« Si jamais j’étais destitué, je pense que les marchés s’effondreraient et que chacun deviendrait plus pauvre », a assuré Trump dans une interview diffusée par la chaîne Fox News. Cette simple phrase devrait mettre toute la classe politique en émoi ! Il n’y aura cependant pas de réactions de consciences outragées alors que c’est le symbole parfait de la manière dont est actuellement très majoritairement gouverné le monde. Il n’y a que trois situations. La première réside dans le fait que le milieu financier a mis en place grâce à son influence médiatique et son pouvoir de nuisance sur la société des « politiques » issus de ses rangs et qu’il contrôle facilement. C’est ainsi que des partis sont créés de toutes pièces pour garantir un avenir radieux aux profits et que l’on trouve de nombreux technocrates dévoués au système bancaire. Dans de très nombreux pays ces gens là sont au pouvoir et ne se prive pas de combler les désirs de leurs commanditaires. I
Il arrive aussi que le milieu économique n’ait pas besoin de détacher quelques-uns des siens pour lui apporter les éléments dont il a besoin pour prospérer. Il achète simplement des élections en attisant des peurs, en cultivant des illusions ou en combattant des propositions réputées catastrophiques pour les gens souvent les plus faibles. Personne ne songerait à nier que derrière bien des conflits lancés par des dirigeants corrompus sous sous influence se cachent souvent de grossiers enjeux liés aux matière premières ou à des enjeux stratégiques. Il reste une troisième voie très rare (Islande par exemple) dans lequel les citoyen(ne)s ont réussi à dominer l’économique et à se détourner partiellement ou plus profondément de la domination des marchés financiers.
Dans sa déclaration l’agité du bocal américain ne fait que résumer une situation voulant que, depuis maintenant quelques décennies, la « politique » au sens noble de ce terme soit écrasée, éclipsée par la puissance financière. La preuve ? Il avoue de fait que sa seule obsession c’est d’être utile au « marché » puisque sans lui ses amis ferait effondrer un système ressemblant à un château de cartes. Par-delà une annonce cash il faut voir un vrai chantage du genre : «  je peux faire ce que je veux sans aucun respect des règles démocratiques puisque j’ai le pouvoir de plonger les USA et le reste de la planète dans le chaos ». Il menace ouvertement et joue sur les peurs d’une crise violente susceptible de plonger les gens les plus modestes dans des difficultés. Perte de leur travail arraché souvent de haute lutte et dans des conditions de précarité, chute de leurs maigres avoirs, abandon de cet argent faisant l’objectif essentiel de leur vie sociale constituent des arguments porteurs aux États-Unis surtout dans l’électorat hyper-conservateur qui joue à la Bourse.
Cette simple phrase « trumpiste » résume tous les choix effectués dans de multiples régimes réputés démocratiques. Quel sens peut-on donner au fameux suffrage universel quand on sait que partout un électeur(trice) sur deux l’exerce et que justement bien d’autres ne votent que pour éloigner la politique du pouvoir ? Quelle valeur ont les lois pour des femmes et des hommes qui savent que la puissance financière qu’ils s’assurent leur donne une véritable immunité ? Trump obtiendra le soutien de ses fans qui voient dans les multiples provocations qu’ils enchaîne une preuve de son audace salvatrice pour une nation menacée. Il annonce le chaos si on ose lui reprocher des manquements significatifs à la morale ou même aux règles fondatrices du vivre ensemble. Il règne sans partage en multipliant sciemment les annonces simplistes destinées à flatter les certitudes de son électorat.
Est-il le seul à jouer cette carte de la prépondérance des valeurs de « l’économie » devenue raison d’Etat justifiant tous les abus, tous les mépris de l’Humain, toutes les dérives car seule issue pour le bonheur général ? Non certainement pas : le libéralisme débridé n’a plus de contre-feu idéologique puisque tous les paradigmes actuels font qu’il n’y a plus d’alternance possible à cette forme de gestion sociale. Le communisme a échoué, le socialisme a abandonné le terrain des idées, les élites philosophiques ont été discréditées et maintenant la seule réussite possible vient du fric donc indirectement de la dictature des « marchés ».
Trump promet la « pauvreté », menace suprême si on parvient (ce qui est fort improbable) à le destituer au nom de principes qu’il a enfreints mais qui ne sont que des signes d’efficacité au service de tous ! Et le pire c’est que ça marche… partout ! Il paraît même que c’est une constante historique : la peur de la ruine n’affole que ceux qui ont trop peu à préserver mais n’a jamais gêné celles et ceux qui savent qu’ils trouveront toujours le moyen de préserver leur fortune.

2 Réponses

  1. Philippe LABANSAT

    Ben oui. Quelques exemples parmi d’autres :
    qu’est devenu le vote du référendum constitutionnel en 2005 ?
    qu’est devenue l’élection de Siriza en Grèce ?
    « Les marchés vont apprendre aux Italiens à bien voter » déclare le commissaire européen allemand.
    Henri Ford disait qu’il pouvait fournir une Ford T de la couleur qu’on voulait, pourvu qu’elle soit noire.
    Eh bien, aujourd’hui, nous pouvons voter tout ce que nous voulons, au bout du bout, c’est le libéralisme financier qui tient le manche.
    Deux hypothèses pour espérer bifurquer :
    – arracher le manche des mains de ceux qui le monopolisent ;
    – attendre l’effondrement que tout le monde sait imminent…

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