Lorsque l’on évoque le fameux mille-feuille territorial français une particularité conduit depuis des années, avec plus ou moins d’instance, à expliquer que la strate qui doit disparaître est celle du… département. Un mythe circule parallèlement qui conduit à inévitablement affirmer que cette disparition permettrait d’économiser des sommes folles dans le fonctionnement de la République française. Comme la ritournelle est reprise sans cesse par divers maîtres chanteurs politiciens, elle est entrée dans l’esprit du grand public alors qu’aucun audit sérieux permet de vérifier ces affirmations péremptoires. Il en est toujours ainsi dans la logique libérale : les fusions absorptions permettraient de réduire les frais de gestion sauf qu’à l’arrivée les dégâts humains crées sont largement supérieurs au seuls gains financiers. Face à la contestation possible on sort alors au niveau de l’État l’exemple lyonnais ayant vu en 2015 la métropole lyonnaise absorber les moyens financiers du conseil départemental sur son territoire… Ce serait si on en croit les énarques qui survivent à tous les changements politiques la panacée, le remède pour diminuer les dépenses des collectivités territoriales concernées.
Le « miracle » lyonnais aurait un père : Gérard Collomb qui n’a de cesse de vouloir contraindre ses collègues à suivre le chemin providentiel tracé dans le Rhône où il reprend les affaires en mains. D’abord il faut revenir sur la véritable histoire de cette initiative que le maire de Lyon et Président de l’ex-métropole a vendue en son temps à François Hollande. Rien à voir avec la prétendue rationalisation du mille-feuilles pusiqu’il ne s’agit, derrière le paravent des grands principes, que d’une magouille politicienne entre deux ex-adversaires devenus alliés de circonstances. La merveilleuse solution lyonnaise s’est réglée dans un restaurant autour d’une bonne table. Un accord entre une personnalité de droite en perdition (Michel Mercier , président du conseil départemental) et une autre encore plus à droite bien qu’étant réputé de gauche (Gérard Collomb) aété scellé en 2012. Les deux hommes avaient des analyses voisines, des intérêts électoraux convergents et des profils politiques peu éloignés.
Le premier, ex-ministre de la justice, avait tellement mal géré le département qu’il lui fallait absolument en confier le sort à la métropole ! Comment par exemple passe-t-on sous silence que le département du Rhône était étranglé par les fameux emprunts toxiques de Dexia à tel point qu’il fut la collectivité la plus aidée par l’État avec une prise en charge plus de 220 millions (1) de capitaux dus? En 2016 la métropole lyonnaise et le nouveau département du Rhône ont soldé pour 425 millions d’emprunts « structurés » dont les taux s’étaient envolés. Au total le conseil général avait une dette de 880 millions d’€ soit en 2015 qui a été ainsi réduite pour le « Nouveau Rhône » à 423 millions toujours considérés comme « à risques » en 2016. Il y avait aussi dans la corbeille du mariage le fameux Musée « départemental »  des Confluences que Mercier ne pouvait plus financer. Il profita pour se débarrasser des frais de fonctionnement pris en charge à 90% par la métropole et des deux tiers des emprunts toxiques imprudemment contractés. La fusion évita une quasi faillite du Département !
Cet état des lieux pouvait coûter très cher aux futures élections locales surtout dans le secteur urbain ! En « cédant » ce territoire à Collomb, Mercier depuis en délicatesse avec la justice, s’assurait une large majorité sur le ‘Nouveau Rhône » rural ce que démontrèrent largement les élections cantonales suivantes. Le Maire de Lyon obtint en échange un soutien de son « rival devenu complice » pour son maintien à la tête de la Métropole et même de sa « grande » ville. Il effaçait l’ardoise mais on le laissait tranquille sur « Grand Lyon Métropole ». Le mariage fut « béni » par François Hollande en personne à la Préfecture du Rhône le le 3 décembre 2012 avant un sommet franco-italien et mis en œuvre lors de la discussion de la loi dite Maptam de janvier 2014 !
Le 1er janvier 2015, les 59 communes de la communauté urbaine de Lyon sont détachées du département pour former grand Lyon métropole avec 1,35 million d’habitants et le département recouvrant 219 communes rurales sur seulement 13 cantons se contentait de 430 000 habitants. Tous les autres cantons urbains disparaissaient et avec eux les conseillers généraux les plus à gauche qui contestaient Collomb avant 2014 ! Il fallut ensuite des mois et pas moins d’une vingtaine de cabinets spécialisés pour démêler l’écheveau complexe des transferts financiers mais surtout humains (plus de 1400 agents furent intégrés dans les services métropolitains).
A la suite de savants calculs, la métropole verse en effet chaque année au département du Rhône une « dotation de compensation » de quelque 75 millions d’euros sur un budget de 620 millions en fonctionnement dont plus de 200 sont encore consacrés au seul remboursement de la dette ! La ligne personnel est passée à la métropole de 175 € par habitant en 2014 (avant la fusion) à 300 € en 2016… et elle est toujours de 206 € au département ! Il y aurait bien d’autres analyses à effectuer… mais vive l’exemple du Rhône !

(1) Tous les chiffres cités sont ceux du Ministère des finances !

2 Réponses

  1. LAVIGNE Maria

    Et les cocus de l’histoire sont toujours les contribuables ! Cette équipe de bras cassés est responsable de tout cela mais en tire malgré tout les bénéfices. Larrons dites vous ? Moi, je dirais ladrons … comprenne qui pourra

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  2. faconjf

    bonjour,
    17 années de magouilles politiciennes dans son strict intérêt, voila le constat amer que font nombre de Lyonnais. Après son retour il revient simple conseiller municipal de Lyon, conseiller du 9e arrondissement et conseiller de la métropole de Lyon : en démissionnant du ministère de l’Intérieur, Gérard Collomb s’est placé dans une position inédite depuis 17 ans. Lui qui fut jusqu’en 2017 sénateur, maire de Lyon et président de la métropole, n’occupe désormais plus aucune fonction majeure dans sa ville. Mais cette situation inédite depuis 17 ans ne devrait pas durer longtemps. Georges Képénékian a présenté sa démission et Gérard Collomb devrait être à nouveau élu maire de Lyon sous une quinzaine de jours maximum, à l’occasion d’un conseil municipal exceptionnel. Pour la présidence de la métropole c’est plus compliqué. Gérard Collomb revient très affaibli . S’il ne se présente pas, ce sera un aveu de faiblesse. S’il perd, ce sera la fin d’un système.
    Le départ fracassant de S.A.S (Son Altesse Sénilissime ) Collomb affaibli celui qu’il a fait roi en 2017. Les raisons de son départ, autre que son intention de quitter le radeau de la méduse, restent obscures. Le futur patron des ripoublicains du Rhône pose la question que vaut la parole de g. Collomb ?
    « Alexandre Vincendet : J’étais à Marseille avec lui, ce lundi, pour une cérémonie de comémoration de l’attentat de l’année dernière. Devant les familles des deux victimes, il a dit qu’il continuerait à mener sa politique pour la sécurité des Français dans les mois à venir. Le soir même, il présentait sa démission à Emmanuel Macron. Que vaut la parole de Gérard Collomb ?  »
    Personnellement, j’ai une réponse qui englobe la plus grande partie de la classe politique.
    « Il faut rappeler que le vote est un droit mais aussi un devoir. Et aussi que dans une démocratie on a les hommes politiques que l’on mérite »( André Comte-Sponville).
    Salutations républicaines

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