Ce sera le samedi des couleurs ! Les gilets « jaunes » qui prennent sous ce quinquennat la suite des bonnets « rouges » du précédent vont probablement faire passer une journée « noire » aux pouvoirs publics sous le regard ambigu des « verts » et celui concupiscent des « bruns ». Ces manifestations de « bleus » de la contestation sont destinées à défendre celles et ceux qui ne roulent pas sur l’or depuis l’augmentation de nombreuses autres taxes mais pass eulement celle d’une sélection alibi de produits pétroliers. Elles vont mettre en évidence un phénomène qui s’amplifie depuis quelques années, celui de obsolescence programmée par la technocratie triomphante des corps intermédiaires. Récemment violemment critiqués durant la défense du statut des transports collectifs les syndicats voient filer entre leurs doigts affaiblis par des crises de confiance répétées, les contestations sociales informelelles qui émergent malgré eux.
Volontairement oubliés par le pouvoir en place ils ne jouent plus aucun rôle dans une société de la défiance absolue à l’égard de toute organisation portée par le « mouvement » présidentiel réputé hors des schémas traditionnels. Mieux la déstructuration est rendue à un tel point que les élu(e)s porteurs, quoi que l’en en dise, d’une mission de représentation d’une majorité certes de manière temporaire mais néanmoins réelle, sont depuis le mandat de Nicolas Sarkozy peu à peu écartés de la gestion du pouvoir. La République n’a plus d’assises sauf à considérer que seuls les hauts fonctionnaires de Bercy et d’ailleurs sont la charpente du système républicain français. Éliminer par le mépris les élu(e)s de tous niveaux, de tous ordres, de toutes tendances ; refuser ostensiblement de reconnaître leurs difficultés face à la multiplicité des demandes des populations ; les rendre responsables des échecs d’un État ressemblant à un bateau ivre ; les reléguer s’ils ont un discours politique structuré à des « badernes » : le « tissu » social a été lentement mais inexorablement détruit !
Lorsque les banlieues explosent en 2005 il n’y a plus déjà aucun filet associatif sur les secteurs concernés. Les amicales laïques autour des écoles, les clubs sportifs, les espaces de rencontre partagés, les syndicats de locataires, les centres sociaux ont battu en retraite pas toujours faute de moyens mais surtout en panne d’énergies humaines suffisantes. Le constat a été implacable mais rien n’a été fait pour redonner du sens au vivre ensemble. Ce vide a été immédiatement récupéré et « utilisé » par les communautarismes de tous ordres puis par les extrémismes de tous poils. Les jardiniers de la démocratie participative qu’étaient les élu(e)s qu’ils soient associatifs, syndicaux, politiques ne sont jamais parvenus à reconquérir leur légitimité antérieure. Les groupes revendicatifs pseudo-spontanés, de bandes contestataires violentes, de réseaux économiques souterrains ont pris le dessus de manière irréversible.
Dans les zones rurales (ou parfois rurbaines) le constat est encore plus alarmant. La désertification continue des villages a renforcé un sentiment non entendu par le pouvoir recentralisé d’abandon. Le « rouge » de colère contenue depuis des mois vire au « jaune » mais comme il n’y a plus de porte-parole de ces « habitant(e)s » oubliés par exemple par les député(e)s actuel(le)s drivés pour ne pas aller se confronter au terrain ils se raccrochent à des mouvements venus d’ailleurs susceptibles de leur permettre de briser leur isolement. Il est certain que ces « naufragés » financiers du trajet domicile-travail qui votent dans les plus petites bourgades par dépit pour les manipulateurs de la droite de la Droite et de l’extrême droite vont se vêtir du gilet de la protestation. Le prix du carburant n’est que la goutte qui a fait déborder leur réservoir d’angoisse face aux échéances financières mensuelles que personne dans le désert de la représentativité ne prend en compte.
Lors de la dernière séance plénière du conseil départemental l’élu lepéniste de l’assemblée a expliqué tout de go qu’il ne « participerait pas à l’organisation des manifestations pour que son parti ne soit pas accusé de récupérer la contestation » mais que « personnellement il la soutenait et qu’il « ferait tout pour qu’elle réussisse ». Des propos qu’a confirmé avec les mêmes éléments de langage Louis Alliot future tête de liste RN aux européennes sur France Info : « j’y serai sans écharpe tricolore et avec les copains on ira faire des grillades sur les ronds-points ». Ils formeront le noyau dur des troupes avec la volonté de préparer des échéances ultérieures avec la certitude que les affirmations présidentielles sur le non changement de cap finiront par leur permettre de devenir les seuls relais entre les exaspérés et le pouvoir !
Je déteste les cris d’orfraie des politiques nationaux qui s’étonnent de ce qu’ils qualifient de « r récupération » quand eux-mêmes ont perdu le contact de proximité avec les populations fragilisées. Ils ont remplacé depuis « l’après Jospin » leurs valeurs essentielles de réference par les articles d’un manuel de comptabilité avec entrées et sorties fixés par le secteur économique avide de profits sans cesse supérieur à ceux des exercices antérieurs. Même si on pouvait le critiquer sur bien des points François Mitterrand n’était nullement narcissique quand il avait déclaré : « Je suis le dernier des grands présidents. Après moi, il n’y aura plus que des financiers et des comptables ». On le verra dans les prochains mois… avec inquiétude puis avec angoisse !

8 Réponses

  1. Philippe LABANSAT

    Nos institutions sont anachroniques, inopérantes, autocratiques.
    Le pouvoir s’est refermé sur lui même, sans véritable contestation populaire de ce déni démocratique.
    Il s’est donc cru autorisé à accentuer le mouvement dans les dernières réformes constitutionnelles.
    Il a contribué à dévaluer les corps intermédiaires au point qu’ils n’ont quasiment plus d’audience et d’influence.
    Au moment où notre pays doit faire des choix cruciaux, où l’effondrement menace, plus aucune structure étatique n’est en mesure d’organiser et de mettre en place le débat démocratique qui permettrait d’aboutir à des choix partagés, réfléchis et acceptés.
    Plus que jamais, le gouvernement par technocrates interposés est notre seul horizon. Dans notre pays, la démocratie ne pourra pas nous sauver, nous ne l’aimons et ne la connaissons pas assez, nous n’en avons pas les outils. C’est là que notre responsabilité est collective et que j’en veux à mes concitoyens.
    Un boulevard s’ouvre aux bonimenteurs de foire, au grand n’importe quoi (dont les « gilets jaunes » sont un élément), à l’autoritarisme le plus implacable et le plus aveugle.
    Voyez, je suis résolument optimiste…

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    • Bernadette

      Le mouvement des gilets jaunes est apolitique. C’est chaque conducteur qui manifeste son mécontentement. Il n’y a aucun chef de file politique qui récupérera ce mouvement.

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  2. faconjf

    Bonjour,
    Gilets jaunes la grande fracture sociale de notre pays. L »assemblée Nationale en est le reflet, si 4,6 % des députés sont employés, aucun n’est ouvrier, alors que ces catégories représentent la moitié de la population active, selon l’Institut Diderot . À l’inverse, les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent 76 % des élus, soit 4,4 fois plus que leur part dans la population active. Comment s’étonner de l’écart d’analyse entre un cadre qui vit confortablement ( principalement en ville) et qui considère ne vivre  » que comme tout le monde » et une femme parent isolée dans un emploi précaire à temps partiel ( principalement en campagne nécessitant forcément une voiture ) qui considère que c’est « comme tout le monde » que la fin de mois commence le 5 du mois!!!
    Comment expliquer la popularité discordante du mouvement jaune entre Paris ( 52%) et dans les petites communes ( 85%) autrement que par le fait du vécu différent de « comme tout le monde »…
    17 agriculteurs députés et encore, il faut compter Christian Jacob ou ces présidents de coopératives dans cette catégorie… Une représentation nationale hors sol qui prend des décisions dictées par des énarques dont la connaissance des problématiques de terrain provient exclusivement d’énarques débutants commis à ces basses besognes. Mais ils ont des excuses, ils font ce qu’ont fait leurs prédecesseurs de leur lignée du « comme tout le monde » …
    D’un coté du gouffre qui sépare notre pays il y a les nantis, la crème de la crème. Le 1% qui dirige en se pensant être le « comme tout le monde ». Et de l’autre les 99% qui vivent certains dans la pauvreté et les autres dans l’angoisse d’y arriver »comme tout le monde ».
    Alors ce mouvement du 17 novembre, lancé sans les relais habituels donc considéré incontrôlable par les élites, sera-t-il le réveil de la population ignorée ou une vaguelette mourante de contestation? Combien de Français vont se mobiliser dans la durée pour changer la vie?
    La colère est grande ici et maintenant, mais passer de derrière son clavier à la rue c’est tout autre chose. Pourtant se rencontrer sur un rond-point et échanger avec les participants à ce mouvement hétéroclite serait le seul remède pour tuer l’image récurrente du « comme tout le monde » véhiculée par l’entre-soi.
    Salutations républicaines

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    • Bernadette

      Pour ma part je soutiens ce mouvement parce que je suis une rurale et que les transports collectifs n’existent que pour les scolaires. Aucun transport collectif pour aller à la capitale régionale.
      C’est grave, mais que font les élus locaux ?
      Vous disiez démocratie, elle est où la démocratie ?

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  3. PC

    Ce week-end j’irai aux cèpes (s’il y en a ) ou faire du vélo (s’il fait beau) mais sûrement pas faire le guignol en jaune au bord des routes.
    Il y a longtemps que l’essence est trop chère en particulier à cause des taxes et des taxes sur taxes et tout à coup notre « bon vieux pays » (comme disait CDG) qui est toujours un des plus riches au monde découvre cet état de fait. Il n’y aurait pas des échéances électorales dans quelques temps?

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  4. J.J.

    Ces gilets jaunes m’évoquent la « Guerre des Farines »(1773 et après), signe avant coureur probable de la grande Révolution.
    L’augmentation du prix des carburants touche un secteur vital des économies « familiales », comme l’était jadis le pain.
    L’ennui, et c’est regrettable, c’est la récupération par certains agitateurs opportunistes peu fréquentables.
    Mais sa spontanéité a le mérite de montrer la prise de conscience d’une population qui a enfin compris qu’il ne fallait plus laisser le pouvoir aux nantis, et attendre un hypothétique et mythique ruissellement.
    24 brumaire 227

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