Il faudrait se souvenir de la polémique qu’avait provoqué un questionnement de Lionel Jospin sur le « droit d’inventaire » des années Mitterrand. En février 1995, investi par les militants socialistes comme candidat à la future élection présidentielle après le retrait de Jacques Delors, l’ancien premier secrétaire du PS lance sa campagne en proposant un « droit d’inventaire » des deux septennats de François Mitterrand qui viennent de s’écouler. Si l’expression a singulièrement agacé ches les socialistes elle n’avait pas déplu dans l’électorat de gauche. Lionel Jospin arrivera d’ailleurs en tête du premier tour de la présidentielle de 1995. Malgré sa défaite au second tour face à Jacques Chirac, il devient le premier du PS jusqu’à son échec en 2002 ! Un « droit d’inventaire » aurait alors été bien utile car il lui aurait permis de vérifier que si son gouvernement avait été l’un des meilleurs de la V° République sa communication avait été catastrophique !
Là, il aurait été souhaitable de faire un bilan des actions conduites par le Président de la République actuel alors qu’il était Ministre en charge de l’Économie. Un document établi par une structure indépendante aurait alimenté la réflexion que l’on auarait pu mener sur les déboires actuels que traverse la France. Par exemple personne n’ose aborder le résultat des privatisations réalisées au nom de l’efficacité des investisseurs dans des services publics réputés mal gérés. Dans l’inventaire il faudrait y faire figurer à ce titre l’attribution aux Chinois de l’aéroport de Toulouse Blagnac… Il y eut en son temps de sérieuses polémiques mais Bercy avait des certitudes : l’une des plates-formes les plus rentables de l’Hexagone ne pouvait que profiter du dynamisme de ses acheteurs ! Aucun doute sur les arrières-pensées chinoises et sur les risques majeurs encourus.
On attribua après un kyrielle de tripatouillages ministériels l’Etat et après validation par le Ministre concerné d’alors 49,99 % du capital de la société de gestion de Blagnac à Casil Europe, holding française créée par le groupe d’État chinois Shandong High Speed Group et le fonds d’investissement hongkongais Friedmann Pacific Asset Management. Dans un rapport qui vient de sortir sur « le processus de privatisation des aéroports de Toulouse, Lyon, Nice », la Cour des comptes critique au sujet de l’aéroport toulousain « un acquéreur dont le profil soulève des inquiétudes » quant à « son manque d’expérience en matière de gestion aéroportuaire », « son manque de transparence financière » et (excusez du peu) ses « liens avec la puissance publique chinoise ». En fait bien que minoritaires les Chinois contrôlent tout et gèrent tout !
Plusieurs éléments pour le moins ambigus sont aussi révélés dans ce rapport sur le consortium chinois. Casil Europe n’affiche ainsi un capital social que de 10 000 euros. « Son adresse au 6, boulevard de la Madeleine à Paris, correspond à celle d’une société spécialisée dans la domiciliation d’entreprise et aucune plaque, ni à l’extérieur du bâtiment ni dans la cour, n’atteste d’une présence physique de Casil Europe », déplore la Cour. Le rapport précise que le montage financier initial faisait intervenir trois sociétés intermédiaires, dont une… aux Iles Caïman et une autre au Luxembourg. À la demande de l’Agence des participations de l’État (APE), la structure d’acquisition avait finalement été améliorée. Les acquéreurs ont certes « casqué » mais ont vite récupéré la mise de départ en oubliant leurs promesses d’investissements pour siphonner la trésorerie… Qui a validé un tel processus ? Qui a réalisé que c’éait une anraque de plus ?
Le rapport particulièrement incisif arrive alors que l’Assemblée nationale a autorisé le processus de privatisation des plates formes de Lyon et Nice et surtout celles du Groupe ADP sur Paris Charles-de-Gaulle et Paris-Orly. Il faut encore une fois récupérer des fonds pour compenser tous les cadeaux faits au système du monde du profit qu’il soit constitué par le capitalisme financier ou par des particuliers exploitant les aubaines du moment. Verra-t-on dans le contexte actuel de la déstructuration des économies mondiales arriver les mêmes « bandits » masqués ? Aucune privatisation n’a démontré son efficacité en matière de qualité durable des services…mais les milliards à attendre effacent tous les scrupules et les soupçons.
Un aéroport constitue un enjeu majeur en matière d’indépendance car c’est une frontière, et qu’à ce titre il serait difficilement envisageable de confier sa gestion à une entreprise privée. or c’est de fait selon la cour des Comptes à Toulouse ! Même aux États-Unis, patrie du libéralisme économique, les 3 000 aéroports du pays sont toujours propriétés publiques. Nous, nous les confions aux Chinois sans aucun complexe… A quand un inventaire objectif de toutes les conséquences de ces décisions antérieures que tout le monde a oubliées ?

4 Réponses

  1. Philippe LABANSAT

    Que rajouter ?
    Qui peut croire que ce sont des personnages investis par la légitimité de leur mandat électif qui prennent de telles décisions ?
    N’y a-t-il pas, à contrario, légitimation d’une insurrection citoyenne ?

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  2. Bernadette

    En octobre 2016, dupont Aignan avait déjà demandé au Président de la République qu’il s’explique sur une somme rondelette pour des actionnaires de l’aéroport Toulouse Blagnac. J’ignore complètement l’action des politiques dans cette affaire.

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  3. J.J.

    Lionel Jospin, avait aboli la « vignette », instituée par Paul Ramadier en 1956, sous prétexte d’une solidarité très théorique, et qui avait été largement contestée par les automobilistes.

    « On » s’est bien gardé de rappeler cette mesure populaire (entre autres) qui aurait mérité davantage de publicité.

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