unis, en Australie, en Nouvelle-Zélande…et même en France (1) par la technique de l’ensemencement des nuages qui peut augmenter les précipitations jusqu’à 35 %. Une cinquantaine de pays pratiquent l’ensemencement à des degrés divers, l’entité la plus investie sans doute en la matière étant les Émirats Arabes Unis qui financent à coups de pétrodollars la recherche dans ce secteur, afin notamment de mieux anticiper les situations de sécheresse sur leur territoire. D’ici 2050, pas moins de 140 millions de personnes pourraient migrer en raison des effets du changement climatique, dont l’un des principaux effet est la pénurie d’eau, prévenait la Banque mondiale en mars dernier. Mais ne riez pas trop ce sera en France dans une décennie au plus !

(1) L’anelfa en France utilise l’ensemencement au iodure d’argent pour tenter d’enrayer les précipitations de grêle.