Gérard Veillon a été durant 28 ans un employé municipal exemplaire pour son dévoument permanent, sa fidélité à l’intérêt général et son rôle essentiel dans la vie créonnaise. Voici l’hommage que je lui ai rendu au nom des élus, du monde associatif et de ses ami(e)s. C’est long (je sais) mais c’est mérité et ce sera une manière de lui rendre hommage!

« Il me faut te demander doublement de m’accorder ton pardon. D’abord nous savons toutes et tous ici que, même en ce moment douloureux de cette déchirure profonde que représente notre séparation, tu n’aurais vraiment pas aimé que l’on puisse évoquer ce que tu as été pour nous toutes et nous tous. Nous le savons : tu refusais obstinément les honneurs, tous les honneurs et la moindre évocation positive de ta personnalité te mettait mal à l’aise. Enfant, au sens le plus vrai, du peuple tu considérais que ta place n’était que celle d’un homme ayant parcouru sa vie avec ni plus ni moins de mérites que bien d’autres. En cet instant où nous sommes tous réunis, certains de ta fidélité, de ton amitié, de ta compréhension à mon égard et à notre égard à tous, je peux me permettre de passer outre et exprimer ce que je ressens et que nous ressentons. Pardonne-moi donc par avance cette entorse à ce principe qui était le tien : « je n’ai fait que je devais faire et il est inutile d’en parler ! »
Gérard, j’ai aussi à te demander pardon. Pardon de ne pas avoir su trouver les mots pour te persuader que tu comptais pour nous et que ta place était encore pour longtemps parmi nous. Je m’en veux de ne pas avoir su te convaincre que ta santé nous préoccupait, que nous étions inquiètes ou inquiets de te voir te replier sur toi dans une désespérance qui ne correspondait pas à ce que nous avions partagé dans l’action auprès de toi. Pas si facile que ça ! Je me sens responsable de ne pas avoir su ou pu t’emmener à dépasser ce sentiment d’inutilité sociale inexact qui t’avait envahi surtout après la mort de ton frère. Notre affection, notre amitié, notre force de persuasion, notre envie de te voir rester notre Gérard, discret mais actif, simple mais précieux, bourru mais au cœur d’or, n’ont pas été suffisantes pour panser tes profondes blessures que nous connaissions sans pouvoir parvenir à toujours t’aider à les cicatriser. L’amitié est parfois impuissante face aux douleurs secrètes et au vide sidéral créé par des regrets injustifiés.
Gérard tu as tellement donné aux autres, pour les autres, aux côtés des autres que nous ne pouvons pas te laisser nous quitter sur la pointe de tes grands pieds. Tu nous as tellement apporté qu’il est impossible de nous contenter du silence glacial de ton entrée dans un au-delà où tout disparaît avec le temps. Ce serait trop d’ingratitude.
Roger Caumont avec lequel je partage la même vision du service public, savait en te donnant ta chance dans les services de la Mairie de Créon que la personne comptait davantage que les diplômes, que le dévouement valait tous les examens, que l’autonomie était primordiale, que la débrouillardise intelligente constituait l’or nécessaire à une commune pour faire face aux besoins quotidiens des lieux publics et des habitant(e)s. Gérard tu n’auras jamais en 28 ans de présence, jamais une seule fois, permis de douter du jugement de Roger Caumont et de la confiance qu’il avait mise en toi.
Il n’y avait pas avec toi de permanence sophistiquée, d’organisation rationalisé : tout reposait sur ce lien, sur ce pacte du respect réciproque et de la confiance entre les élus et membres d’une équipe où chacun des « employés » avait dans bien des cas un rôle concret supérieur à celui du maire. Gérard, sept jours sur sept, de nuit comme de jour, dans la tempête de pluie comme sous la canicule, dans l’urgence comme dans la durée, tu as témoigné d’un dévouement à l’intérêt général exceptionnel. Inutile de se parler longtemps. On avait un seul but : servir et aider ! Et on a toujours été solidaires en toutes circonstances Tu étais là en quelques minutes aux coté de Jean Bato, ton complice et ton ami, imprégné de la même reconnaissance à l’égard de ceux qui vous avaient tendu la main en « instituteurs » désireux d’élever socialement des femmes et des hommes méritants qu’ils croisaient.
J’ai passé toute ma vie d’élu local dont près de 20 ans comme maire, à tes cotés et jamais, absolument jamais je t’ai vu rechigner à la tache puisque j’ai eu le privilège que tu m’accompagnes avec Jean et Marie-Claude dans ce mandat dont personne ne mesure la difficulté si on l’exerce dans la méfiance ! Tu avais un principe clair : il n’y a jamais de problème et s’il y en a un on doit toujours trouver une solution ! Elle était parfois cocasse, improvisée, robuste, radicale, provisoire qui dure mais elle existait et ce qui passait pour une catastrophe devenait alors, quelques temps après, un événement provisoirement ou définitivement oublié ! « Gégé » était l’homme miracle, conscient de ses limites mais toujours prêt à agir pour satisfaire aux demandes innombrables qui arrivaient souvent de manière impromptue sur le bureau du Maire.
« Quand j’ai annoncé que je ne repartirai pas pour un autre mandat municipal tu es venu me demander si c’était vrai et tu m’as dit : « puisque tu t’en vas moi-aussi… Je ne travaillerais pas avec quelqu’un d’autre ». Je n’ai pas su quoi te répondre et d’ailleurs tu n’aurais rien écouté de mes arguments. Tu avais décidé et donc tu ne reviendrais pas en arrière. Jamais d’ailleurs tu ne revenais en arrière ! Tu as donc, sans céder, fait valoir tes droits à la maigre pension des agents des services techniques au 31 décembre 2013 pour partir un peu avant moi. Tu n’as voulu aucune cérémonie, aucun cadeau et tu as simplement invité les gens que tu estimais avec franchise à un repas que tu as payé de tes deniers afin de les remercier de ce qu’ils t’avaient disais-tu donné ! Soirée mémorable avec la fameuse 504 qui t’a accompagné durant toute ta carrière comme un fétiche de ton engagement. Ce repas ruisselait de sincérité, de partage amical et de reconnaissance à notre égard. Très quand on sait ce que nous te devions !
Tu vivais Créon, tu respirais Créon, tu aimais profondément Créon. Nous avions fréquenté la même cour de ce collège-école de garçons, toi dans la classe d’un certain Louis Lecollier et moi sous la férule de Camille Gourdon, toi au cours élémentaire ou moyen et moi en troisième ou troisième spéciale. Tu étais déjà un grand échalas joyeux, serviable mais peu concerné par les contraintes scolaires. Très vite tu es d’ailleurs devenu, après le certificat comme on disait alors, homme du bois ! Tu as appris à son contact la rigueur indispensable au travail bien fait, tu as acquis des savoir-faire et une envie de toujours être à la hauteur de ce que l’on te demandait et on n’a jamais renoncé à te demander de réparer, d’inventer, de bâtir pour le compte de la collectivité. Et tu t’en es acquitté avec talent et rapidité. Mais jamais tu n’as revendiqué un statut particulier puisque tu es probablement celui qui a le plus transporté, installé et remballé de tables, le plus monté, démonté, rangé ce fichu podium vieillissant, balayé les rues pour les manifestations publiques ou vidé les poubelles. Gégé était partout, tout le temps et sans rechigner !
Je te revois me disant inquiet le matin au café en souriant : « qu’est-ce que tu as encore inventé ? » ou me tançant : « Ne fais pas comme ça ! C’est une connerie qu’on veut de faire faire… » ou me conseillant : « tu me laisses faire… je m’en occupe ! » et tu me donnais la solution ! Au Pout tu étais aussi investi et présent dans tout ce qui pouvait être action collective. Présent à toutes les manifestations tu avais un amour particulier pour la musique. Les festins des Lutins Géants, les concerts du Jeune orchestre symphonique de l’Entre Deux Mers, les soirées du comité d’animation du centre culturel puis de Larural ont bénéficié de ton soutien bénévole leur permettant de faire face parfois à des situations difficiles. Tu prenais un vrai plaisir à cette osmose entre élus, employés, vie associative qui te permettait un enrichissement personnel. La mort de Jean-Marc t’avait profondément affecté et la fin de la vie trépidante du comité des fêtes aussi ! Il te fallait de l’action, de la vie, du plaisir de construire pour exister et ne pas penser au reste, à ce chagrin secret qui grandissait en toi.
Gégé je suis persuadé que tu as renoncé à vivre. Combien de fois avons-nous discuté de l’évolution d’un monde local dans lequel tu ne te reconnaissais plus ? Ta révolte s’est progressivement transformée en résignation et en fuite. Tu ne venais plus à Créon. Tu ne répondais plus au téléphone. Tu restais insensible à nos invitations, à nos appels comme si tu ne souhaitais plus revenir sur cette période de ta vie où ton seul plaisir réel avait été de donner ton énergie communicative à celles et ceux qui servaient l’intérêt général.
Gérard tu te prétendais un homme ordinaire alors que tu auras été exceptionnel. Tu avais le privilège des gens dont Blanchard définissait ainsi la valeur : « L’esprit modeste qui ne cherche pas à primer se fait bientôt aimer par sa modestie même, qui est une espèce d’hommage secret qu’il rend aux autres ; et comme beaucoup d’esprit ne saurait longtemps se cacher, quand il vient à se faire voir, on finit par l’admirer. II ressemble à une mine riche, qui ne montre d’abord que quelques parcelles d’or assez obscures, jusqu’à ce qu’on la force, en quelque sorte, à découvrir les richesses qu’elle renferme. »« ne pleurez pas de l’avoir perdu mais réjouissez-vous de l’avoir connu »
Adieu Gégé… demain la Piste sous les étoiles ou après-demain la Fête de la Rosière n’auront pas le même éclat car il manquera la chaleur discrète de ton amitié. Nous aurons froid !
Adieu l’ami…

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