Il faudra bien qu’un jour on se décide à expliquer clairement la réalité des enjeux autour de la fameuse vente du club de football des Girondins de Bordeaux. Il y a en effet le fond et la forme dans un feuilleton qui ne date pas d’il y a quelques mois mais depuis plusieurs années. Bien évidemment les récents événements focalisent l’attention alors qu’ils ne découlent que d’une série d’erreurs institutionnelles. Dans une vie publique antérieure j’ai été conduit à représenter l’Association des Maires de France au sein d’un organisme qui effectuait le lien entre le Ministère des sports (de David Douillet) et le Conseil National des Sports (CNDS) pour la réalisation des équipements d’envergure nationale sur le territoire. Cet organisme recevait tous les candidats à la construction d’un « grand » stade ou d’une salle (ARENA) pour effectuer une proposition de soutien financier auprès du CNDS.
Chaque fois les porteurs de projets présentaient un plan de financement de ces installations basé sur un club sportif attitré réputé ultra-performant, des recttes d’événements exceptionnels (spectacles, manifestations sportives internationale) et une intervention du privé dans le plan de financement de la construction. Je conserve un souvenir particulier de ces procédures chaque fois « optimisées » car liées à des performances sportives de très haut niveau et donc rentables. Ce lien entre les résultats aléatoires d’un club et l’équilibre financier d’une réalisation coûteuse m’est toujours apparue comme étant une véritable hérésie dangereuse pour la collectivité territoriale qui engageait l’opération. Quelles que soient les garanties prises et compte-tenu du fait que les clubs sont devenus des structures privées soumises aux caprices des actionnaires ou des propriétaires, la situation est doublement dangereuse car il n’y a aucune certitude sur la pérennité de la gestion. La notion de club n’existe plus c’est celle d’entreprise qui a pris le relais. Tout fonctionne donc selon les principes du monde du profit !
Le cas bordelais est révélateur de ces aléas. Lors de la construction du grand stade le « propriétaire » du club des Girondins de Bordeaux n’est autre que la chaîne de télévision M6 dégageant des dividendes convenables. Elle espère rivaliser avec ses concurrentes sur le marché du football. La suite sera moins enthousiasmante puisque le partenariat public privé noué est d’un équilibre, comme dans tous les autres cas, très instable avec une répartition des produits et des charges liés à des recettes qui ne viendront jamais… car les résultats sportifs ne seront pas au rendez-vous. Partagée entre l’obligation d’investir pour avoir une équipe performante et le mécontentement des actionnaires de la maison mère peu ravis de voir un déficit récurrent, le propriétaire va décider de se retirer et se mettre à la recherche d’un acheteur. Sa seule préoccupation : vendre et se désengager d’une opération dangereuse pour la chaîne. Et avec des arrangements strictement financiers dont on ne perçoit que la partie visible déjà bien fragile les « propriétaires » vont parvenir à refiler le boulet à un acheteur inconnu surgi des États-Unis. N’ayant pas un dollar vaillant devant lui il fait miroiter des partenaires ne connaissant rien au sport avec seulement la volonté de venir mettre des « billes » en France avec des intérêts d’un niveau usuraire. Le système compliqué du PPP avec des engagements financiers à très long terme vis à vis d’une collectivité territoriale a ces derniers jours singulièrement refroidi les « prêteurs ». Ils se rendent peut-être compte du caractère illusoire d’une rentabilité d’un club aux parcours chaotique depuis plusieurs saisons sauf à exploiter le nom de « Bordeaux » aux USA durant quelques temps. Et encore !
Comme l’a justement fait remarqué Matthieu Rouveyre, toujours lucide, curieux et performant, le grand vainqueur de cette période de poker menteur devient M6 maintenant dégagée de toute obligation de financement du grand stade… et qui se tire sur la pointe des pieds dans un flot de bonnes paroles avec une délibération de Bordeaux Métropole l’exonèrant définitivement de toute responsabilité dans la suite de la vie du club. Coup réussi… Bye-bye le foot et surtout adieu le grand stade qui ne sera jamais rentable (les constructeurs exploitants ont un trou de 10 « petits » millions d’€ et viennent d’être déboutés par le tribunal administratif sur une réévaluation de leur rétribution) quel que soit le niveau de l’équipe ! M6 le sait surtout depuis l’arrivée de l’Aréna…
Dans quinze jours les dollars US vont probablement arriver et la chaîne de télé récupérera ses fonds mis depuis quelques saisons dans un club n’ayant jamais été à la hauteur de ses installations urdimensionnées. Rien ne sera cependant réglé car le nouveau propriétaire qui entre parenthèses, n’était pas présent lors de la vente prévue le 23 octobre, n’offre malgré ses moulinets effectués devant les élus (mais pas la DCNG) absolument aucune garantie sur sa capacité à tenir plus de 3 ou 4 ans. Les prêteurs seront vite aux portes du Haillan pour récupérer leur fric car il n’y aura aucun miracle sportif susceptible de ramener du public dans un grand stade déserté et des fonds nouveaux par des initiatives inédites.
Les difficultés de General American Capital Partners, dirigé par Joseph DaGrosa, et son actionnaire ultra-majoritaire King Street (86,4%), pour mettre à disposition les fonds nécessaires à l’achat du club, n’ont cependant pas touché Nicolas De Tavernost, président du directoire de M6 qui reste optimiste. Il sait que lui il est sauvé et c’était le but essentiel de la pantomine jouée depuis quelques mois.