Le réveil est tardif mais néanmoins salutaire. Dans un contexte européen où les dégâts politiques provoqués par une politique ultra-libérale tournée ver le profit et refusant d’envisager un traitement social de son action collective, le Parlement européen vient de se réveiller. Le nationalisme grandissant s’est en effet nourri d’une déception profonde à envers une commission européenne irresponsable à l’égard des citoyen(ne)s. Des textes, des règlements, des condamnations destructrices de toutes les notions égalitaires (services publics, éducation, solidarité, santé, énergie, transports, solidarité) ont finalement fait décrocher dans l’opinion publique le formidable progrès que représentait une Union continentale pacifique. Lentement aux guerres d’antan se sont profilées d’autres conflits économiques et surtout financier qui font d’autres ravages. Face à la détresse provoquée par ces orientations purement inspirées par le faux espoir d’une croissance salvatrice les électrices et les électeurs se tournent vers des leaders qui proposent le repli sur la nation sur des bases proches de celles qui ont provoqué le cataclysme des années antérieures à 1939.
La Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, la Slovénie, l’Autriche et bien d’autres pays sombrent lentement ou violemment dans des idées nauséabondes de moins en moins dissimulées. La démocratie tourne de l’œil et les valeurs originelles de l’UE n’ont plus aucun sens. Le conseil européen gère et détourne le regard depuis de trop longs mois de cette marée brune qui envahit des esprits gavés d’idées toutes faites. Les élu(e)s ont enfin vu la menace mais sans une grande efficacité à court terme.
Le Parlement européen a en effet condamné la « menace systémique » des valeurs de l’Union européenne en Hongrie. Les eurodéputés se sont prononcés en faveur d’une résolution demandant au Conseil européen, l’organe qui regroupe les chefs d’Etats, d’ouvrir une procédure de sanction contre la Hongrie. C’est la première fois que le Parlement européen use de son droit d’initiative pour demander au Conseil de se prononcer sur la situation de l’Etat de droit d’un pays membre.
La résolution, adoptée par 448 voix favorables et 197 contre (48 abstentions), liste les multiples violations de la démocratie et des droits de l’homme constatées depuis l’arrivée au pouvoir du Fidesz, le parti du Premier ministre, Viktor Orban. Ces violations concernent notamment l’indépendance de la justice, de la liberté des médias, de la liberté académique ou du sort fait aux migrants et à ceux qui leur portent assistance.
La dérive hongroise
Cette initiative met un pied dans la porte ouverte aux pires abus.Le problème c’est que cette initiative arrive trop tard car Orban a installé son pouvoir. Maîtrise des médias par des amis fortunés ayant racheté quasiment tous les organes d’opposition ; détournement massif des subventions de l’UE au profit de ses proches : nomination sur des bases d’appartenance politique des cadres de la justice ; la chasse aux migrants est institutionnalisée ; attaques frontales contre les ONG : le Fidesz au pouvoir en Hongrie accélère chaque jour ou presque l’adoption de « réformes » privant les citoyens de droits et de libertés qui, une fois supprimés, seront difficiles à rétablir. Le gouvernement a aussi limité la capacité de contrôle de la cour constitutionnelle sur ses propres actions.
Ces deux dernières années, le gouvernement a adopté une version adaptée de la loi russe relative aux « agents étrangers » qui stigmatise les organisations de défense des droits humains recevant des financements de l’étranger et criminalise les actions légitimes envers les migrants. De récents changements législatifs restreignent aussi le droit de manifester pacifiquement, criminalisent les sans-abris et compromettent l’indépendance de la justice. L’objectif visé est de limiter la capacité des Hongrois à se rassembler pour faire entendre leurs voix et on peut s’interroger si la menace brandie par le Parlement de Strasbourg n’arrive pas trop tard !
Ailleurs aussi
Des dirigeants populistes radicaux défenseurs d’une politique de démantèlement des garanties des droits humains ont récemment rejoint les coalitions au pouvoir en Autriche et en Italie. Le Parti de la liberté (FPÖ) et la Ligue du Nord utilisent leurs positions pour promouvoir des actions de haine et d’intolérance. Ils ont cependant limités par la complexité de leur système politique pour démanteler les institutions. En Pologne, le parti Droit et Justice de Jaroslaw Kaczynski accélère sa purge du système judiciaire, dernier filet de sécurité contre les abus de ceux qui tiennent les rênes du pouvoir, au mépris de la procédure en cours à Bruxelles et au Luxembourg et du mécontentement de ses propres citoyens. Quand on sait que les députés français « Les Républicains » se sont partagés sur le vote dénonçant les décisions de Orban (8 pour, 8 contre, 3 abstentions) on peut avoir de fortes craintes sur les futures alliances politiciennes qui vont fleurir aux scrutins qui se profilent puisque les mêmes pires comportements provoquent les mêmes effets !

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