A 18 mois des élections municipales c’est la débandade au sein des conseils municipaux des toutes petites, des petites ou des communes moyennes. On parle beaucoup de la volonté de nombreux maires de ne pas se représenter lors de cette échéance pourtant importante pour la vie républicaine des territoires. Lentement c’est une érosion continue autour des tables des conseils municipaux. Les élu(e)s de premier rang renoncent en masse avant même la fin de leur mandat local. Les démissions individuelles ou groupées se succèdent ! Il est vrai que depuis le scrutin de 2014 les fonctions électives de base n’ont plus guère d’intérêt puisque lentement les raisons de siéger dans une instance vidée de presque toutes es prérogatives au profit de l’intercommunalité n’existent plus. La réforme de la désignation des conseiller(e)s communautaires fait qu’un véritable coupure s’est produite au sein des instances délibératives communales. Il y a celles et ceux qui suivent les dossiers essentiels portés et les autres qui n’ont plus que les soucis du quotidien et surtout les reporches véhéments d’une population n’ayant pas encore compris une fonctionnement complexe.
Un simple exemple récemment vécu. Une commerçante de Créon découvre une fuite d’eau dans la cave de son immeuble. Elle se situe en amont du compteur. Elle appelle à plusieurs reprises la société exploitante de la distribution, tombe sur une boite automatisée de réponse et une plate-forme anonyme qui lui demande son numéro d’abonnée. Elle ne l’a aps sur elle puisque sa facture est restée à son domicile.
Il faudra donc rappeler, refaire le processus permettant d’accéder au dispositif d’alerte. Elle tombe bien évidemment sur une autre personne à laquelle il faut rappeler les raisons de la communication et les éléments de référence. Rien ne bouge ! Une vague promesse d’intervention.
Il y a quelques années la distribution de l’eau potable (1) était de la responsabilité de la commune qui l’a déléguée à un syndicat intercommunal méconnu qui l’a subdéléguée à un opérateur privé. Au secrétariat de la Mairie où se rend l’abonnée affolée par la montée de l’eau dans sa cave on lui explique que l’on ne peut rien y faire ! Nouvelle relance du service ad-hoc et nouveau parcours du combattant.
En désespoir de cause, une alerte est lancée auprès du premier élu local qui passe… Il appelle le syndicat dont il donnait le responsable administratif pour qu ‘il lui donne le téléphone direct du responsable de l’entreprise devant intervenir. Il le joint et obtient le droit pour celle qui a signalé la fuite de le contacter. C’est fait illico. Discrédit pour l’élu puisque l’intéressé ne répond pas et l’appel est renvoyé vers la plate-forme d’accueil puisque nul ne peut intervenir sans une fiche détaillée envoyée par les « écoutants » de situations d’urgence. On promet une intervention rapide qui finit par arriver 24 heures plus tard ce qui est une exploit puisque d’autres attendent des semaines avant d’obtenir un réparateur. Le syndicat ne sera jamais mis en cause dans les conversations puisqu’il est anonyme, lointain, irresponsable et déconnecté du terrain… Les élu(e)s qui y siègent y passent sept à huit fois dans l’année mais n’ont aucun pouvoir réel si ce n’est celui de programmer des travaux ou et de fixer les tarifs.
Cette rupture avec la proximité dans ce domaine comme dans tant d’autres rend la fonction élective bénévole dérisoire. Elle est en décalage complet avec une exigence de rapidité dans toutes les réponses que doit apporter à l’individu les représentant(e)s de la « puissance » publique. Il en va de même dans absolument tous les secteurs de la vie des communes à taille humaine. L’élu(e) devient la cible idéale de l’exaspération personnelle de toutes les frustrations, de tous les manques sociaux, de toutes les rumeurs, de toutes les insuffisances d’un Etat défaillant. Rares sont les volontaires pour aller se faire tailler en pièces dans un conseil d’école. Inconscient(e)s sont les malheureux(ses) qui tentent de réviser un Plan Local d’Urbanisme sans se mettre à dos les propriétaires vendeur(se)s ou les gens récemment installés. Ces derniers ne veulent surtout pas de voisin(e)s alors qu’ils réclamaient à corps et à cris des terrains constructibles… quelques années auparavant. Tenaces sont les conseiller(e)s qui font les assemblées générales associatives où on leur réclame des crédits pour compenser le désengagement de l’État alors qu’ils sont contraints par ce même État de ne pas augmenter leurs dépenses. Pas grand monde va sur le terrain au contact sans essuyer une salve de remontrances grossières ou déconnectées de la réalité.
La démocratie représentative de proximité s’effondre inexorablement et justifiera ainsi une disparition des cellules souches de la république qu’ont été depuis plus de deux siècles les communes. On n reparle en mars 2020…