On ne sait si la saillie relève de la légende ou de la vérité mais Jean-Pierre Chevènement a résumé la position d’un membre de n’importe quel gouvernement ayant des états d’âme verts, rouges ou bleus :  « Un ministre, ça démissionne ou ça ferme sa gueule ». En fait il situait vraiment le rôle réel de celui (celle) qui occupe en général un bel immeuble dans le quartier parisien proche de l’Élysée ou de l’Assemblée nationale et qui se sent toujours investi(e) d’une mission de réformateur. Peu de détenteurs d’un maroquin ont en effet un rôle politique réel hormis ceux qui occupent le cœur du réacteur qui reste à Bercy. Les autres, ils font de la figuration ou de la communication s’ils possèdent un peu d’argent pour faire l’un ou l’autre mais rarement les deux.
Cerné(e)s par des cabinets s’évertuant à les persuader qu’il (elles) sont uniques et qu’ils doivent marquer de leur empreinte le secteur dont ils ont la charge avec une loi qui rectifie, transforme ou détruit ce que l’occupant antérieur de leur fauteuil du mobilier national a fait, et par des lobbies (les syndicats professionnels de tous ordres en sont) omniprésents ils attendent les arbitrages budgétaires avec impatience. Ils réclament toujours beaucoup mais ils obtiennent beaucoup moins. Surtout en ce moment ! « Le vrai pouvoir d’un ministre ne se juge qu’au montant des crédits dont il dispose » m’expliquait un jour un parlementaire girondin très expérimenté. Il lui faut s’adapter et savoir jongler avec les pourcentages qui doivent nécessairement démontrer que son budget est en progression même s’il est amputé par des coupes cachées par des affectations purement formelles de sommes qui seront récupérées en fin d’exercice. Les vrais spécialistes de l’analyse politique d’un gouvernement expliquent qu’il existe 3 catégories de Ministres : « les ministres du culte », « les ministres de l’action » et « les ministres de l’adaptation ».
Les premier(e)s sont les plus nombreux en général et tentent d’exister sur les plateaux de télévision, devant les micros, dans des rendez-vous montés pour eux ou extrêmement médiatisés en vantant les mérites du Président. Désormais ils (elles) disposent d’une arme nouvelle pour exister : le tweet  et ils (elles) utilisent souvent la petite phrase pouvant leur valoir une notoriété rapide. La base de leur boulot consiste dans le service médiatique après-vente des éléments de langage que leur communique la cellule communication de l’Élysée ou de Matignon selon l’importance du sujet. Selon les périodes ils n’ont pas nécessairement le beau rôle… mais leur pugnacité leur vaut souvent la reconnaissance de celui qu’ils servent.
Le groupe en charge de « l’action » gouvernementale est en nombre limité avec quelques ministères réputés régaliens (Finances, Intérieur, Justice, Éducation, Armées, Affaires sociales) qui disposent d’une certaine autonomie. Ils disposent de collaborateurs puissants et souvent issus du sérail. Ces gens sont plus puissants que les secrétaires d’État ou les Ministres délégué(e)s souvent contraint(e)s de passer dans le bureau du directeur(trice) de cabinet de leur référent pour tenter d’exister sauf s’ils ont un vrai caractère. Ces cadors du gouvernement appartiennent au premier cercle présidentiel et participent aux réunions restreintes de l’Élysée. les autres non ! Ils sont très exposés mais ils le savent et l’acceptent moyennant quoi ils sont bien traités par Bercy. Ils constituent le vrai gouvernement. Eux ont parfois du mal à la fermer et à claquer la porte tant leur pouvoir est réel et essentiel et les comble d’aise. Ils (elles) restent en général en changeant parfois de lieu d’hébergement.
Il faut bien dire que le reste de la troupe n’a pas grande importance. Ces « ministres de l’adaptation » doivent souvent aller quérir l’assentiment du groupe majoritaire de l’Assemblée et rechercher des consensus. Dans leur secteur il n’y a pas de place pour l’initiative. Ils (elles) servent en effet souvent la soupe aux conseiller(e)s de Matignon ou de l’Élysée qui passent pratiquement avant eux dans la hiérarchie gouvernementale. Ils (elles) n’appartiennent pas au sérail politique et éprouvent souvent, s’ils (elles) sont novices, bien du mal à s’imposer dans un monde qu’ils (elles) ne maîtrisent pas. Difficiles pour eux d’exister et de se faire connaître d’une opinion publique avides de vedettes que l’on ne retrouve que dans les catégories précédentes.
Hulot appartenait à la fois aux trois types de Ministères. Doté d’un droit de parole important mais dépourvu de réels moyens d’action et souvent relégués au rôle d’alibi il n’aura jamais trouvé sa place dans un gouvernement. Il a mis du temps à s’en apercevoir mais c’était couru d’avance. Il déclaré sur France Inter : «  Cela va paraître anecdotique, mais pour moi c’était symptomatique et c’est probablement un élément qui a achevé de me convaincre que ça ne fonctionne pas comme ça devrait fonctionner. On avait une réunion sur la chasse avec une réforme qui peut être une réforme importante pour les chasseurs mais surtout pour la biodiversité. Mais j’ai découvert la présence d’un lobbyiste qui n’était pas invité à cette réunion. C’est symptomatique de la présence des lobbys dans les cercles du pouvoir. Et il faut à un moment ou à un autre, poser ce sujet sur la table. Parce que c’est un problème de démocratie. Qui a le pouvoir ? Qui gouverne ? » Pour moi la réponse est simple : pas toujours celles et ceux que l’on croît !

2 Réponses

  1. faconjf

    Bonjour,
    et voici mesdames et messieurs la démonstration du Geppetto qui a enfanté politiquement la créature Macron…
    https://youtu.be/k40RpYZlvkQ

    Et aussi cette déclaration du président de la Commission européenne JC Junker après la victoire de Syriza en Grèce, le 25 janvier 2015. «Dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités. […] Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens».

    Alors les ministres combien de divisions ? Et nous, quel pouvoir démocratique avons nous ?
    Salutations républicaines

    Répondre
  2. faconjf

    Et la vérité dans tout cela ?
    «Je suis prêt à être insulté pour ne pas être suffisamment démocratique, mais je veux être sérieux… Je suis pour le secret, les débats sombres», avait déclaré le président de la Commission européenne en s’exprimant sur la politique monétaire de l’Union européenne en 2011. Il avait expliqué qu’une telle stratégie permettait d’éviter de dangereuses manœuvres sur les marchés financiers. Jean-Claude Juncker avait par ailleurs ajouté qu’il avait souvent menti dans sa carrière afin d’empêcher la propagation de rumeurs qui risquaient d’alimenter la spéculation.

    “Le Diable a deux cornes, l’orgueil et le mensonge.”
    Lanza del Vasto
    Écrivain, militant de la paix, artiste, philosophe, poète

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.