Réduire la crise des relations entre les collectivités territoriales (communes, départements) et l’État à un simple problème financier ne correspond vraiment pas aux réalités que l’on constate lorsque l’on dialogue vraiment avec les élu(e)s. Il y en en effet des difficultés générées par des méthodes de gouvernance qui pèsent sur la vie quotidienne de celles et ceux qui ont en charge des pans de plus en plus larges et nombreux de la vie collective. Justement la « financiarisation » de ces rapports masque des difficultés liées à un sentiment de mépris ayant des incidences beaucoup profondes. Soupçonnés de tous les maux ils se voient imposer des décisions unilatérales qui les stigmatisent encore plus. On vient d’assister à un moment particulièrement révélateur de cette rupture de confiance avec les augmentations décriées des impôts locaux et notamment de la taxe d’habitation.
Les contribuables de près de 6.000 communes ont eu en effet la surprise de découvrir que leur TH augmentait cette année, en dépit de la promesse gouvernementale de faire baisser celui-ci. La faute est imputée aux élus municipaux, décisionnaires sur le montant de la taxe comme la loi le prévoit. En conséquence, des « mécontents » ont lancé spontanément sur Twitter le hashtag #BalanceTonMaire, sur le modèle de #BalanceTonPorc… Bien évidemment tout le monde a feint d’ignorer l’origine de cet « outil » de dénonciation anonyme extrêmement dangereux pour la démocratie alors que certains « textes » prouvent qu’il s’agit en fait d’une réaction coordonnée destinée à défendre le gouvernement. Dans quelques mois les élus municipaux devront rendre compte de leur gestion et il appartiendra aux électeur(trice)s contribuables de décider du sort des équipes municipales en cause. Malgré les démentis ironiques ou condescendants des Ministres actuels le mal est fait : le discrédit s’en trouve renforcé et il ne s’effacera plus.
On retrouve la même attitude vis à vis des conseils départementaux. Les enjeux majeurs de la solidarité humaine (c’est une formule totalement inconnue chez les maîtres de Bercy) sont volontairement ignorés alors qu’ils représentent en moyenne 60 % des dépenses de fonctionnement des départements. Tout est mis en œuvre pour encore une fois opposer les « bénéficiaires » du RSA, de l’APA, de la PCH ainsi que les enfants très en difficulté avec des élu(e)s qui ne cessent de clamer qu’ils n’ont pas les moyens d’y faire face. L’Etat les augmente avec d’autant plus de largesse qu’il ne paie pas ! Aucun débat n’est vraiment possible car là encore en s’appuyant sur des bases fausses et orientées la cause est entendue : les départements doivent disparaître (2026 ?) non pas en bloc mais par tranches successives. Un sentiment d’impuissance face à ce rouleau compresseur des idées nationales toutes faites relayées par des bribes de preuves locales a écrasé à vive allure les liens qui pourtant avaient existé depuis la décentralisation. Le transfert du foncier bâti du département vers les communes abaissera la marge de modulation politique des recettes à 2 % . Là encore peu imprte les conséquences ! Pour survivre les conseils départementaux bénéficieraient…. d’une nouvelle hausse de la CSG qu’il leur faudra assumer vis à vis d’une opinion publique déjà révolté par celle qui lui a été infligée au nom de la solidarité avec … la jeunesse ! La mort des conseiller(e)s départementaux !
Sur la sécurité publique, secteur régalien de l’État le salut passerait par la pose massive de caméras de surveillance dans les villes ou les moindres villages. Qui est en bute aux citoyens exaspérés ? Le Maire. Il doit trouver les fonds nécessaires pour investir avec des aides financières étatiques mais avec un choix qui ne lui vaut que des critiques alors que ce n’est pas de sa responsabilité! Dans le domaine de l’éducation autre secteur essentiel de l’État les communes ayant maintenu leur volonté de préserver l’aménagement du temps scolaires n’ont pas été soutenues directement par les autorités académiques dans les conflits générés par cette option pourtant essentielle pour une authentique égalité des chances. Ils en sortent affaiblis et découragés par cette indifférence vis à vis des attaques venues souvent des… personnels de l’État ! Quant aux départements ils assument la charge croissante des dépenses liées à des décisions ministérielles sur la restauration et sur l’arrivée du numérique (installation, entretien) sans en avoir les ressources. A eux de répondre aux attentes des personnels de l’Etat qui est incapable de répondre autrement que par des instructions officielles que d’autres doivent régler !
La colère actuelle n’est pas circonstancielle mais concerne le fond du fonctionnement républicain : à quoi servent les élu(e)s de base ? Beaucoup d’entre eux ont déjà répondu en se retirant (c’est l’hécatombe dans les conseils municipaux avec en Gironde près de 20 % de démission). Le pacte républicain de confiance est déchiré… et il ne faut pas nécessairement croire en une crise strictement budgétaire. Le ras le bol ne se transformera pas en une colère irraisonnable mais plus certainement en un abandon par lassitude et par sentiment d’inutilité que je n’ai japais entendu. Il laissera la place à des populistes surfant sur des propos anti-élu(e)s faciles !
Il est urgent de laisser passer les scrutins communaux, départementaux et régionaux avant peut-être de reprendre une vraie concertation sur l’avenir de la démocratie. Mais c’est un rêve car plus que jamais les pseudos non politiciens ont d’autres arrières-pensées sous prétexte de réformes…

Une réponse

  1. faconjf

    Bonjour,
    Le méprisant « zut-piter » ( piter= mordre à l’hameçon), sait dès à présent que sa réélection pour un deuxième mandat est compromise et que son « kollaborateur » Philippe est pressenti pour lui succéder. Sa stratégie de démolition n’a donc aucune raison de s’arrêter. Détruire la protection sociale, détruire le lien social, détruire la démocratie de proximité, détruire tout ce qui fédère les individus autour des enjeux humains tel est son crédo. Tout cela pour mettre en place une société individualiste qui embrassera les thèses libérales et lèchera les babouches ensanglantées du capitalisme mondialisé. Alors pour lui, le maître des horloges, le décompte est commencé il faut avancer à marche forcée vers son objectif. Et que lui importe les conséquences de ses choix, pour lui et ses affidés l’urgent est de déguerpir avant que la merde qu’ils ont jeté en l’air ne leur retombe sur la tête ( coucou Nicolas le bulot, coucou le Colomb) .
    Le discours du « en même temps » signifiait bien étouffer les protestations sous une avalanche de réformes allant toutes « en même temps » créer le chaos.
    Ce qui n’était pas prévu c’est l’effondrement des partis pro-Européens et pro-systèmes qui rend la gouvernance de ces pays imprévisible. en Espagne ; en Italie;
    en Autriche ; en Belgique ; en Hongrie ; en Pologne… et maintenant en Allemagne.
    L’effondrement politique généralisé est évident.
    une implosion de l’artificiel bipartisme d’alternance (ils défendent les mêmes intérêts privés) ;
    un recroquevillement sur des coalitions de survie imposées par les circonstances (qu’est-ce que LREM sinon une coalition de tristes tocards et de députés recrutés sur CV ?) ;
    une montée de l’exacerbation populistes de droite comme de gauche (mais hélas plutôt de droite) ;
    une désintégration finale des différents pouvoirs pro-européens.
    Quel scénario pour les Européennes ? Quel pouvoir pour quel destin ?
    salutations républicaines

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