L’homme est atteint depuis quelques décennies de la vitesse mania puisqu’il cherche par tous les moyens à diminuer les distances, les relations en tous genres, les éléments quotidiens de sa vie en utilisant tous les moyens techniques de réduction du temps. Les lignes ferroviaires à grande vitesse, les aéroports sans cesse plus fréquentés, les autoroutes élargies, les transaction quasiment instantanées via le numérique, l’automatisation exponentielle des travaux manuels, le dialogue entre individus : plus une seconde n’est à perdre afin de démontrer la capacité humaine à dominer la durée de tout et de… rien !
Chaque jour des milliards sont ainsi investis ou dépensés afin d’aller plus loin, plus vite sans que l’on puisse enrayer ce phénomène. Le paradoxe extraordinaire réside dans le surcoût financier de cette appropriation libre exceptionnelle de la vitesse alors que dans son quotidien il doit aussi payer s’il enfreint les normes de la…. lenteur imposée. Désormais le droit à aller vite est en effet devenu payant et donc rentable pour ceux qui le mette en place. C’est certes valable dans les airs, sur les rails, sur la route mais aussi dans absolument tous les secteurs de la vie courante. Chercher à gagner du temps c’est enrichir celui qui vous le propose. Un exemple ? Pour aller plus rapidement à la caisse du supermarché vous réglez avec une carte bancaire qui vous est facturée annuellement pour son usage ! Pour franchir encore plus vite un péage d’autoroute vous prenez un abonnement de télépéage qui est recommandé car payant ! Si vous achetez via internet et que vous voulez des délais de livraison réduits vous êtes contraint(e)s de souscrire un contrat spécial… et si vous voulez rouler plus vite avec votre automobile il vous faut emprunter les autoroutes dont les tarifs ne cessent d’augmenter. Plus un seul instant où la « vitesse » n’est pas considérée comme un privilège de liberté individuelle devant générer des profits puisqu’elle vous économise du temps dans des moments inhabituels !
Il n’y a qu’un secteur allant à contre-courant depuis quelques temps, celui de la circulation automobile de proximité où là le fait d’aller vite est sanctionné par rapport à des normes de… lenteur imposées. Quand ailleurs sont annoncés des records sans cesse battus de rapidité, sur la route ce sont des record d’embouteillages ou d’amendes pour excès de vitesse qui sont établis dans le quotidien. L’ennemie désigné est la vitesse très réglementée ! Il arrive même, suprême incongruité, que l’automobiliste paye pour accéder à un lieu réputé plus rapide lui permettant d’économiser du temps et en fait il y reste des heures à effectuer quasiment du surplace… à prix fort. Le nec plus ultra du modernisme se trouverait également dans un Bordeaux-Paris en deux heures quand chaque jour un « Créon-Gare Bordeaux Saint Jean » matinal peut prendre….une heure trente (stationnement compris) pour 22 kilomètres ! Et en plus si sur de rares portions du trajet vous avez le pied étourdi sur l’accélérateur vous bénéficiez d’une sanction impitoyable sous prétexte que vous mettez en danger la vie des autres.
En définitive, comme dans bien des domaines, on assiste impuissants à une forme de privatisation calculée de la vitesse. Le fric permet d’y accéder pour les personnes qui en ont quant aux autres ils sont ponctionnés de manière outrancière s’ils tentent de s’en approprier un léger « morceau ». Un exemple concret permet de bien mesurer cette scandaleuse absurdité. De mon domicile au Conseil départemental en empruntant la Route Départementale 14 puis le pont François Mittterrand et les accès bordelais il n’existe pas moins de 21 tronçons de route à limitation de vitesse différente sur 24 kilomètres ! Il y en a qui vont de 30, à 90 en passant (ou alternant) désormais sur quelques dizaines ou une centaine de mètres par le 50 , le 70 ou le 80…. avec ralentisseurs divers et autres obstacles (une dizaine de feux tricolores). La modération de la vitesse n’a plus aucun sens et la justification de ces séquences utiles aux… radars mobiles deviennent difficile à formuler.
Cet itinéraire est gratuit mais à hauts risques pour les points du permis des habitué(e)s. Bien évidemment c’est dans leur intérêt que des contrôles, aussi dissimulés que possible dans des endroits sans aucun danger objectif, sont organisés. Le dernier accident très grave (2 morts) qui s’est produit sur cet itinéraire est lié par contre à un dépassement dangereux sur une ligne blanche sans visibilité… dans une zone limitée à 70 ! Mais là il n’y a pas de contrôle possible…
Rouler à 55, 65, 75 ou 85 km/h est considéré comme très dangereux selon les portions de route parfois rectiligne, en parfait état, avec un trafic modéré. On peut se poser la question de savoir si un jour on ne finira pas par inventer une vignette payante « à rouler plus vite » pour celles et ceux qui auront des véhicules réputés adaptés ! On en arriverait à l’absurdité que cette automatisation ou cette perversion de la culpabilisation des automobilistes conduit en ce moment à sanctionner les ambulances des sapeurs-pompiers ou les véhicules du SAMU qui n’échappent pas à l’œil impitoyable des radars postés sur la route des urgences… et qu’il faut une personne à temps plein rémunérée pour effectuer les recours d’exemption. Comme quoi il ne faut pas toujours aller plus vite que la loi qui se veut impitoyable avec les délinquant(e)s de la route !