Les départements de France se retrouvent en assemblée générale annuelle dans un contexte qui ressemble à celui qui existe aux urgences des hôpitaux. Chaque président quelles que soient ses options politiques s’inquiète très sérieusement de la situation réelle de la « santé » (financière) de l’entité qu’il emmène. Il sait que l’espérance de vie du malade dont il a la charge est très réduite mais que faute de volonté de la part des « urgentistes » rien ne sera fait pour le sauver. Les Ministres concernés se démènent ( il faut le reconnaître) pour tenter de trouver des solutions mais les « gestionnaires » de Bercy refusent tous les soins indispensables et condamnent ceux qui ne sont plus patients a. Le vrai problème c’est que les charges qui pèsent sur la vie quotidienne de la collectivité accompagnatrice des gens et de tous les âges et surtout les plus fragiles (nourrissons ou personnes âgées), handicapé(e)s, les adolescent(e)s en quête d’un avenir grâce à des politiques décidées nationalement mais payées localement deviennent incompatibles avec la survie même de la structure. La demande est croissante mais les moyens manquent dans l’indifférence nationale silencieuse. Mieux l’Etat a décidé arbitrairement de limiter leurs dépenses sans tenir compte de l’augmentation incontestable des besoins. La philosophie politique actuelle est simple : « débrouillez vous pour appliquer nos décisions car nous refusons de prendre en compte les nécessités budgétaires qui en découlent »
Si l’on prend par exemple le secteur sensible de l’enfance en difficulté qui fait scandale au moindre incident on assiste à une explosion indiscutable des « placements ». Un phénomène social que personne ne veut voir et qui conduit à des décisions de justice de plus en plus nombreuses, à des abandons parentaux définitifs ou temporaires qui augmentent, à des arrivées via l’Espagne de mineurs non accompagnés à accueillir… Malgré à des efforts humains et financiers constants il est extrêmement difficile de faire face à ces milliers de situations douloureuses et par exemple une centaine de décisions des tribunaux ne sont pas appliquées faute de moyens humains suffisants .
En 2016 la dépense girondine pour l’aide à l’enfance en difficulté atteignait 192 076 292 € pour passer en 2017 à 202 952 512 € (soit + 5,7 %) et passer vers près de 224 millions en 2018 (+ 10 %). Dans le même temps de manière absurde et aveugle l’Etat qui ne fait pas face à ses obligations (accueil des cas psychiatriquement les plus lourds et tests de minorités de mineurs non accompagnés non réalisés dans les délais légaux) limite de manière inique la croissance des dépenses du département à 1,2 % !
C’est d’une absurdité totale révélatrice de la vision républicaine de l’égalité puisque une sanction évaluée à 30 millions d’€ peut être imposée globalement en 2019 au conseil départemental de la Gironde pour dépassement d’un taux arbitraire déconnecté de la réalité et pour avoir seulement répondu aux obligations nationales légales !
Doit-on laisser les enfants à la rue ? Doit on les maintenir dans des familles qui les maltraitent ? Doit-on accepter l’inacceptable ?
Doit-on oublier les valeurs républicaines et les textes en matière de protection des mineurs ? Les grandes déclarations nationales ministérielles ne correspondent pas, sur ce sujet comme sur bien d’autres, à une vision concrète de la solidarité sociale ! Elle est sacrifiée au profit des contraintes budgétaires européennes dévastatrices pour la démocratie concrète !
La situation est la même pour les personnes âgées en EHPAD, pour les personnes handicapées maintenues à domicile faute de places dans les établissements relevant du secteur médical pouvant les aider, pour les adultes inscrits au RSA quand le marché de l’emploi ne progresse pas.
Qui ose prétendre que la Gironde n’a pas besoin de collèges neufs, de moyens de secours aux personnes supplémentaires, la sécurité routière est parfaite, de soutiens à ses aînés dépendants?
Seuls ceux qui sont dans leur citadelle de Bercy confortablement installés dans leurs certitudes virtuelles le prétendent et refusent de le voir, les yeux rivés sur des ordinateurs crachant des chiffres froids et strictement irréalistes.
La vraie manifestation à organiser reste celle qui replacerait les valeurs républicaines au cœur de notre société. En tous cas se joue à cette assemblée générale des départements une bonne part de l’avenir de l’action quotidienne individuelle de solidarité et de proximité dans notre pays ! Qui s’en soucie vraiment sauf quand il en sera privé ! C’est bientôt !

Une réponse

  1. Batistin

    Le bâtiment du Ministère des Finances, Bercy, malgré le concept « médiéval » soutenu par ses architectes n’évoquerait-elle pas plutôt le style Bauhaus ?
    Style si flatteur, malgré un premier désaveux, d’un système politique froid et déterminé.
    Ce qui n’enlève rien au « médiéval » d’ailleurs, puisque le servage est le maître mot de toutes les façons.
    Et si une telle froideur architecturale n’était au fond que le préambule à une évidence : ils sont revenus !
    Qui ? Et bien, les loups dans Paris .

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